(Ottawa) Les Canadiens amorceront probablement la campagne électorale fédérale de l’automne sans nouvel accord de libre-échange nord-américain : face au désaccord des élus à Washington, le premier ministre Justin Trudeau a indiqué lundi qu’il ne se précipiterait pas pour faire ratifier l’entente au Parlement.

Mike Blanchfield
La Presse canadienne

Aux États-Unis, la Chambre des représentants, contrôlée par les démocrates, a entamé lundi ses cinq semaines de vacances estivales sans même déposer un projet de loi prévoyant la ratification de l’accord — un scénario que l’administration de Donald Trump voulait à tout prix éviter.

Les démocrates souhaitent des changements à l’Accord Canada-États-Unis-Mexique (ACEUM), notamment pour modifier les dispositions relatives aux normes du travail, à l’environnement et à la protection des médicaments brevetés. Ils ont travaillé très fort avec le représentant américain au Commerce, Robert Lighthizer, pour faire avancer les choses — mais pas assez pour déposer un projet de loi avant de partir en vacances.

« Nous avons dit depuis le début que nous allions suivre le processus américain de ratification des nouveaux accords de l’ALENA […] qui reprendra cet automne », a réitéré M. Trudeau lundi à Vancouver.

Le compte à rebours dans les deux pays signifie que les élus américains, qui ont déjà un œil sur la présidentielle de 2020, ne pourront pas faire grand-chose concernant l’accord avant le début de la campagne électorale fédérale au Canada, qui devrait commencer à la mi-septembre au plus tard. Les Canadiens se rendent aux urnes le 21 octobre.

« Le projet de loi de mise en œuvre de l’ACEUM pourrait être déposé (au Congrès) le 9 septembre, au plus tôt, et il y aura probablement des audiences dans les deux chambres sur la question », estime Dan Ujczo, spécialiste du commerce auprès de la société américaine Dickinson Wright.

Mais ce délai n’est pas nécessairement une mauvaise chose, croit Meredith Lilly, experte en commerce à l’Université Carleton d’Ottawa. « L’ALENA actuel, qui demeure toujours en vigueur, est un meilleur accord pour le Canada que l’ACEUM. La situation actuelle n’est donc pas mauvaise pour le Canada, sachant que l’incertitude persistante, elle, est généralement néfaste pour les investissements ici. »

Le chef du Nouveau Parti démocratique, Jagmeet Singh, a estimé lundi qu’il ne fallait pas se précipiter alors que « les démocrates au Congrès travaillent pour améliorer » l’accord.

Les experts au Canada et aux États-Unis sont par ailleurs divisés quant à savoir si ces délais pourraient augmenter les risques que le président Trump invoque le préavis de six mois pour se retirer de l’ALENA actuel — une menace qu’il a répétée lors de la renégociation de l’accord.

Cyndee Todgham Cherniak, avocate torontoise spécialisée dans le commerce international, croit que les démocrates souhaiteront probablement utiliser contre M. Trump leur désaccord sur l’ACEUM lors des élections américaines de 2020. Et cela pourrait bien déclencher le courroux de Donald Trump, croit-elle.

Lawrence Herman, spécialiste du commerce international à Toronto, ne croit pas, quant à lui, que M. Trump mettrait fin à l’accord à quelques mois de sa propre campagne électorale, car cela créerait une incertitude économique qui ne serait pas « payante » politiquement.