(Ottawa) Le premier ministre ontarien Doug Ford veut déloger les manifestants qui paralysent le centre-ville d’Ottawa et bloquent depuis lundi le pont Ambassador à Windsor, empêchant ainsi le commerce entre le Canada et les États-Unis. Il compte leur imposer des amendes salées. Mais sans nouvelles ressources, ces nouvelles mesures seront difficiles à appliquer, avertit le chef de la police d’Ottawa.

Mis à jour le 11 février
Mylène Crête
Mylène Crête La Presse
Mélanie Marquis
Mélanie Marquis La Presse

« À ceux qui tentent d’imposer un programme politique par la perturbation, l’intimidation et le chaos, mon message est le suivant : votre droit de vous faire entendre ne l’emporte pas sur le droit de centaines de milliers de travailleurs de gagner leur vie », a-t-il déclaré vendredi matin en conférence de presse.

« Laissez-moi être aussi clair que possible : il y aura des conséquences pour ces gestes et elles seront sévères », a-t-il ajouté.

Le conseil des ministres se réunira d’ici 72 heures pour adopter un décret rendant illégal le fait d’empêcher la libre circulation des biens, des personnes et des services le long des infrastructures essentielles.

Cela inclut les postes frontaliers, les autoroutes, les aéroports, les ports, les ponts et les chemins de fer, mais également les services ambulanciers et médicaux, le transport en commun, les routes municipales et les voies piétonnières.

Des amendes pouvant aller jusqu’à 100 000 $ et des peines de prison d’un an pourraient être imposées aux contrevenants. Le décret sera valide pendant 14 jours.

M. Ford a demandé à plusieurs reprises aux parents qui participent aux manifestations de rentrer à la maison avec leurs enfants. « Vous avez été clairement entendus », leur a-t-il dit.

PHOTO CARLOS OSORIO, REUTERS

Des manifestants à Windsor ont commencé vendredi matin à dégager une voie sur le pont Ambassador pour permettre à la circulation en provenance des États-Unis de reprendre.

Parallèlement, il a indiqué que son gouvernement était en train d’élaborer un plan pour mettre fin au passeport vaccinal.

Le chef de la police d’Ottawa a bien accueilli ces nouveaux pouvoirs qui, espère-t-il, permettront d’en arriver à une fin rapide à la manifestation. Or, les amendes seront difficiles à donner aux manifestants sans nouvelles ressources.

« Ces nouveaux pouvoirs nous donnent de nouveaux outils, mais sans de nouvelles ressources, nous ne pourrons pas les appliquer, a-t-il mis en garde en s’adressant aux membres de la Commission de services policiers d’Ottawa vendredi après-midi. Le plus grand défi des policiers est d’intervenir sans causer une flambée de violence.

La Ville d’Ottawa a demandé 1800 nouveaux agents en renfort au gouvernement fédéral et à celui de l’Ontario. La Gendarmerie royale du Canada en a fourni 250 et la Police provinciale de l’Ontario continue d’être visible dans les rues d’Ottawa.

La circulation reprend sur le pont Ambassador

L’annonce de Doug Ford survient tandis que des manifestants à Windsor ont commencé vendredi matin à dégager une voie sur le pont Ambassador pour permettre à la circulation en provenance des États-Unis de reprendre.

Plusieurs usines automobiles dans la région ont dû mettre des employés à pied temporairement parce qu’elles ne pouvaient pas obtenir les pièces qu’elles attendaient en raison ce de blocage.

Le premier ministre Ford a indiqué que la valeur des échanges commerciaux quotidiens des deux côtés du pont s’élève à 700 millions.

Les États-Unis avaient demandé la veille au Canada d’utiliser ses pouvoirs pour dénouer la crise et étaient allés jusqu’à offrir leur aide.

Les manifestants à Ottawa et ailleurs sont contre la vaccination obligatoire et réclament la levée de toutes les mesures sanitaires.

Le ministre fédéral de la Sécurité publique, Marco Mendicino, a pour sa part affirmé en point de presse au parlement qu’il s’entretiendrait avec son homologue du Manitoba au courant de la journée afin de discuter de la situation à Emerson, où une autre traverse frontalière est bloquée.

« Je suis fier des camionneurs »

PHOTO ADRIAN WYLD, LA PRESSE CANADIENNE

Pierre Poilievre

De son côté, le seul candidat déclaré à la direction du Parti conservateur, Pierre Poilievre, a adressé de chaleureuses félicitations aux camionneurs, tout en accusant le premier ministre Justin Trudeau d’être le principal architecte de ces manifestations.

« Je suis fier des camionneurs, et je suis avec eux », a déclaré le député de Carleton dans une entrevue accordée au réseau médiatique Postmedia pour un balado qui sera diffusé la semaine prochaine.

Ceux-ci « ont atteint un point de rupture après deux ans d’une gouvernance qui va trop loin, sous un premier ministre qui insulte et méprise quiconque n’est pas en accord avec son approche autoritaire », a-t-il enchaîné.

« Mais soyons honnêtes : si les Canadiens sont incommodés ou souffrent de quelque manière en raison de ces manifestations, c’est parce que Justin Trudeau a créé ces manifestations, et son intransigeance les laisse perdurer », a ajouté Pierre Poilievre.

Son discours tranche avec celui, nouveau, de la cheffe intérimaire du Parti conservateur, Candice Bergen, qui a demandé jeudi aux manifestants de plier bagage et de mettre fin aux blocages des frontières.

Le ton de la dirigeante a changé ; il y a de cela une semaine à peine, elle applaudissait ces « patriotes » « épris de paix ». Il ne semble pas non plus faire l’unanimité au sein de ses troupes.

Là où les élus conservateurs sont unanimes, c’est dans leur critique à l’endroit de Justin Trudeau. Ils ne sont pas les seuls : dans les banquettes néo-démocrates et bloquistes, on reproche aussi au premier ministre son incapacité à dénouer l’impasse.

Rencontre des chefs de parti

Jeudi soir, il y a eu rencontre au sommet réunissant tous les chefs de parti.

« J’ai informé les chefs des partis d’opposition de la situation actuelle et des plus récents développements. J’ai insisté sur le fait qu’il est important que tous les députés de tous les partis dénoncent ces actes illégaux et réclament la fin de ces barrages », a résumé Justin Trudeau sur Twitter à l’issue de l’exercice.

Environ deux heures avant cette réunion, Pierre Poilievre publiait sur Twitter une lettre ouverte à l’intention de Justin Trudeau, qu’il a signée en se présentant comme un « candidat comme futur premier ministre ».

« Redonnez aux gens le contrôle de leur vie. Vous êtes leur serviteur, pas leur maître. Engageons-nous à faire du Canada le pays le plus libre du monde », plaide notamment le député de la région d’Ottawa dans cette missive.