(Ottawa) Trois organisations représentant plus d’un million d’aînés à travers le Canada pressent le gouvernement fédéral de bonifier les prestations de la Sécurité de la vieillesse (SV) pour toutes les personnes âgées de 65 ans et plus qui y sont admissibles.

Catherine Lévesque La Presse Canadienne

L’Association canadienne des personnes retraitées, l’Association nationale des retraités fédéraux et le Réseau FADOQ ont lancé cet appel par le biais d’un communiqué de presse, un peu plus d’un mois après la présentation du budget fédéral de la ministre des Finances, Chrystia Freeland.

Le document de la ministre Freeland, présenté le 19 avril dernier, annonçait que les bonifications tant attendues à la SV ne seraient accessibles qu’aux aînés de 75 ans et plus.

Legouvernement fédéral propose d’abord un versement unique de 500 $ en août 2021. Il compte ensuite bonifier les prestations mensuelles de 10 % à compter de juillet 2022. Cette hausse équivaudrait à une augmentation de la SV de766 $ la première année.

Les trois organisations d’aînés lui demandent de rectifier le tir, jugeant ces mesures « discriminatoires ».

« La précarité financière ne discrimine pas les gens en fonction de leur âge. Contrairement à ce qu’avance le premier ministre Justin Trudeau, il s’agit d’une triste réalité qui existe avant 75 ans », a soutenu la présidente du Réseau FADOQ, Gisèle Tassé-Goodman, par voie de communiqué.

Bill VanGorder, de l’Association canadienne des personnes retraitées, a ajouté que l’exclusion des Canadiens âgés de 65 à 74 ans pour cette bonification à venir a suscité « beaucoup d’inquiétudes et de frustrations » chez les principaux intéressés.

« L’augmentation de la SV devrait être élargie à toute personne âgée de 65 ans et l’augmentation de 10 % devrait être immédiate, et non reportée en 2022 », a poursuivi M. VanGorder.

Ces organisations bénéficient d’un appui à la Chambre des communes ; le Bloc québécois, en particulier, milite pour une hausse des prestations de la SV de 110 $ par mois pour les aînés de 65 ans et plus. Une motion en ce sens avait été adoptée par tous les partis politiques, sauf les libéraux, en mars dernier.

Puis, lors du congrès du Parti libéral du Canada en avril, les militants libéraux avaient coupé la poire en deux : ils avaient adopté une résolution exigeant que l’augmentation des prestations de la SV soit appliquée dès l’âge de 70 ans, plutôt qu’à 75 ans.

Mercredi, lors de la période de questions, le Bloc québécois a tenté une nouvelle fois de convaincre M. Trudeau d’élargir l’admissibilité pour les prestations bonifiées.

« Le premier ministre est isolé. Il est le seul à insister pour créer deux classes d’aînés. Les gens qui ont bâti le Québec et le Canada méritent d’être adéquatement soutenus. Quand le premier ministre va-t-il enfin entendre raison ? » a demandé Andréanne Larouche, porte-parole bloquiste pour les aînés.

M. Trudeau a répondu que les personnes de 75 ans et plus ont des coûts supplémentaires en raison de leur âge.

« Nous reconnaissons qu’il y a bien des aînés qui s’inquiètent que leur pension, que leurs épargnes ne durent pas toute leur vie parce que les gens vivent de plus en plus longtemps… ce qui est une très bonne chose », a noté le premier ministre dans sa réponse.

Le même argument a été amené par une porte-parole de la vice-première ministre et ministre des Finances, Chrystia Freeland.

« Lorsque les gens vieillissent, leurs besoins sont plus grands. Ils sont plus susceptibles d’avoir épuisé leurs économies. […] Nous nous sommes donc concentrés là où le besoin s’en fait le plus sentir », a fait valoir sa porte-parole Katherine Cuplinskas dans un courriel à La Presse Canadienne.

Du côté de la ministre fédérale des Aînés, Deb Schulte, on a tenté de mettre en contexte les progrès accomplis depuis l’arrivée du gouvernement libéral, il y a six ans, notamment en rétablissant l’âge d’admissibilité de la SV à 65 ans ou en renforçant le Régime de pensions du Canada.

« Bien qu’aucune solution unique ne puisse répondre à tous les besoins, nous faisons des progrès, étape par étape. […] Il reste du travail à faire et les aînés peuvent compter sur nous pour continuer à travailler fort pour eux », a déclaré à son tour l’attaché de presse Daniel Pollak dans un courriel.