(Saint-Jean) Le prince Charles et son épouse Camilla sont arrivés mardi à Terre-Neuve-et-Labrador pour entamer une tournée canadienne de trois jours qui se concentrera en grande partie sur la réconciliation avec les peuples autochtones.

Mis à jour le 17 mai
Sarah Smellie et Morgan Lowrie La Presse Canadienne

Sous un ciel partiellement nuageux, le couple a atterri à l’aéroport international de Saint-Jean à bord d’un avion du gouvernement canadien. Le prince et la duchesse se sont ensuite dirigés en cortège vers une cérémonie de bienvenue à l’Assemblée législative, où les attendaient le premier ministre Justin Trudeau et la gouverneure générale Mary Simon.

Le couple a été accueilli par une garde d’honneur et divers dignitaires avant de serrer des mains et d’échanger des plaisanteries avec les gens dans la foule. Sur les marches menant à l’Assemblée législative, une centaine d’écoliers agitaient de petits drapeaux canadiens et terre-neuviens.

À l’intérieur du foyer éclairé en violet de l’édifice de la Confédération, le prince et la duchesse ont regardé l’aînée innue Elizabeth Penashue offrir une bénédiction, et la soprano inuite Deantha Edmunds a chanté.

L’évènement a commencé par une reconnaissance territoriale honorant les cinq Premières Nations de la province ainsi que la nation décimée des Béothuks, qui a été parmi les premiers occupants de Terre-Neuve — leur histoire remonte à 9000 ans. L’Angleterre avait d’abord établi une colonie à Terre-Neuve en 1610, et l’île est restée sous domination britannique jusqu’à ce qu’elle rejoigne la fédération canadienne en 1949.

En inuktitut

Mme Simon a accueilli Charles et Camilla au Canada en inuktitut. Elle leur a demandé d’écouter les groupes autochtones qu’ils rencontreront au Canada, d’apprendre leur histoire et d’entendre leurs récits.

« Je vous encourage à apprendre la vérité sur notre histoire — le bon et le mauvais, a-t-elle déclaré. De cette façon, nous favoriserons la guérison, la compréhension et le respect. Et de cette façon, nous favoriserons également la réconciliation. »

Le prince Charles a commencé son discours en notant que c’étaient les peuples autochtones — Premières Nations, Métis et Inuits — qui pendant des milliers d’années avaient pris soin de ce territoire qui est devenu le Canada.

« Nous devons trouver de nouvelles façons d’accepter les aspects les plus sombres et les plus difficiles du passé, en le reconnaissant, en nous réconciliant et en nous efforçant de faire mieux, a souhaité le prince de Galles. C’est un processus qui commence par l’écoute. »

Le prince Charles a déclaré avoir discuté avec la gouverneure générale du « processus vital » de réconciliation. « (Ce n’est) pas un acte ponctuel, bien sûr, mais un engagement continu envers la guérison, le respect et la compréhension, a-t-il dit. Je sais que notre visite cette semaine arrive à un moment important avec les peuples autochtones et non autochtones de tout le Canada, qui s’engagent à réfléchir honnêtement et ouvertement sur le passé. »

Charles et Camilla se sont ensuite rendus à Government House, la résidence officielle de la lieutenante-gouverneure, Judy Foote, représentante de la reine dans la province. Ils ont écouté des discours et des performances musicales dans le Heart Garden, qui a été construit pour honorer les enfants autochtones qui ont fréquenté les pensionnats de la province, dont quatre se trouvaient au Labrador.

Mme Foote a annoncé que chacun a la responsabilité de faire progresser la réconciliation. « Il s’agit d’honorer les souvenirs et de planter des rêves », a-t-elle dit. Avec la découverte, au cours des dernières années, de nombreuses tombes anonymes sur les sites de plusieurs anciens pensionnats autochtones au Canada, « les horreurs vécues » sont devenues évidentes, a-t-elle ajouté.

Un monument dans le jardin présente un grand cœur sculpté dans le minéral labradorite. L’œuvre a été créée par Edmund Saunders, frère de Loretta Saunders, une femme inuk du Labrador qui a été assassinée en Nouvelle-Écosse en février 2014. À l’époque, M. Saunders était à l’université et étudiait l’histoire des femmes autochtones disparues et assassinées.

Todd Russell, président du NunatuKavut Community Council, a rendu hommage aux enfants autochtones qui ne sont jamais revenus des pensionnats de la province.

« Nous reconnaissons l’énorme peine et la douleur ainsi que les grands torts qui ont eu lieu, a-t-il dit. Nous prenons le temps aujourd’hui de réfléchir à ce qui s’est passé et pourquoi cela s’est produit. (Nous) nous engageons à faire en sorte que ces expériences tragiques ne se reproduisent jamais. »

Des excuses de la reine ?

Plus tôt mardi matin, M. Trudeau avait indiqué que la réconciliation ferait partie des discussions qu’auront le prince Charles et Camilla durant leur visite de trois jours au Canada.

Mais le premier ministre a évité de dire s’il croyait que la reine Élisabeth II devrait s’excuser pour le lourd passé des pensionnats pour Autochtones au Canada, administrés par des congrégations religieuses, parfois anglicanes. La reine Élisabeth II est chef de l’État du Canada et chef de l’Église anglicane.

« Évidemment, la réconciliation, ce n’est pas juste entre les gouvernements et les peuples autochtones : c’est assurer que tout le monde a son rôle à jouer, a indiqué le premier ministre. Et j’ai bien hâte d’entendre et de voir que le prince et la duchesse vont être engagés au niveau de la réconciliation pendant cette visite. »

La présidente du Ralliement national des Métis, Cassidy Caron, a l’intention de présenter une demande d’excuses au prince et à la duchesse lors d’une réception mercredi à Rideau Hall, à Ottawa. Mme Caron a déclaré que des survivants des pensionnats lui avaient dit que les excuses de la reine étaient importantes, car elle est le chef de l’État du Canada et chef de l’Église anglicane.

« Les membres de la famille royale ont la responsabilité morale de participer, de contribuer et de faire avancer la réconciliation », déclarait lundi Mme Caron, à Ottawa.

Plus tôt cette année, le pape François s’est excusé pour le rôle joué par l’Église catholique dans les pensionnats canadiens, lorsque des dirigeants autochtones et des survivants des pensionnats ont visité le Vatican. Le pape viendra au Canada en juillet pour offrir les excuses de l’Église en personne, sur place.

Avant de quitter Saint-Jean, le prince et la duchesse se sont rendus à proximité de Quidi Vidi, un ancien village de pêcheurs à l’extrémité est de la ville portuaire historique, où ils ont été accueillis au soleil par une centaine de personnes. Le couple a visité un studio d’artistes et une brasserie artisanale, où ils ont été applaudis en s’essayant à tirer des pintes.

Le couple devrait arriver à Ottawa mardi soir. Leur tournée les mènera ensuite jeudi dans les Territoires du Nord-Ouest.