(Ottawa) Les Forces armées canadiennes font face à une pénurie croissante de personnel : de nouveaux chiffres révèlent que le recrutement et la formation n’ont pas suivi le rythme des plans d’expansion de l’armée, ce qui laisse plus de 12 000 postes vacants.

Publié le 18 janvier
Lee Berthiaume La Presse Canadienne

Les chiffres fournis à La Presse Canadienne viennent documenter les récents avertissements du chef d’état-major de la Défense, le général Wayne Eyre, et d’autres officiers supérieurs concernant l’état de l’armée canadienne, qui est pourtant de plus en plus sollicitée, au pays comme à l’étranger.

L’état-major a attribué à la pandémie de COVID-19 la baisse dans le recrutement et la formation de nouveaux militaires, mais un analyste suggère que le récent scandale d’inconduites sexuelles au sein de l’armée a également fait des ravages au chapitre des vocations.

« L’armée canadienne a connu une assez mauvaise année en matière de réputation au sein de la population, et j’imagine que ça a eu un impact négatif – et pas seulement sur le nombre de femmes qui veulent s’enrôler », a estimé le président de l’Institut canadien des affaires mondiales, David Perry.

Alors que les Forces armées souhaitaient auparavant pouvoir compter en tout temps sur 68 000 militaires dans la force régulière et 29 000 réservistes, le gouvernement libéral l’a autorisé à rehausser ces chiffres à 71 500 et 30 000, respectivement – soit 4500 membres supplémentaires.

Cette expansion est considérée comme essentielle pour garantir que l’armée soit prête à se défendre contre l’instabilité mondiale croissante en Europe et en Asie, ainsi que contre les menaces émergentes dans l’espace, sur l’internet et au pays – comme les catastrophes naturelles et la pandémie de COVID-19.

Pourtant, alors que l’armée devrait avoir ajouté 4500 militaires, ses rangs ont plutôt diminué de plus de 700 militaires depuis la fin de 2020. Dans l’ensemble, l’armée canadienne a actuellement besoin de plus de 6750 militaires dans la force régulière et de près de 5500 réservistes supplémentaires.

Et ces chiffres pourraient augmenter alors que l’armée se demande actuellement s’il faut renvoyer jusqu’à 900 soldats qui ont désobéi à l’ordre du chef d’état-major, le général Wayne Eyre, de se faire vacciner.

Pire encore : les chiffres montrent que plus de 10 000 membres de la force régulière ne sont actuellement pas disponibles pour le service parce qu’ils ne sont pas adéquatement formés ou alors qu’ils sont malades ou blessés.

Une Force « fragile »

Le général Eyre a reconnu récemment que les Forces armées canadiennes étaient « fragiles », car la COVID-19 a imposé des restrictions sur le recrutement et la formation à un moment où l’armée faisait face à des demandes croissantes au Canada et à l’étranger.

Il s’agit notamment de demandes de soutien aux campagnes provinciales de vaccination, de fourniture d’une aide d’urgence en réponse aux catastrophes naturelles et de la poursuite des opérations militaires en Europe, au Moyen-Orient et dans la région Asie-Pacifique.

L’Aviation royale canadienne, de son côté, est aux prises avec une pénurie de pilotes et de techniciens, tandis que le commandant de la Marine royale canadienne, le vice-amiral Craig Baines, a déclaré que l’armée avait besoin de 1000 marins à temps plein supplémentaires pour équiper sa nouvelle flotte de navires.

Alors que le général Eyre a évoqué un regroupement et une reconstitution de l’armée après la pandémie, le professeur Perry estime qu’il y aura des effets à long terme, car le système actuel de recrutement et de formation est conçu pour n’accepter qu’un certain nombre de recrues à la fois.

Il y aura également des différences dans les niveaux d’expérience des militaires, a-t-il dit, ce qui rendra beaucoup plus difficile la gestion des ressources humaines.

« Vous ne pouvez pas simplement appuyer sur l’interrupteur et éradiquer d’un seul coup ce déficit en un an, a déclaré le professeur Perry. Ça va prendre énormément de temps. »