(Ottawa) Accusé d’avoir voulu protéger son « copain de combat » au détriment des victimes présumées d’inconduites sexuelles au sein des Forces armées canadiennes, le ministre de la Défense Harjit Sajjan retournera témoigner devant un comité avec l’intention de « remettre les pendules à l’heure ».

Mélanie Marquis Mélanie Marquis
La Presse

Le ministre Sajjan a fait face à un barrage de questions en provenance des banquettes de l’opposition, lundi, à la Chambre des communes. On l’a tour à tour accusé d’avoir préféré « garder de vilains petits secrets » et de s’être conduit de façon « peu honorable », voire « tout à fait honteuse » dans la gestion de ce dossier qui plonge le gouvernement dans l’embarras.

En réponse aux salves conservatrices, il a annoncé qu’il s’engageait à se présenter pour la seconde fois au Comité permanent de la défense afin de se prononcer sur cette affaire. Et il l’a fait en donnant un avant-goût de son témoignage : la version des faits livrée il y a quelques jours par l’ancien ombudsman militaire Gary Walbourne ne correspond pas à la sienne.

« Je suis en désaccord avec le témoignage livré en comité par M. Walbourne, et je suis impatient de remettre les pendules à l’heure lorsque viendra l’occasion de parler devant le comité », a lancé l’ancien membre des Forces armées canadiennes (FAC), sans s’avancer sur les raisons de son désaccord. Il a tout de même argué que sa décision de porter l’affaire à l’attention du Bureau du Conseil privé (BCP) était la bonne.

Car pour maintenir l’indépendance de tout processus d’investigation de cette nature, et du même coup la confiance du public, « jamais un politicien ou un élu ne devrait être impliqué dans quelque type d’enquête que ce soit », a argué Harjit Sajjan, à qui le premier ministre Justin Trudeau a accordé son vote de confiance vendredi passé.

« Je crois l’ombudsman »

Mais il semble d’ores et déjà que le ministre peinera à convaincre les conservateurs.

« Je crois l’ombudsman lorsqu’il soutient avoir essayé de montrer au ministre des éléments de preuve et que le ministre a répondu qu’il ne voulait pas les voir. […] Il était plus préoccupé par l’image et [le fait de] garder de vilains petits secrets », a reproché la députée Candice Bergen, accusant le ministre de prendre part à une opération de camouflage gouvernementale.

L’ancien ombudsman a affirmé la semaine passée aux élus du Comité de la défense qu’il avait communiqué au ministre les allégations d’inconduite sexuelle visant le chef d’état-major de la Défense d’alors, le général Jonathan Vance, en mars 2018, mais que son interlocuteur avait refusé d’examiner les preuves à l’appui et plutôt renvoyé l’affaire au BCP – le ministère qui soutient le premier ministre et le Cabinet.

Le bureau du ministre Sajjan n’a pas voulu préciser quelle portion de ce témoignage posait problème.

PHOTO ADRIAN WYLD, ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE

Le général Jonathan Vance

Devant le même comité parlementaire, le 19 février dernier, Harjit Sajjan avait refusé net de préciser à quel moment il avait été informé de ces allégations. Il avait cependant plaidé qu’il avait été très désagréablement surpris lorsque les révélations ont fait surface dans un reportage du réseau anglophone Global News, début février.

Les membres du Comité de la défense nationale réunis lundi ont adopté une motion visant à inviter plusieurs hauts fonctionnaires du gouvernement à témoigner dans le cadre de leur enquête élargie sur les allégations d’inconduite contre les plus hauts gradés de l’armée, soit l'ancien chef d’état-major Jonathan Vance et son successeur, Art McDonald.

La police militaire a déclenché une enquête sur les allégations visant les deux hommes.