(Ottawa) Le gouvernement Trudeau avait promis de tirer des leçons de sa gestion de crise déficiente pendant la saison des ouragans de 2017, alors qu’il avait tardé à voler au secours des Canadiens aux prises avec les contrecoups des passages successifs d’Irma, José et Maria.

Mélanie Marquis
Mélanie Marquis La Presse

Or, un document contenant une série de recommandations faites par des fonctionnaires d’Affaires mondiales a été ignoré : le mémo « Préparation aux saisons d’ouragans » que l’on avait préparé à l’intention de trois ministres, dont Chrystia Freeland, aux Affaires étrangères, a été relégué aux oubliettes.

« Ce document a été annulé et fermé avant d’être acheminé au bureau du sous-ministre [de l’époque, Ian Shugart] pour approbation et signature », a-t-on indiqué au sujet de cette note gouvernementale obtenue par La Presse en vertu de la Loi sur l’accès à l’information.

Des centaines de ressortissants canadiens étaient restés coincés dans les Antilles en septembre 2017, otages des intempéries, et la lenteur du gouvernement fédéral à trouver une façon de les tirer du pétrin et à fournir de l’aide consulaire avait fait l’objet de vives critiques.

La ministre Freeland n’était pas allée jusqu’à s’excuser, se contentant d’offrir dans une lettre envoyée aux rescapés que l’on pouvait « toujours faire mieux ». Elle s’était rendue à l’aéroport Pearson de Toronto pour accueillir des vacanciers extirpés de Saint-Martin et des îles Turks et Caicos.

PHOTO PAUL CHIASSON, ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE

La ministre des Affaires étrangères, Chrystia Freeland

Ses fonctionnaires se sont mis sur le cas et ont proposé des « changements clés pour renforcer le niveau de préparation du Ministère pour offrir des réponses rapides et efficaces ». Parmi ces recommandations figure celle d’accroître la présence du Canada dans les Antilles.

Cette « expansion de l’empreinte » canadienne devait se matérialiser avec la nomination de consuls honoraires à Antigua-et-Barbuda, en Guadeloupe, à Sainte-Lucie ainsi qu’aux îles Turks et Caicos, est-il écrit dans le document gouvernemental, où n’apparaît aucune date.

Toujours pas de consuls

Or, à un mois du début de la saison des ouragans de 2019, personne n’a encore été nommé. « Le Ministère et nos missions à Paris, Bridgetown [Barbade] et Kingston [Jamaïque] recrutent présentement des candidats pour les postes », a écrit à La Presse John Babcock, porte-parole d’Affaires mondiales.

On a pourtant tenté de nommer des consuls il y a belle lurette, comme en témoigne l’affichage du poste en Guadeloupe : l’appel de candidatures pour s’installer à Pointe-à-Pitre a été fait le 24 septembre 2018, et il venait à échéance le 24 octobre 2018.

Un autre affichage, celui pour les îles Turks et Caicos, venait à échéance vendredi dernier. « Ce processus de sélection fait partie de l’engagement du gouvernement […] à l’égard d’un processus ouvert et transparent », a justifié M. Babcock.

Une source gouvernementale a admis à La Presse cette semaine que cette mise en veilleuse était en partie attribuable au fait que plusieurs dossiers urgents en matière d’affaires étrangères avaient monopolisé l’énergie des fonctionnaires.

Le député néo-démocrate Guy Caron se dit « renversé » d’apprendre que ce dossier a été balayé sous le tapis, car « on voyait vraiment le manque d’organisation en 2017 ». Il considère en outre comme « intéressante » la proposition de nommer des consuls honoraires.

« Le gouvernement, sa responsabilité, c’est au moins de s’assurer qu’au point de vue consulaire, on puisse offrir un minimum de services quand un désastre naturel survient et que des Canadiens sont là. »

Le Parti conservateur n’a pas souhaité se prononcer.

Textos, appels et courriels

Le gouvernement Trudeau a tout de même bougé sur le plan de la communication.

Avec un nouveau système de messagerie texte bidirectionnel, il est désormais possible pour les Canadiens de répondre aux textos du gouvernement, à condition d’utiliser le service gratuit d’Inscription des Canadiens à l’étranger.

De plus, « un centre d’appels a été mis sur pied à Affaires mondiales pour renforcer la capacité de pointe, et a répondu à plus de 5159 appels et courriels 24 heures sur 24, 7 jours sur 7 », a soutenu John Babcock.

Affaires mondiales n’a pas été en mesure de préciser combien avait coûté le rapatriement des quelque 1700 Canadiens et membres de leur famille qui étaient coincés, avec la collaboration de transporteurs aériens commerciaux et de la Défense nationale.