La fête du Canada a pris son envol discrètement, jeudi, alors que certains évènements ont été organisés modestement en raison de la COVID-19 et d’autres ont été annulés en solidarité avec les Premières Nations.

La Presse Canadienne

Des groupes, organisations et municipalités ont décidé de s’opposer à la tenue d’évènements spéciaux jeudi après la découverte de centaines de sépultures anonymes sur des sites en Colombie-Britannique et en Saskatchewan.

La Première Nation Cowessess a affirmé la semaine dernière qu’un radar à pénétration de sol avait détecté 751 tombes sur le site de l’ancien pensionnat pour enfants autochtones Marieval, peu après la découverte de ce qu’on croit être les restes de 215 enfants à Kamloops, en Colombie-Britannique.

Ensuite, mercredi, la communauté autochtone de Lower Kootenay a annoncé qu’elle avait trouvé 182 restes humains dans des sépultures anonymes dans un site non loin d’une ancienne école résidentielle à Cranbrook, en Colombie-Britannique.

Patrimoine canadien compte tout de même aller de l’avant avec des évènements virtuels pour célébrer la fête du Canada comme l’an dernier, avec un concert en ligne incluant des artistes francophones, anglophones et autochtones. Toutefois, le drapeau au sommet de la Tour de la Paix sera mis en berne jeudi pour rendre hommage aux enfants autochtones qui ont perdu la vie dans les pensionnats.

Le premier ministre Justin Trudeau a dévoilé aux journalistes mercredi qu’il planifiait célébrer la journée avec sa famille, tout en reconnaissant la douleur ou la colère que d’autres pouvaient ressentir.

« En tant que Canadiens, nous devons être honnêtes avec nous-mêmes au sujet de notre passé, a déclaré le premier ministre dans un communiqué, jeudi. Nous devons également reconnaître qu’ici, au Canada, certaines personnes ne se sentent toujours pas en sécurité lorsqu’elles parcourent les rues de leur communauté. Il y a encore des gens qui n’ont pas accès aux mêmes possibilités que les autres et qui sont victimes de discrimination et de racisme systémique au quotidien. »

Des rassemblements ont été organisés au Québec en mémoire des victimes des pensionnats autochtones pendant le Jour de la Confédération. Les regroupements auront lieu au parc Jeanne-Mance à Montréal et à la place Jean-Béliveau à Québec, à 14 heures et 16 heures respectivement.

À Québec, le chef de l’Assemblée des Premières Nations Québec-Labrador, Ghislain Picard, ainsi que le ministre responsable des Affaires autochtones, Ian Lafrenière, prononceront des allocutions.

Sur sa page Facebook, le premier ministre François Legault a quant à lui rappelé le rôle qu’ont joué les Premières Nations dans le développement du Canada, en plus de reconnaître que « l’histoire tragique des pensionnats autochtones vient assombrir les célébrations de la fête du Canada ».

« Je nous invite à nous souvenir de l’origine de ce pays, du rôle primordial qu’ont joué nos ancêtres et, surtout, de ces relations cordiales, de ce partenariat qu’on a su établir à l’époque avec les nations autochtones », a écrit le premier ministre Legault.

Un sondage récent de la firme Léger et de l’Association d’études canadiennes (AEC) suggère une évolution récente de la pensée des Canadiens sur l’histoire de leur pays, alors qu’un répondant sur deux a affirmé que les Premières Nations avaient « découvert le Canada ». Le tiers des personnes sondées ont répondu Jacques Cartier à la question.

Dans ce même sondage, six répondants sur 10 ont affirmé avoir une opinion favorable de John A. Macdonald. Plusieurs statues de cet homme politique qui a eu un rôle névralgique dans l’instauration du système des écoles résidentielles ont été déboulonnées récemment, notamment à Montréal.

« Les gens sont clairement conscients de ce qui se passe à propos de la tragédie des pensionnats pour enfants autochtones, constate le président de l’AEC, Jack Jedwab. Mais je ne pense pas qu’autant de personnes les lient à l’ex-premier ministre Macdonald. »

Le sondage a été effectué auprès de 1542 Canadiens dans un panel en ligne entre le 18 et le 20 juin. On ne peut lui assigner une marge d’erreur puisque les panels en ligne ne sont pas considérés comme de vrais échantillons aléatoires.