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Personnalité de la semaine: la Dre Ak'ingabe Guyon

La Dre Ak'ingabe Guyon... (Photo Ivanoh Demers, La Presse)

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La Dre Ak'ingabe Guyon

Photo Ivanoh Demers, La Presse

À seulement 41 ans, la DreAk'ingabe Guyon vient de remporter le Prix de la présidente des Médecins de santé publique du Canada après avoir dénoncé - preuves à l'appui - les coupes massives en prévention au Québec. Elle est notre personnalité de la semaine.

La Dre Ak'ingabe Guyon ne renie pas ses origines modestes. Au contraire. Elles sont le moteur de sa pratique médicale.

« Mon background familial me donne un impératif que les actions que je pose aient du sens pour M. et Mme Tout-le-Monde. Et un impératif que les politiques publiques - qu'on tente d'influencer lorsqu'on est en santé publique - donnent une véritable égalité des chances », raconte la Dre Guyon, rencontrée dans son petit bureau de la Direction de santé publique de Montréal où elle travaille depuis 2013.

Née à Montréal d'une mère québécoise « de souche » et d'un père d'origine rwandaise, elle a grandi dans le quartier Côte-des-Neiges. Son grand-père maternel était un quincaillier locataire dans Rosemont.

Son père a immigré au Québec après avoir fui les violences ethniques au Rwanda à la fin des années 60. Titulaire d'une maîtrise en design industriel, ce dernier n'a pas réussi à se trouver un emploi dans son domaine une fois ici, alors il s'est recyclé en enseignant de français pour les immigrants.

« Je ne serais pas devenue médecin spécialiste en santé publique si je n'avais pas grandi dans une société qui, tant bien que mal, essaie d'égaliser les chances des gens, peu importe le quartier d'où ils viennent, peu importe le statut socio-économique », poursuit la médecin.

UN PARCOURS NON LINÉAIRE

Après avoir terminé un baccalauréat en physiologie à McGill en 1998, Ak'ingabe Guyon a fait un stage en santé environnementale au Programme des Nations unies pour l'environnement à Nairobi, durant lequel elle a eu un « déclic ».

« Ça a été un changement de perspective majeur : du micro au macro. J'ai réalisé combien la santé n'était pas tant due au fonctionnement des organes et bien plus à tout ce qui fait qu'on est en santé - ou qu'on ne l'est pas - qui relève de politiques publiques, environnementales et sociales. »

- La Dre Ak'ingabe Guyon

La jeune femme a obtenu ensuite une bourse d'études de la Fondation Rotary qui lui a permis de faire une maîtrise à la prestigieuse London School of Hygiene and Tropical Medicine, en Angleterre.

Après sa maîtrise, elle a passé l'année suivante en Tanzanie pour travailler sur la prévention du VIH avec des experts en santé publique - dont des médecins. « En côtoyant ces médecins, je me suis dit : je veux avoir cette capacité de comprendre l'humain, de me rapprocher de l'humain et d'être aussi une soignante », raconte-t-elle.

À son retour au pays, elle s'est plongée dans de longues études de médecine. « Je n'ai pas un parcours linéaire », dit-elle en riant. Elle fait d'abord des études pour devenir omnipraticienne - qui l'ont menée en Colombie-Britannique -, pour ensuite rentrer au Québec où elle s'est spécialisée en santé publique.

MIEUX VIVRE

La Dre Guyon décrit les experts en santé publique comme des marathoniens : « Nos victoires, on les voit sur 10, 15, 20 ans. »

Une statistique qu'elle aime rappeler : depuis 100 ans, on vit 30 ans de plus en bonne santé. Des 30 années qu'on a gagnées, 25 sont dues à la prévention et cinq, aux soins curatifs.

« Sauf que le temps pour accomplir des résultats est un peu trop long pour le calendrier politique, alors on n'est pas toujours populaire », ajoute la médecin qui est aussi professeure adjointe de clinique à l'École de santé publique de l'Université de Montréal.

« Nos succès les plus spectaculaires, c'est une absence de catastrophe, de maladie. On pense que nos aménagements routiers n'y sont pour rien ; que nos services éducatifs en petite enfance n'ont rien à voir là-dedans, dit la Dre Guyon. Au contraire, c'est parce qu'ils sont là, parce qu'on a un service de vaccination, un service de soutien aux femmes qui allaitent, etc. - autant d'actions de santé publique orchestrées - qu'on arrive à ces résultats. »

Alors en 2015, lorsque le gouvernement de Philippe Couillard a amputé les budgets des équipes régionales de santé publique de 33 %, la Dre Guyon s'est fait un devoir, à titre de professeure, de dénoncer ces coupes « brutales qui ne tenaient pas la route au niveau des données probantes ni de la logique ».

La médecin spécialiste s'est ainsi rendue à l'Assemblée nationale - sans y être invitée - pour manifester son désaccord à la ministre Lucie Charlebois, responsable du dossier de la santé publique, au moment de l'étude des crédits budgétaires en santé.

Assise dans l'assistance, la Dre Guyon a entendu la ministre Charlebois affirmer que ces coupes étaient administratives. Puis, la médecin est allée se présenter « en toute candeur », insiste-t-elle, pour expliquer à la ministre que ce n'était pas du tout des coupes administratives.

« Mes collègues qui perdent leur emploi sont des démographes, des infirmières, des sociologues. Tous des gens essentiels pour faire de la prévention », a-t-elle dit à la ministre, n'abandonnant jamais ce ton posé qui la caractérise.

ARTICLE COUP-DE-POING

La Dre Guyon ne s'est pas arrêtée là. Elle a tourné une vidéo avec l'économiste Pierre Fortin et l'actrice Céline Bonnier pour alerter la population sur l'impact de ces coupes.

Puis, en 2016, elle a publié un article scientifique au titre coup-de-poing : « Public health systems under attack » (les systèmes de santé publique attaqués), dans lequel elle énumère les décisions « arbitraires » prises au Québec, mais aussi dans d'autres provinces canadiennes, qui ont eu pour effet d'affaiblir les efforts de prévention au pays.

L'an dernier, avec une consoeur des Maritimes, elle a poursuivi son combat en signant un éditorial sur le même sujet, cette fois-ci dans la Revue canadienne de santé publique.

Ses efforts sont salués par ses pairs, alors qu'on lui a récemment remis le Prix de la présidente des Médecins de santé publique du Canada.

« Pour moi, c'était un devoir d'agir comme lanceur d'alerte. Je ne peux pas m'imaginer ne rien dire quand j'ai des données substantielles pour appuyer mes propos. »

- La Dre Ak'ingabe Guyon

La Dre Guyon voit des signes « encourageants » pour l'avenir, puisque trois des quatre partis (la CAQ, le PQ et QS) ont reconnu en campagne électorale que la santé publique avait été affaiblie.

Mais elle ne crie pas victoire pour autant : « On verra - maintenant que les élections sont derrière nous - s'il y a un rétablissement de la prévention en haut de l'agenda politique. »

La société québécoise peut compter sur la Dre Guyon pour talonner le nouveau gouvernement caquiste si la santé publique subit une nouvelle « attaque ». « Nos vies en dépendent », rappelle la médecin spécialiste d'une voix très douce qui contraste avec la gravité de ses propos.

AK'INGABE GUYON EN QUELQUES CHOIX

UN LIVRE 

Ru, de Kim Thúy

UN PERSONNAGE HISTORIQUE 

Nelson Mandela, pour sa fougue indignée lors de son incarcération à 44 ans qui a fait place, après sa libération 27 ans plus tard, à une discipline, une sagesse et un engagement indéfectible envers l'équité.

UN PERSONNAGE CONTEMPORAIN

La professeure Nancy Krieger - chercheuse émérite en épidémiologie sociale, la discipline qui permet de démontrer avec des données statistiques combien les chances d'être en santé ou non ne sont pas le fruit du hasard ou la conséquence première de comportements individuels, mais surtout le résultat de politiques publiques qui génèrent ou diminuent les inégalités sociales.

UNE CITATION

« La sagesse, c'est d'avoir des rêves suffisamment grands pour ne pas les perdre de vue quand on les poursuit. »

- Oscar Wilde

UNE CAUSE QUI VOUS FERAIT DESCENDRE DANS LA RUE POUR MANIFESTER

Des politiques publiques qui vont à l'encontre des données probantes ou des droits de la personne. Peu importe le parti au pouvoir, l'État a le devoir de veiller à l'égalité des chances et d'appuyer ses décisions sur les meilleures connaissances disponibles. C'est à nous, citoyens, d'exercer notre voix et notre vigilance, jusque dans la rue quand il le faut.




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