(Québec) – Le philosophe Charles Taylor, qui a cosigné en 2008 le rapport Bouchard-Taylor en pleine crise des accommodements raisonnables, juge que le projet de loi sur la laïcité de l’État du gouvernement de la Coalition avenir Québec (CAQ) n’est pas « soutenable ».

Hugo Pilon-Larose Hugo Pilon-Larose
La Presse

Selon lui, la CAQ « multiplie le nombre de victimes et de gens qui vont se retrouver face à des portées fermées » en raison de leurs convictions religieuses.  

De passage à Québec dans le cadre des consultations particulières du projet de loi 21, M. Taylor s’est défendu mardi d’avoir nourri avec son rapport de l’époque un débat qui dure désormais depuis plus de 10 ans.  

« [À l’époque], a-t-il dit, nous avons établi les principes fondamentaux [de la laïcité de l’État]. On a laissé une petite dérogation, qu’on n’aurait pas dû faire, mais c’est clair que le principe fondamental de ce rapport était que les institutions sont neutres, [mais que] les individus sont libres. »

Alors que l’essayiste Djemila Benhabib affirmait en matinée que les femmes musulmanes qui refusent de retirer leur voile sont des « intégristes », Charles Taylor réplique : « c’est ridicule ».

Selon lui, le projet de loi 21 crée plutôt des obstacles pour intégrer les immigrants à la société.

« [Le gouvernement sème] la division et encourage les citoyens à considérer [les gens qui ont des signes religieux] comme un danger. […] Ce n’est pas comme ça qu’on doit traiter les gens qui viennent dans ce pays », a-t-il dit.