(Ottawa) Un comité parlementaire a effacé des mots prononcés lors d’une de ses réunions par un député conservateur.

Mis à jour le 4 juin 2019
Lina Dib La Presse canadienne

L’initiative, prise par un membre libéral du comité, vise la sortie du député Michael Cooper pour laquelle l’élu s’est excusé et qui lui a fait perdre sa place au comité de la justice.

La semaine dernière, M. Cooper, arguant qu’il n’y a pas de lien à faire entre la droite et le terrorisme, a cité une partie du manifeste de l’homme accusé d’avoir tué 51 personnes à Christchurch, en Nouvelle-Zélande.

Mardi matin, une motion du député libéral Randy Boissonnault pour faire disparaître l’épisode du compte-rendu officiel des réunions du comité a été adoptée à 6 contre 0. Les trois membres conservateurs du comité se sont abstenus.

PC

Randy Boissonnault

« On a le droit comme parlementaires d’enlever des choses du (compte-rendu officiel) qu’on trouve haineuses », a justifié le député Boissonnault.

Le président du comité de la justice, aussi un élu libéral, souligne que le greffier a trouvé cinq autres exemples où cela avait été fait. « Je trouve que c’est un geste exceptionnel », a cependant convenu Anthony Housefather, intercepté à sa sortie des Communes.

« L’idée, c’est d’avoir un compte-rendu pour savoir ce qui se passe […] que vous aimiez ça ou non, que ce soit approprié ou non, si ça fait partie du compte-rendu, ça fait partie du compte-rendu », a fait remarquer le député conservateur Rob Nicholson.

« C’est quelque chose ! », a lancé l’élu en roulant des yeux et en soulignant n’avoir jamais vu pareil geste, lui qui siège à Ottawa depuis 2004.

Son collègue Arnold Viersen a été plus incisif. « Les libéraux semblent contents de s’excuser pour des choses qui sont arrivées dans le passé, pour beaucoup de choses, et de réécrire l’histoire », a ironisé le député en route vers un vote à la Chambre.

La leader du Parti vert, qui a l’habitude de défendre les règles parlementaires, est prête à voir les mots disparaître.

« Ce n’est pas une solution idéale, mais je le comprends », a dit Elizabeth May à son arrivée aux Communes mardi après-midi.

« Ce n’est pas réécrire l’histoire, c’est rendre la période de cette session du comité de justice silencieuse », a souligné Mme May. « On ne fait qu’effacer », a-t-elle dit.

Prétexte d’attaques partisanes ?

Les libéraux ne semblent pas vouloir en rester là. Ainsi, dans les prochains jours, ce sera la Chambre des communes au complet qui aura à voter pour ou contre la disparition des mots de M. Cooper.

Estimant que le député conservateur a « dépassé les bornes », M. Boissonnault veut voir les 338 élus voter sur le sujet, sa motion a donc été relayée à la Chambre.

« Je sais que je vais me lever pour rayer ces commentaires du (compte-rendu). Je sais que mes collègues (libéraux) vont le faire aussi. Mais c’est une discussion que les conservateurs doivent avoir au sein de leur caucus », a-t-il dit.

Mardi en fin de journée, les conservateurs n’ont pas voulu dire ce qu’ils feraient de ce vote à venir.

Celui qui est à l’origine de la tourmente, Michael Cooper, n’a pas retourné l’appel de La Presse canadienne mardi après-midi.

Lundi, M. Boissonnault a réclamé l’expulsion de M. Cooper du caucus conservateur. Le chef du Nouveau Parti démocratique, Jagmeet Singh, a demandé la même chose, mardi.