(Ottawa) Le ministre des Services aux Autochtones, Marc Miller, n’est pas favorable à l’idée de retirer les monuments érigés à la mémoire de l’ancien premier ministre du Canada John A. Macdonald, l’un des principaux architectes du régime des pensionnats autochtones au pays.

Joël-Denis Bellavance
Joël-Denis Bellavance La Presse

Selon le ministre, rayer le nom de l’ancien premier ministre du patrimoine canadien ne permettrait pas d’effacer le côté sombre de son héritage. Il a fait valoir qu’il est préférable de miser sur l’éducation et d’ajouter des plaques précisant le véritable héritage de l’un des pères de la Confédération.

Depuis la macabre découverte de restes de 215 enfants sur le site de l’ancien pensionnat de Kamloops, en Colombie-Britannique, la semaine dernière, le mouvement en faveur du retrait des statues et des plaques honorant l’ancien premier ministre a repris de la vigueur.

Cette semaine, le conseil municipal de Charlottetown a décidé de retirer une statue érigée en honneur de John A. Macdonald.

Le hasard a voulu que le ministre Marc Miller se trouvait dans l’édifice John A. Macdonald mercredi lorsqu’il a été interrogé à ce sujet par les journalistes. Selon lui, le débat entourant la place que doit occuper dans l’histoire du pays l’ancien premier ministre est devenu trop partisan.

« C’est peut-être l’ironie du sort que je me trouve dans l’édifice John A. Macdonald pour donner ce point de presse. C’est une ironie qui ne devrait échapper à personne. Laissons-les parler, ces voix [qui réclament un changement]. Très franchement, il n’y a pas une communauté autochtone qui n’est pas endeuillée aujourd’hui. La douleur et la colère se manifestent de plusieurs façons. Il faut se regarder droit dans les yeux. M. Macdonald a été entre autres un des architectes des pensionnats, qui étaient franchement des camps de travail intensif », a-t-il avancé.

« Faisons face à cette réalité. Mais je n’appuie pas les gens qui vont aller détruire des monuments et casser des choses. Mais expliquons-nous. Il y une certaine ignorance assez crasse au niveau de notre histoire. Notre rôle en tant que leaders, en tant que politiciens, est d’éduquer le monde et de contribuer à cette éducation. À la lumière de ce que l’on a vu cette semaine, force est de constater qu’il reste beaucoup de vérité à découvrir », a-t-il ajouté.

« Je suis de ceux qui soulignent qu’on devrait expliquer davantage notre histoire, savoir le rôle de ces gens-là, savoir ce qu’ils sont fait, quitte à pouvoir ne pas répéter ces atrocités. […] Je pense que l’on devrait mettre des plaques qui expliquent ce que ces personnes ont fait pour que tout le monde puisse voir ce qui s’est passé ».

Il a souligné qu’une statue en l’honneur de John A. Macdonald dans sa propre circonscription est souvent la cible de manifestants. Il y a quelques mois, un groupe a sectionné la tête de la statue de l’ancien premier ministre.

Par ailleurs, M. Miller et sa collègue Carolyn Bennett, ministre des Relations Couronne-Autochtones, ont indiqué qu’un montant de 27 millions de dollars est mis à la disposition des Premières Nations qui souhaitent effectuer des fouilles sur les sites d’anciens pensionnats afin de déterminer si des enfants ont été enfouis dans des fosses communes comme ce fut le cas au pensionnat de Kamloops.

Cette somme faisait partie du budget fédéral déposé en 2019. Les ministres n’ont pas été en mesure d’expliquer clairement pourquoi ce montant n’avait pas été offert aux communautés autochtones plus tôt.

M. Miller a aussi réitéré que le gouvernement fédéral entend donner aux familles et aux Premières Nations le soin de déterminer le rythme de ces fouilles.