Alors qu'il était invité à titre de premier ministre à l'inauguration de nouvelles infrastructures au port de Sept-Îles, le chef libéral, Jean Charest, en a profité pour dévoiler l'aspect énergétique de son Plan Nord. Cela a créé une certaine confusion des genres que n'a pas manqué de dénoncer la députée péquiste de la région.

Malorie Beauchemin
Malorie Beauchemin LA PRESSE

L'activité, qui se voulait non partisane, rassemblait politiciens et maires de la région. Le gouvernement du Québec a contribué à hauteur de 3 millions de dollars à la réalisation du centre de transbordement de plus de 13 millions qui a été inauguré hier.Mais le chef libéral, dans son discours, a plutôt parlé de son Plan Nord, annoncé en septembre dernier. Il a même présenté une vidéo promotionnelle de l'ambitieuse stratégie pour la mise en valeur des régions septentrionales du Québec.

Il s'est s'engagé à augmenter de 3500 mégawatts (MW) la production énergétique grâce à des projets totalisant 19 milliards de dollars, qui ne se réaliseraient qu'entre 2015 et 2035. Cela s'ajoute aux 4500 MW que le gouvernement Charest a annoncés en 2006 dans le cadre de sa stratégie énergétique, surtout hydroélectrique, qui devrait être achevée vers 2015-2016.

S'il est réélu le 8 décembre, le chef libéral demandera donc à Hydro-Québec de plancher sur de nouveaux projets, aucun site n'ayant été ciblé pour l'instant. Il s'est aussi engagé à ce que 20% de cette nouvelle production, soit 700 MW, proviennent de l'énergie éolienne, solaire ou hydrolienne.

Bien qu'il demande aux électeurs un mandat majoritaire pour faire face au ralentissement économique des prochains mois, M. Charest a estimé qu'il était tout aussi important de présenter «une vision d'avenir».

La députée péquiste Lorraine Richard n'a pas apprécié de voir le chef libéral coiffer son chapeau de premier ministre pour faire des annonces partisanes en campagne électorale.

«J'étais très contente du lien ferroviaire ici au quai de la Relance, j'ai travaillé avec les gens du port de Sept-Îles. Mais en profiter pour venir lancer le Plan Nord, c'est plus que de la propagande électorale, c'est se moquer des gens de Duplessis», a lancé Mme Richard.

Très à l'aise

Interrogé en point de presse à propos de cette confusion des genres, M. Charest a affirmé qu'il se sentait «très à l'aise» d'utiliser cette tribune, où il venait en tant que premier ministre, pour annoncer des engagements électoraux.

«Je ne raterai pas une occasion devant la population de Sept-Îles et du comté de Duplessis de parler de l'avenir. Si on ne parle pas du Plan Nord ici, à Sept-Îles, je ne sais pas où on va en parler. Il faut revenir au bon sens», a dit M. Charest.

«J'ai rien entendu de nouveau dans ce plan-là, a rétorqué Mme Richard. Je le sais, la Côte-Nord, on est le garde-manger du Québec. On en a, des richesses, mais ça nous prend des routes pour que ce soit accessible. Est-ce que vous avez entendu M. Charest parler de la 138 (dont les citoyens réclament le parachèvement entre Natashquan et Blanc-Sablon)?»

«Les gens du Duplessis ne seront pas dupes», a-t-elle ajouté.

Le chef du conseil de bande de la communauté innue de Uashat-Maliotenam, George-Ernest Grégoire, n'a pas non plus applaudi à l'annonce du chef libéral. «C'est un manque de respect. S'il veut avancer avec ses projets, il va falloir qu'il vienne s'asseoir avec nous», a-t-il souligné, frustré de ne pas avoir été consulté, après le discours de M. Charest.

Jugeant que les négociations avec les gouvernements piétinent quant à l'utilisation des terres ancestrales pour le développement économique de la région, les Innus de Maliotenam ont envoyé dans les derniers mois des mises en demeure à de grandes entreprises nord-côtières, dont l'aluminerie Alouette, à Sept-Îles.

Jean Charest a reconnu qu'il faudrait que le gouvernement s'entende avec les communautés pour mener à bien les futurs projets.

«Ça ne fera pas l'unanimité, le Plan Nord, je sais très bien, je le vois, a-t-il souligné. Il n'y a pas un projet de cette envergure-là, aussi ambitieux que celui qu'on présente, qui peut faire l'unanimité.»

Les projets devront aussi obtenir le feu vert environnemental. «S'il fallait attendre que toutes les approbations soient faites avant qu'on annonce les projets, on ne les annoncerait pas, finalement», a toutefois estimé M. Charest.

Le chef libéral a par la suite poursuivi sa tournée en territoire péquiste. Après la circonscription de Duplessis, détenue par le Parti québécois depuis 1976, il s'est rendu à Gaspé visiter une usine de pales d'éoliennes, puis à Matane, pour un rassemblement partisan. Les deux circonscriptions sont aussi actuellement péquistes, tout comme celles qu'il visitera aujourd'hui, au Saguenay-Lac-Saint-Jean, et demain, en Abitibi-Témiscamingue.