(Ottawa) Les Canadiens Michael Kovrig et Michael Spavor rentrent à la maison samedi, après plus de 1000 jours passés en détention arbitraire en Chine.

Mélanie Marquis
Mélanie Marquis La Presse

Le premier ministre Justin Trudeau en a fait l’annonce vendredi soir, peu après que la directrice financière du géant des télécommunications Huawei, Meng Wanzhou, a obtenu sa libération. Il a précisé que leur vol devait se poser samedi.

« Il y a 12 minutes, Michael Kovrig et Michael Spavor ont quitté l’espace aérien chinois en route pour la maison. Ils sont à bord de l’avion avec notre ambassadeur en Chine, Dominic Barton », a-t-il déclaré en point de presse au parlement vers 20 h 45.

PHOTO JUSTIN TANG, LA PRESSE CANADIENNE

Le premier ministre Justin Trudeau lors du point de presse de vendredi soir.

« Ces deux hommes ont vécu pendant plus de 1000 jours une épreuve épouvantable. Ils ont fait preuve de détermination, de grâce, de résilience, à chaque étape, et ils sont une inspiration pour nous tous », a ajouté M. Trudeau.

La femme de Michael Kovrig, Vina Nadjibulla, était sans mots. « Je ne sais pas quoi dire. C’est incroyable », a-t-elle écrit vendredi soir à La Presse, signalant qu’elle fera une déclaration à Toronto, samedi, après avoir renoué avec l’ancien diplomate, qui travaillait pour l’International Crisis Group (ICG) lorsqu’il a été arrêté.

« À Ottawa : Merci pour votre soutien indéfectible à notre collègue. Aux États-Unis : Merci de votre volonté de soutenir un allié et notre collègue. À l’inimitable, infatigable et inspirant Michael Kovrig, bienvenue à la maison ! », a réagi l’ICG par voie de communiqué, vendredi soir.

Ce dénouement, l’ancien ambassadeur du Canada en Chine, Guy Saint-Jacques, l’a accueilli avec un bonheur manifeste. « Je suis extrêmement heureux, extrêmement soulagé. Je veux féliciter les diplomates canadiens qui ont travaillé là-dessus », a-t-il laissé tomber peu après l’annonce du premier ministre.

« Ce que ça confirme, c’est qu’il s’agissait d’otages », a-t-il ajouté en entrevue, avançant que l’arrivée de Joe Biden à la Maison-Blanche avait changé la donne. « Il y a eu une reconnaissance de sa part que c’était eux [les États-Unis] qui avaient causé ce problème-là pour nos Canadiens », a argué M. Saint-Jacques.

À la mi-août, l’entrepreneur Michael Spavor a été reconnu coupable d’espionnage et condamné à passer 11 ans derrière les barreaux par un tribunal chinois. Aucun verdict n’est tombé dans la cause de Michael Kovrig.

Meng s’envole vers la Chine

La Cour suprême de la Colombie-Britannique a accepté, vendredi, de relâcher Mme Meng, fille du fondateur de la société proche de Pékin. Elle s’est aussitôt envolée vers la Chine, selon les informations relayées par des représentants des médias britanno-colombiens.

Le verdict du tribunal a été prononcé dans la foulée de l’accord qui avait été conclu quelques heures auparavant à New York, où les procureurs du gouvernement des États-Unis avaient réussi à faire « reporter » jusqu’à la fin de 2022 les poursuites engagées.

« Je tiens à saluer le professionnalisme de la Cour et l’engagement du gouvernement canadien à respecter la règle de droit », a déclaré la femme, au pas de l’édifice du tribunal, à Vancouver, quelques heures avant de rentrer dans son pays. « Je transmets aussi ma reconnaissance à la population canadienne et aux amis des médias, pour votre tolérance », a-t-elle ajouté.

PHOTO JESSE WINTER, REUTERS

Je suis désolée pour les désagréments.

Meng Wanzhou, directrice financière de Huawei

Mme Meng a aussi déploré au passage que cet imbroglio ait rendu sa vie « insoutenable ».

La numéro deux de l’entreprise a consenti à reconnaître certaines « fautes » en échange d’un « report » puis d’un « abandon » des poursuites lors d’une audience présidée par la juge Ann Donnelly, au tribunal fédéral de Brooklyn, à New York. Les procureurs du camp américain ont par la suite indiqué qu’ils informeraient le ministère de la Justice du Canada du retrait de la demande d’extradition des États-Unis.

« En conséquence, rien ne justifie la poursuite de l’instance d’extradition et le délégué du ministre de la Justice a retiré l’arrêté introductif d’instance, mettant ainsi fin à l’instance. Le juge a libéré Meng Wanzhou de toutes les conditions de sa mise en liberté sous caution. Meng Wanzhou est libre de quitter le Canada », a-t-on réagi au ministère canadien, après la décision rendue à Vancouver par la juge Heather Holmes.

« Le Canada est un État de droit. Meng Wanzhou a bénéficié de l’équité procédurale devant les tribunaux, en conformité avec le droit canadien. C’est là un gage de l’indépendance du système judiciaire canadien », a-t-on ajouté dans la même déclaration.

Huawei a déclaré samedi qu’il se « défendrait » contre les allégations de la justice américaine selon lesquelles il a contourné les sanctions contre l’Iran, après l’abandon par les autorités américaines des accusations de fraude à l’encontre de la cadre supérieure.  

« Huawei continuera à se défendre contre ces allégations devant le tribunal du district Est de New York », a déclaré l’entreprise dans un communiqué, alors que Mme Meng rentrait en Chine.  

Le camp Meng « très heureux »

Invitée à réagir à ce dénouement favorable, la société Huawei a préféré s’en remettre à la firme d’avocats qui a représenté Meng Wanzhou au sud de la frontière. Au cabinet Zuckerman Spaeder, à Washington, MWilliam W. Taylor s’est ainsi dit « très heureux » que cet accord ait été conclu et approuvé.

« En vertu de cet accord, Mme Meng ne sera plus poursuivie aux États-Unis et la procédure d’extradition au Canada sera terminée. Elle a plaidé non coupable, et nous nous attendons à ce que l’acte d’accusation soit rejeté avec préjudice après quatorze mois », a-t-il déclaré par voie de communiqué.

Avec l’Agence France-Presse

L’affaire Huawei en 10 temps

1er décembre 2018

Les autorités canadiennes procèdent, à la demande des États-Unis, à l’arrestation de Meng Wanzhou, haute dirigeante de Huawei, à l’aéroport de Vancouver, où elle est en transit.

10 décembre 2018

Michael Kovrig et Michael Spavor sont arrêtés en Chine. Ils sont soupçonnés d’activités menaçant la sécurité nationale. La classe politique canadienne dénonce ces arrestations en les qualifiant d’arbitraires.

28 janvier 2019

Les États-Unis annoncent le dépôt de 23 accusations contre le géant Huawei, dont 13 visent Meng Wanzhou. Les autorités allèguent qu’elle aurait menti pour contourner les sanctions américaines contre l’Iran, comploté pour frauder des institutions bancaires, en plus de faire entrave à la justice.

1er mars 2019

La justice canadienne amorce officiellement la procédure d’extradition de Meng Wanzhou vers les États-Unis.

27 mai 2020

La Cour suprême de la Colombie-Britannique déboute le camp Meng et statue que la procédure d’extradition vers les États-Unis la visant peut suivre son cours.

4 août 2021

La procédure visant Meng Wanzhou reprend devant la Cour suprême de la Colombie-Britannique.

10 août 2021

Michael Spavor est reconnu coupable d’espionnage et condamné à une peine d’emprisonnement de 11 ans par un tribunal chinois.

18 août 2021

Les audiences sur l’extradition de Meng Wanzhou prennent fin à Vancouver. La juge Heather Holmes indique que sa décision devrait être rendue le 21 octobre 2021.

24 septembre 2021

Le département de la Justice des États-Unis et le camp Meng concluent un accord de réparation, lequel entraîne au Canada un abandon de la procédure d’extradition. La femme d’affaires peut rentrer en Chine, en se pliant à certaines conditions de libération.

24 septembre 2021

Le premier ministre Justin Trudeau annonce que les Canadiens Michael Kovrig et Michael Spavor ont été libérés, et qu’ils arriveront au pays le samedi 25 septembre.