(Ottawa) Le conseiller spécial du premier ministre sur l’écrasement du vol PS752 a déclaré que tant que l’Iran refuserait de dire toute la vérité sur l’accident, l’espace aérien du pays resterait dangereux.

Mia Rabson La Presse Canadienne

« À mon avis, le Canada devrait soulever cette question dans tous les forums (l’Organisation de l’aviation civile internationale), dans d’autres organismes des Nations Unies, par tous les canaux et moyens pour s’assurer que le monde n’oublie pas », a déclaré Ralph Goodale au comité des transports de la Chambre des communes.

Ralph Goodale, un ancien ministre libéral, est maintenant le haut-commissaire du Canada au Royaume-Uni. Mais en 2020, il a été nommé par le premier ministre Justin Trudeau en tant que conseiller spécial pour aider à guider la réponse du Canada concernant l’écrasement du vol PS752.

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Le conseiller spécial du premier ministre et ancien ministre libéral, Ralph Goodale

Il a rendu l’année dernière un rapport critiquant les règles internationales existantes pour enquêter sur les accidents d’avion, qui permettent au pays où l’accident s’est produit de mener l’enquête, même dans une situation comme celle-ci où l’Iran était responsable de l’accident.

L’Iran, a déclaré Ralph Goodale au comité, a été évasif et trompeur dès le premier jour.

« Le monde doit prendre cela au sérieux », a-t-il déclaré. « Il n’y a aucune raison pour qui que ce soit de croire que le ciel de Téhéran est plus sûr aujourd’hui qu’il ne l’était en janvier 2020. »

Le vol d’Ukrainian Airlines a été abattu par les Gardiens de la révolution islamique, qui dépendent du chef de l’État iranien, le 8 janvier 2020, tuant les 176 passagers et membres d’équipage, dont 85 Canadiens et résidents permanents. Deux missiles ont été tirés sur l’avion dans les minutes qui ont suivi son décollage.

L’Iran a publié un rapport en mars qui a imputé l’accident à « une erreur humaine », qui s’est produite alors que les tensions étaient élevées, quelques heures après que l’Iran eut tiré des missiles sur des bases aériennes américaines en Irak.

Ralph Goodale a déclaré que le rapport était tardif, désordonné et n’avait pas la moindre preuve.

Il a indiqué que l’Iran aurait dû fermer l’espace aérien et avertir les compagnies aériennes commerciales des tensions. Ils n’ont fait ni l’un ni l’autre, et il a ajouté que l’Iran a également conclu qu’ils feraient à nouveau les mêmes procédures si la situation devait se produire une autre fois.

« L’Iran a affiché une attitude d’impunité séparée de tout remords ou responsabilité pour leur conduite meurtrière », a-t-il déclaré.

Oui, les familles devraient être indignées, ainsi que toute la communauté internationale. On ne nous a pas dit la vérité, toute la vérité et rien que la vérité. Et sans cela, personne ne peut ni ne devrait se sentir en sécurité dans le ciel encore dangereux au-dessus de l’Iran.

Ralph Goodale

Les enquêtes internationales sur les accidents d’avion sont régies par les règles de l’Organisation de l’aviation civile internationale, connue sous le nom de l’OACI, basée à Montréal. Mais Kathleen Fox, présidente du Bureau canadien d’enquête sur les accidents de transport et de la sécurité des transports, a déclaré au comité que la règle laissant l’autorité principale de l’enquête au pays où l’accident s’est produit, n’a jamais pris en compte l’idée qu’un gouvernement aurait pu abattre l’avion lui-même.

Ralph Goodale a déclaré qu’il s’agissait de la troisième attaque contre un avion de ligne civil depuis 2014, y compris la destruction du vol 17 de Malaysian Airlines en 2014, qui a été abattu par des rebelles prorusses au-dessus de l’Ukraine, et le « détournement parrainé par l’État » le mois dernier d’un vol de Ryanair en Biélorussie.

L’avion se trouvait dans l’espace aérien biélorusse, volant de la Grèce à la Lituanie lorsque le gouvernement biélorusse lui a ordonné d’atterrir à Minsk en raison d’une alerte à la bombe, envoyant un avion de chasse militaire pour l’accompagner à l’atterrissage. Mais il n’y avait pas de bombe, et lorsque l’avion a atterri, le gouvernement a arrêté le journaliste dissident Roman Protasevich et sa petite amie, Sofia Sapega.

Plusieurs proches dont des êtres chers sont morts lorsque l’avion de ligne ukrainien s’est écrasé ont déclaré au comité après la comparution de Ralph Goodale que le Canada devait faire plus contre l’Iran pour son acte de terreur délibéré.

Hamed Esmaeilion, président de l’Association des familles des victimes du vol PS752, a déclaré que l’OACI n’a rien fait car l’Iran a détruit les preuves et les biens des victimes de l’accident et les familles attendent toujours des signes que les gouvernements vont obliger l’Iran à rendre des comptes.

L’épouse d’Hamed Esmaeilion, Parisa Eghbalian et leur fille de neuf ans, Reera, ont été tuées dans l’accident.

« Il semble qu’un avion entier se soit perdu dans les nuages de la diplomatie internationale », a-t-il déclaré.

Il a déclaré que l’explication de l’Iran est composée de « mensonges commodes, déguisés en erreurs et d’incompétence pour déguiser un meurtre délibéré ».

Les familles veulent que le Canada lance sa propre enquête criminelle, traduise l’Iran devant la Cour pénale internationale et inscrive les Gardiens de la révolution sur la liste des entités terroristes.

« Sans notre gouvernement, nous n’avons aucun recours pour traduire en justice les auteurs de ce crime inhumain », a déclaré Hamed Esmaeilion.