La présidente de l’Assemblée des Premières Nations (APN) a informé les chefs qu’un projet d’accord avec Ottawa sur les réformes de la protection de l’enfance s’élèverait à 47,8 milliards, selon une source présente dans la salle, soit plus du double de ce qui avait été initialement promis.

La cheffe nationale Cindy Woodhouse Nepinak a révélé ce chiffre aux chefs et à leurs mandataires mardi après-midi, a rapporté la source, à qui l’on a accordé l’anonymat puisqu’elle n’était pas autorisée à divulguer ces détails publiquement.

Elle a également évoqué les risques politiques liés au refus de l’accord proposé et a affirmé qu’elle souhaitait que les chefs puissent discuter de l’offre avant de voter sur la question lors d’une assemblée extraordinaire cet automne.

La séance à huis clos, à laquelle les médias n’ont pas été autorisés à assister, s’est déroulée dans le cadre de l’assemblée générale annuelle de l’APN, qui se tient à Montréal cette semaine.

Mme Woodhouse Nepinak n’a pas souhaité faire de commentaire lorsqu’on lui a demandé de confirmer le récit de la source et le chiffre de 47,8 milliards.

Anispiragas Piragasanathar, porte-parole de Services aux Autochtones Canada, a suggéré dans un communiqué que les négociations sont toujours en cours.

« Si un accord était conclu, les parties des Premières Nations collaboreraient avec leurs membres à travers le pays. Parvenir à un accord avec les parties des Premières Nations représenterait une étape importante dans la réforme à long terme du programme et ferait progresser notre engagement continu à mettre un terme à la discrimination », indique le communiqué.

Le gouvernement fédéral avait initialement promis 20 milliards pour des réformes à long terme du système de protection de l’enfance, mais Mme Woodhouse Nepinak a récemment déclaré à La Presse Canadienne que l’accord conclu avec Ottawa dépasserait probablement ce montant.

Cette somme faisait partie d’une offre de règlement de 43 milliards résultant d’une décision du Tribunal canadien des droits de la personne selon laquelle Ottawa avait fait preuve de discrimination à l’égard des enfants autochtones en sous-finançant de manière chronique les services de protection de l’enfance dans les Premières Nations.

Les 23 milliards restants ont été mis de côté pour indemniser environ 300 000 personnes lésées par un système qui plaçait souvent les enfants dans des familles d’accueil au lieu d’offrir un soutien pour aider les familles à rester ensemble.

Mardi matin, lors de son discours d’ouverture devant les chefs, qui a été diffusé publiquement, Mme Woodhouse Nepinak a déclaré qu’elle ne pouvait pas dire ouvertement combien d’argent était sur la table. Elle s’est toutefois déclarée « très heureuse » de cette compensation.

L’APN a porté plainte pour violation des droits de la personne aux côtés de La société de soutien à l’enfance et à la famille des Premières Nations. La directrice générale de l’organisme, Cindy Blackstock, avait demandé à Ottawa de s’engager à verser une somme beaucoup plus importante dans le cadre de la réforme.

Le ministre des Relations Couronne-Autochtones, Gary Anandasangaree, s’est adressé aux chefs lors de l’assemblée mercredi matin. Il a toutefois décliné de commenter les détails du règlement.

« Je pense que nous sommes proches [d’une entente], c’est ce qu’on m’a dit, et j’ai hâte de m’assurer que nous parvenions à un accord et que les communautés puissent s’autodéterminer en matière de protection de l’enfance », a fait savoir M. Anandasangaree aux journalistes.

« Et je pense qu’à mesure que nous nous rapprochons d’une résolution, nous devons laisser aux parties le soin de régler ce problème. »

Il a posé des questions à la ministre des Services aux Autochtones, Patty Hajdu, qui était absente. Un porte-parole de la ministre a précisé que Mme Hajdu ne pouvait pas non plus s’exprimer sur les détails de l’accord.

Le chef du Parti conservateur, Pierre Poilievre, et le chef du NPD, Jagmeet Singh, devraient prendre la parole jeudi.