Son acharnement au travail jumelé à son intégrité et son sens du devoir ont permis à Jacques Savoie de gravir un à un les échelons de l'ancienne société Dominion Textile, qui a été un important employeur au Québec durant les années 60.

Mis à jour le 18 nov. 2013
Annie Bourque LA PRESSE

Jusqu'à sa retraite, l'homme occupait le poste de vice-président à la fabrication pour les produits aux consommateurs, au siège social de Montréal. Il dirigeait au-delà de 3000 employés.

Entouré de son épouse et de ses cinq enfants, il s'est éteint mercredi à l'âge de 79 ans.

Cet aîné d'une famille de six enfants a été recruté dès l'âge de 18 ans par l'entreprise anglophone spécialisée dans la fabrication du textile. «En échange de son embauche, on lui offrait une formation d'une durée de trois ans. Il avait le choix entre étudier à Montréal ou en Ontario», raconte son frère Pierre.

Déterminé à apprendre l'anglais, le jeune adulte décide de s'exiler à Hamilton, en Ontario. Son choix illustre sa détermination. «Il est parti là-bas en ne connaissant pas un seul mot d'anglais.»

Trois ans plus tard, Jacques Savoie commence au bas de l'échelle à titre d'employé de bureau à l'usine de la Dominion Textile située à Valleyfield. «Il se consacrait profondément à son travail, raconte Annette, son épouse. En tout temps, il a été fidèle à sa ligne de conduite: fais ton devoir. Il n'acceptait pas la médiocrité.»

Peu à peu, il grimpe les échelons en devenant directeur de l'usine à Valleyfield. Par la suite, il est nommé surintendant à Saint-Jean-sur-Richelieu, puis directeur de l'usine à Longsault Yarns, près de Cornwall. Son ami André Trachy travaillait alors comme contremaître à cet endroit. «Même si notre employeur était unilingue anglophone, il trouvait important d'encourager le développement et la formation de Québécois au sein des comités de direction.»

«Jacques parlait à tout le monde sur le plancher de l'usine, poursuit-il. Il cherchait toujours à améliorer la performance de son personnel. Il identifiait les problèmes et cherchait les solutions.»

Son épouse Annette garde un souvenir d'un party de Noël avec les employés de la Dominion Textile. «On m'a dit qu'il était le patron idéal.»

Ses enfants retiennent de lui ses valeurs morales, dont la droiture et le sens des responsabilités. «Il respectait notre point de vue si on défendait notre opinion de façon respectueuse», raconte Suzanne, sa fille aînée.

Une retraite dans l'action

Fin stratège, il était imbattable aux échecs. Après sa retraite, il a travaillé comme consultant pour la Dominion Textile. «Il a voyagé aux États-Unis, en Argentine, au Pakistan et même en Tunisie, raconte sa fille. On lui demandait son avis sur des usines susceptibles d'être achetées. On se fiait à son jugement.»

Durant ses loisirs, il s'adonnait à sa grande passion: la lecture. «Il lisait continuellement des livres sur l'histoire et s'intéressait à l'actualité», ajoute-t-elle.

Durant huit ans, M. Savoie a occupé le poste de président de l'Association des copropriétaires des condominiums Chatel sur le Lac, à Deux-Montagnes. Tous ont parlé de son travail admirable. «En utilisant des arguments irréfutables, il a réussi à convaincre 39 personnes de se doter d'un fonds de prévoyance en cas de bris majeur», mentionne son frère Pierre.

M. Savoie laisse dans le deuil sa mère âgée de 103 ans, son épouse Annette, ses cinq enfants et ses 10 petits-enfants. Ses funérailles ont lieu ce samedi 16 novembre à Saint-Eustache.