(Ottawa) Le suspense prend fin : les anciennes ministres libérales Jody Wilson-Raybould et Jane Philpott se présenteront comme candidates indépendantes au scrutin fédéral d’octobre 2019.

Mélanie Marquis Mélanie Marquis
La Presse

Fanny Lévesque Fanny Lévesque
La Presse

Les principales intéressées en ont fait l’annonce lors de deux conférences de presse distinctes, organisées à 30 minutes d’intervalle, dans leur circonscription de Vancouver-Granvile, en Colombie-Britannique, et de Markham—Stouffville, en Ontario.

Sur la côte Ouest, l’ancienne ministre de la Justice, Jody Wilson-Raybould, a convenu que se faire élire sans affiliation politique ne serait pas une mince tâche, mais elle a dit en être venue à la conclusion que briguer les suffrages comme indépendante était la meilleure façon de représenter sa communauté.

PHOTO ADRIAN WYLD, LA PRESSE CANADIENNE

Jane Philpott

L’ex-ministre, qui a claqué la porte du cabinet de Justin Trudeau dans la foulée de l’affaire SNC-Lavalin, n’a pas fait référence directement à ce dossier dans son allocution, mais elle a semblé y faire allusion en exprimant son désir de faire de la politique autrement.

« On entend parfois que la politique est un sport d’équipe, un sport sanglant aussi. Je crois en l’importance d’une équipe forte, mais je ne suis pas certaine qu’il devrait y avoir effusion de sang », a-t-elle offert.

Quelques minutes après, Jane Philpott avait le même message. L’élue de l’Ontario souhaite elle aussi faire de la politique autrement, au-delà de la partisanerie, a-t-elle expliqué.

« Au cours des derniers mois, et je sais que ça va en surprendre plus d’un, mais j’ai plutôt apprécié le fait de siéger comme indépendante. Je n’ai pas perdu ma voix. J’ai trouvé ma voix », a-t-elle lancé.

« Il n’y a plus de partis politiques qui vont me dire quoi dire, il n’y a plus d’employés politiques qui vont me dire comment voter et il n’y a plus de lobbyistes qui vont tenter d’influence la direction que je vais prendre. Mon seul patron, c’est vous », a poursuivi Mme Philpott.

L’ex-présidente du Conseil du trésor et l’ancienne ministre de la Justice ont toutes deux fait allusion à l’urgence d’agir pour lutter contre les changements climatiques, saluant au passage le travail du Part vert d’Elizabeth May. Jane Philpott et Jody Wilson-Raybould se disent maintenant prêtes à travailler avec toutes les formations politiques.

« Vous pensez peut-être qu’être indépendant veut dire que vous n’êtes pas prêts à travailler avec les autres, que vous allez travailler en solo. Ceci n’est absolument pas le cas. La vérité est que les indépendants vont travailler avec tout le monde », a affirmé Jane Philpott.

Les deux anciennes ministres étaient d’ailleurs vêtues de blanc, une couleur qui s’agence avec « toutes les couleurs », a blagué Mme Philpott.

L’avenir politique des deux élues faisait l’objet de nombreuses spéculations depuis qu’elles ont été chassées du caucus libéral en avril dernier. On les voyait notamment joindre les rangs du Parti vert, qui a le vent en poupe ces derniers temps.

En les éjectant des banquettes libérales, le premier ministre Justin Trudeau leur avait du même coup retiré le droit de se présenter sous la bannière du parti aux élections du 21  octobre 2019. La décision de leur montrer la porte en avait soulagé plusieurs chez les libéraux, qui semblaient incapables de se dépêtrer de l’affaire SNC-Lavalin, laquelle revenait sans cesse les hanter – entre autres en raison des sorties médiatiques des deux élues.

L’ex-ministre Wilson-Raybould a démissionné du cabinet le 12 février dernier après avoir allégué que le premier ministre et son entourage avaient exercé des pressions indues sur elle pour éviter un procès pour fraude et corruption à la firme d’ingénierie québécoise.

Un mois auparavant, lors d’un remaniement ministériel, elle avait été rétrogradée de la Justice aux Anciens combattants. Sa collègue Philpott avait pour sa part été mutée des Services autochtones au Conseil du trésor lors du même jeu de chaises musicales.

Le 4 mars dernier, Mme Philpott a claqué la porte du conseil des ministres à son tour, invoquant elle aussi l’affaire SNC-Lavalin. Elle a expliqué qu’en raison du principe de solidarité ministérielle, il était devenu pour elle « intenable » de rester au cabinet.

Les deux femmes, qui étaient des néophytes en politique, ont piloté des dossiers majeurs pendant leur passage au sein du gouvernement libéral, notamment ceux de l’aide médicale à mourir et de la légalisation du cannabis.

Avant de se retrouver aux Communes pour une première fois en 2015, Jody Wilson-Raybould a été procureure de la Couronne de la Colombie-Britannique et chef régionale de l’Assemblée des Premières Nations pour la Colombie-Britannique.

Quant à Jane Philpott, elle a une formation comme médecin de famille. Elle a passé les premières années de sa carrière au Niger, en Afrique de l’Ouest, avant de rentrer au Canada en 1998.