Mario Dumont ne participera pas à Tout le monde en parle, pas plus qu'il ne s'excusera à son animateur-vedette Guy A. Lepage pour avoir affirmé que Jean Charest a reçu un traitement de faveur lors de son passage à la populaire émission. Même s'il admet n'avoir aucune preuve pour appuyer ses accusations.

Martin Croteau
Martin Croteau LA PRESSE

Des libéraux ont exercé des pressions sur l'équipe de production pour que Jean Charest ait droit à une entrevue complaisante, a soutenu le leader adéquiste hier matin.

«Des publicitaires de Jean Charest avaient arrangé l'entrevue avant, ça avait été préparé», a-t-il lâché lors d'une entrevue diffusée sur les ondes de Radio Énergie, à Québec.

Aucun chef politique n'a l'obligation de participer à l'émission, a poursuivi Mario Dumont, surtout si les dés sont pipés. «Pour certains autres politiciens, a-t-il dit, ce n'est pas un débat d'idées, c'est une pièce de théâtre arrangée.»

Mais au terme d'une rencontre avec le président de l'UPA, en après-midi, Mario Dumont a reconnu n'avoir aucune preuve pour soutenir sa sortie. Il a tiré cette conclusion en lisant la biographie que lui a consacrée le journaliste de La Presse, Denis Lessard.

L'ouvrage rapporte que le cofondateur de l'agence Zone 3, Michel Bissonnette, a «longuement conseillé» Jean Charest avant sa rencontre avec M. Lepage. Mais il n'est mentionné nulle part que son entourage a travaillé en coulisse pour organiser une entrevue complaisante.

«Si j'ai mal interprété les textes du livre, si les gens n'ont jamais parlé à l'individu publicitaire en question, qu'ils le disent et je vais respecter l'interprétation, a dit M. Dumont. Et je comprendrai que j'ai mal lu le texte qui, effectivement, ne raconte pas ça en ces termes-là.»

De toute manière, là n'est pas la question, a-t-il ajouté. Ses impressions suffisent pour le convaincre de ne pas retourner à l'émission.

Le chef adéquiste avait été pris de court, pendant la campagne de 2007, lorsque l'animateur a insisté pour connaître le coût total de ses promesses électorales. La chroniqueuse Chantal Hébert l'avait aussi écorché, affirmant qu'il n'était pas prêt à devenir premier ministre.

«Quand j'ai quitté ce plateau en 2007, je m'étais dit que je ne retournerais pas là, a-t-il résumé. Quand j'ai vu le traitement que les autres ont eu, j'en ai été convaincu.»

De passage à Montréal, Jean Charest a catégoriquement nié les allégations de son adversaire. «Ça m'étonne ce genre de déclarations, surtout au milieu d'une campagne électorale, a-t-il déclaré. Je ne sais pas pour quelle raison on invente des choses comme ça.»

Le premier ministre sortant a été interviewé par Guy A. Lepage le 9 novembre. L'animateur ne lui a posé aucune question sur son cadre financier, même s'il ne l'a pas dévoilé. Pauline Marois sera l'invitée cette semaine.

Une rétractation

Guy A. Lepage n'a pas rappelé La Presse pour commenter les propos de M. Dumont. Sur les ondes de RDI, il a toutefois assuré que son émission est autrement plus rigoureuse avec les politiciens en campagne électorale. Il l'a donc sommé de se rétracter.

«Ça remet en question l'intégrité de l'animateur, l'intégrité de toute l'équipe, a-t-il affirmé sur les ondes de RDI. Quand j'entends des choses comme ça, ça m'inquiète sur le niveau de désespoir de M. Dumont.»

«Je lui réponds qu'il a l'épiderme sensible», a rétorqué le chef adéquiste.

La Société Radio-Canada s'est également mêlée de l'affaire, en fin de journée, publiant un communiqué pour défendre l'intégrité de l'équipe de Tout le monde en parle. «En aucun cas, les publicitaires des partis n'interviennent dans la préparation des entrevues», a-t-elle affirmé.

La chaîne publique n'entend pas poursuivre M. Dumont.

Un sketch humoristique

Le chef de l'ADQ ne boude pas les émissions de variétés pour autant. Le 30 novembre, il coiffera une perruque blonde dans un sketch à Dieu merci! , diffusée à TVÀ en même temps que Tout le monde en parle. C'est le seul des trois chefs à avoir accepté l'invitation de l'émission humoristique.

Avec la collaboration de Malorie Beauchemin