(Ottawa) Lorsque sa femme et ses deux enfants ont quitté le Canada pour rendre visite à des proches dans la bande de Gaza en avril dernier, Mahmoud Khalaf ne pouvait pas imaginer qu’ils se retrouveraient coincés dans une résurgence des hostilités entre Israël et le Hamas.

Maan Alhmidi La Presse Canadienne

L’ingénieur électrique établi à London, en Ontario, rapporte que sa femme a emmené leurs enfants âgés 5 et 2 ans dans sa famille élargie pour la première fois en sept ans. Ils ont finalement dû traverser les horreurs des bombardements.

« Ils n’ont vécu rien de pareil, raconte-t-il. Pour mes enfants, c’était quelque chose de très dur et ce qui se passait était difficile à comprendre, surtout en venant d’un milieu où ils n’ont jamais été confrontés à la mort. »

La semaine dernière, un cessez-le-feu a mis fin à une guerre de 11 jours qui a fait des centaines de morts et affaibli les infrastructures déjà fragiles de Gaza. Le ministère de la Santé de Gaza a fait état d’au moins 230 morts, dont 65 enfants. Douze personnes ont été tuées en Israël, dont deux enfants.

La femme et les enfants de M. Khalaf comptent parmi des dizaines de Canadiens qui se trouvent actuellement à Gaza, sous blocus depuis 2007. Le principal point de sortie est via l’Égypte, mais un nombre limité de personnes sont autorisées à partir petit à petit et elles doivent en faire la demande des semaines à l’avance.

Le père de famille et d’autres résidents canadiens qui ont comme lui des êtres chers à Gaza demandent au gouvernement fédéral d’aider leurs proches à évacuer de toute urgence, par crainte d’un nouveau bain de sang.

En tant que gouvernement, ils devraient prendre soin de leurs gens. Non ? Je veux dire, c’est le travail du gouvernement.

Mahmoud Khalaf

Affaires mondiales Canada n’a pas voulu préciser si le gouvernement comptait évacuer des Canadiens de la bande de Gaza. La porte-parole du ministère, Patricia Skinner, a déclaré que des services consulaires sont fournis par le biais du Bureau de représentation du Canada auprès de l’Autorité palestinienne à Ramallah.

« Affaires mondiales Canada a conseillé aux Canadiens d’éviter tout voyage dans la bande de Gaza en raison du conflit qui persiste, de la possibilité d’une reprise des hostilités armées et des difficultés à quitter la région depuis octobre 2000 », a-t-elle noté.

Il y a 160 Canadiens inscrits comme étant dans la bande de Gaza selon une base de données fédérale, mais comme l’enregistrement est volontaire, ce nombre est probablement plus élevé dans les faits.

La situation a également affecté des demandeurs d’asile et de nouveaux arrivants dont les familles ont dû rester derrière à Gaza.

Abdallah Alhamadni a obtenu le statut de réfugié en décembre dernier et il travaille maintenant comme premier répondant dans une entreprise de transport médical à Mississauga, en Ontario. Il transfère des personnes ayant contracté la COVID-19 vers des hôpitaux, malgré ses propres problèmes de santé qui le rendent particulièrement vulnérable, indique-t-il.

Depuis le dépôt de la demande de résidence permanente pour lui-même et pour sa famille, il dit avoir contacté le ministère de l’Immigration à plusieurs reprises afin de les implorer d’accélérer le processus.

Pendant ce temps, il craint pour la vie de ses enfants à Gaza.

J’étais terrifié à l’idée que quelque chose puisse leur arriver, surtout avec le bombardement de maisons très proches de là où ils vivent.

Abdallah Alhamadni

M. Alhamadni et un groupe de parents avec des enfants à Gaza s’efforcent d’attirer l’attention sur leur situation. Ils ont contacté le gouvernement fédéral et plusieurs députés. Ils comptent lancer une pétition pour demander l’évacuation de leurs proches, dit-il.

Ottawa devrait selon lui accorder des visas temporaires aux familles pendant que leur demande de résidence permanente est en traitement, ou à tout le moins accélérer ce processus.

Le ministère de l’Immigration n’a pas non plus précisé s’il comptait évacuer les proches de personnes établies au Canada depuis Gaza.

Le ministère se dit conscient de la situation des personnes qui sont à la charge de réfugiés canadiens et qui se trouvent toujours à Gaza. Il dit surveiller le tout, mais ne pas être en mesure de commenter des cas individuels pour des raisons de confidentialité.

Les démarches d’immigration ont été bouleversées partout dans le monde en raison de la pandémie de COVID-19, mais le ministère a priorisé les cas de protection d’urgence, des personnes vulnérables et celles qui fournissent des services essentiels.

Sammar Mohammed compte aussi parmi ces parents qui tentent d’amener leurs enfants au Canada. Elle vit avec deux de ses filles à Windsor, en Ontario, depuis 2019, tandis que son mari et ses deux autres filles sont toujours à Gaza.

L’attente pendant le traitement de leurs demandes de résidence permanente est atroce, confie-t-elle.

Mme Mohammed avait l’habitude de parler avec ses filles via visioconférence, mais elles perdent maintenant l’internet ou le courant.

Son mari est journaliste pour une chaîne de télévision locale, dont le bâtiment a été détruit lors d’une frappe aérienne israélienne, et un camarade de classe de sa fille de 13 ans a été tué dans la récente flambée de violence, rapporte-t-elle.

Avec un cessez-le-feu qui menace selon elle de rompre à tout moment, la mère de famille se fait un sang d’encre.

« S’ils ont survécu à cette guerre, Dieu sait ce qui arrivera la prochaine fois. »

Cet article a été produit avec l’aide financière des Bourses Facebook et La Presse Canadienne pour les nouvelles.