(Québec) L’annonce d’une réforme parlementaire fait craindre le pire aux trois partis d’opposition : l’avènement d’un gouvernement autoritaire qui muselle ses opposants.

Jocelyne Richer La Presse canadienne

« On n’est pas dans une monarchie élective. François Legault n’est pas le roi du Québec et Simon Jolin-Barrette n’est pas son prince », a commenté le leader parlementaire de Québec solidaire, Gabriel Nadeau-Dubois, samedi, à la suite de l’annonce faite la veille par le premier ministre, à l’occasion de sa conférence de presse dressant le bilan de la session.

En mêlée de presse, en marge du processus d’adoption des projets de loi 9 et 21 sous bâillon, il a rappelé que notre régime parlementaire était fondé sur l’équilibre à maintenir entre le pouvoir, exercé par le gouvernement, et les contre-pouvoirs, assumés par les partis d’opposition.

« Le pouvoir lui monte à la tête », a-t-il ajouté, convaincu que le premier ministre se comportait « comme si le parlement était un caillou » dans sa chaussure.

Or, le parlement « n’est pas une machine à saucisses », illustre M. Nadeau-Dubois.

Vendredi, le premier ministre a déploré la « trop grande perte de temps » associée aux travaux parlementaires, plaidant pour une Assemblée nationale plus « efficace ».

Il a aussi dit qu’il pourrait encore à l’avenir recourir au bâillon pour accélérer l’adoption de ses projets de loi. Le bâillon a pour effet de mettre un terme aux débats et de limiter le temps de parole des élus.

Le premier ministre a dit vendredi avoir donné à son leader parlementaire, Simon Jolin-Barrette, le mandat de procéder à une réforme du règlement de l’Assemblée nationale, qui balise l’ensemble des travaux parlementaires.

Par exemple, M. Legault croit que ce serait une bonne idée de limiter à 50 heures les débats en commissions parlementaires.

Ce genre de discours « me fait peur », a réagi le leader parlementaire du Parti québécois (PQ), Martin Ouellet, qui craint de voir le gouvernement s’organiser pour limiter le temps de parole des députés de l’opposition.

Voilà « un gouvernement qui va vouloir diriger par majorité et par autorité, sans consensus, sans débat », a-t-il déploré en mêlée de presse, samedi matin.

Selon lui, c’est comme si M. Legault affirmait : « Je suis le premier ministre, je connais la vérité et cette vérité vous sera imposée dans un temps imparti ».

« Nous sommes des irritants pour François Legault », a renchéri le leader parlementaire de l’opposition officielle, le libéral Sébastien Proulx.

Il affirme que toute réforme du règlement de l’Assemblée nationale ne se fera pas « par une loi votée dans son bureau ».

Au contraire, que cela lui plaise ou non, le gouvernement aura besoin de l’assentiment de tous les partis, ajoute-t-il, lui aussi méfiant quant aux « motivations » réelles du premier ministre.

« Quand vous voyez les motivations pour lesquelles il veut le faire, ça m’apparaît mal parti, sérieusement », a indiqué M. Proulx, en s’adressant aux médias.

Quant à lui, le premier ministre Legault a cherché à se faire rassurant en disant qu’un bâillon ne serait sûrement pas utilisé « pour la réforme parlementaire », qui sera le prochain « dossier important » confié à son ministre Jolin-Barrette.

Vendredi, il n’avait pas rassuré l’opposition en affirmant que « plus un gouvernement veut faire de changements, plus il peut être appelé à faire adopter sous bâillon un projet de loi ».