Gonflée à bloc par sa prestation au débat des chefs, Pauline Marois a affirmé hier qu'elle vise toujours la victoire le 8 décembre. Mais certains candidats indiquent que le PQ doit bloquer l'élection d'un gouvernement libéral majoritaire, un peu comme l'a fait le Bloc québécois lors de la campagne fédérale.

Martin Croteau
Martin Croteau LA PRESSE

Devant quelque 300 étudiants de l'Université de Montréal, Mme Marois a repris un slogan maintes fois répété par Gilles Duceppe pendant les élections de cet automne. «D'ici le 8 décembre, a-t-elle déclaré, Jean Charest va me trouver sur son chemin.»

 

M. Duceppe s'était présenté comme le seul à pouvoir empêcher les conservateurs de Stephen Harper d'obtenir un gouvernement majoritaire, une stratégie qui lui a permis de récolter 49 sièges sur 75 au Québec.

Interrogée sur son clin d'oeil au chef bloquiste, Mme Marois a assuré qu'elle aspire toujours au pouvoir. «Je ne veux pas empêcher Jean Charest de former un gouvernement majoritaire, a-t-elle affirmé. Je veux moi-même former un gouvernement majoritaire.»

Chez certains candidats, toutefois, l'idée de barrer la route à un gouvernement libéral majoritaire semble faire son chemin. Jean Charest a été «arrogant» pendant son premier mandat, ont-ils souligné, hier soir, en marge de leur plus important rassemblement depuis le début de la campagne. Ils montrent en exemple les controverses comme celle de la centrale du Suroît ou encore la privatisation du mont Orford.

«Je sens que Mme Marois est de plus en plus claire, a affirmé le député sortant de Richelieu, Sylvain Simard. Il faut bloquer Jean Charest, c'est-à-dire empêcher l'équivalent de ce qu'on a connu, l'arrogance d'un gouvernement Charest majoritaire.»

Il précise en revanche que la forte performance de Mme Marois au débat des chefs pourrait paver la voie à une victoire du PQ.

Le parti aura toutefois une bonne pente à remonter: le dernier sondage CROP-La Presse, publié mardi plaçait le PQ à 13 points des libéraux dans les intentions de vote. L'ADQ obtenait 12% des appuis.

«Depuis hier, je pense que tous les espoirs sont permis, a affirmé M. Simard. Tous les comtés qu'on avait ciblés, maintenant je sens qu'on peut les avoir.»

«Cet écart démontre qu'il (Jean Charest) serait presque majoritaire, a renchéri la députée sortante de Pointe-aux-Trembles, Nicole Léger. Alors, c'est pour cela qu'il y a urgence d'agir dans les 12 derniers jours.»

Souveraineté

Mme Marois a également plaidé pour la souveraineté, hier, soulignant que le poids démographique du Québec dans le Canada a reculé. Elle a toutefois promis de ne pas «courir constamment après un référendum». Si elle est élue, elle renforcera plutôt la loi 101 pour qu'elle soit appliquée dans les petites et moyennes entreprises, et adoptera une Constitution québécoise.

Le résultat des élections fédérales milite en faveur de son projet, estime-t-elle. Rappelons que le Bloc québécois fait élire 49 députés, tandis que les conservateurs gagnaient du terrain au Canada anglais, notamment en Ontario et en Colombie-Britannique.

«Le Québec ne pourra pas prendre la direction qu'il souhaite prendre tant et aussi longtemps qu'il partagera son pays avec une nation qui s'en va dans le sens inverse, a-t-elle affirmé. On l'a vu aux dernières élections fédérales.»

En soirée, Pauline Marois a participé à son plus important rassemblement depuis le début de la campagne. Près de 700 personnes se sont réunies dans un théâtre de Montréal, dont Jacques Parizeau, Gilles Duceppe et plusieurs candidats péquistes de la grande région de Montréal.