La présence des membres de la communauté mohawk qui bloquent la voie ferrée à Kahnawake s’est intensifiée lundi matin.

Mayssa Ferah Mayssa Ferah
La Presse

Nicolas Bérubé Nicolas Bérubé
La Presse

La présence policière à Belleville a fait écho à Kahnawake, où les membres de la communauté mohawk qui bloquent la voie ferrée sur la Rive-Sud de Montréal se sont multipliés.

Une cinquantaine d’entre eux étaient installés près du campement lundi vers 10 h 30. Des dizaines de familles stationnaient leurs voitures à proximité du rassemblement, qui continue à prendre de l’ampleur très rapidement. Toutefois, les journalistes ne peuvent s’approcher des manifestants comme ils l’ont fait au début du blocus.

À Kanesatake, quelques dizaines de Mohawks ont bloqué lundi la route 344 près d’Oka avec des camions. La circulation a repris vers 19 h, rapporte La Presse canadienne

Le grand chef de Kanesatake, Serge Simon, était au conseil de bande de Kanesatake, lundi, et n’a pas fait de commentaires jusqu’ici.

La semaine dernière, M. Simon avait provoqué la colère de certains Mohawks en affirmant qu’il souhaitait voir la fin des blocus ferroviaires au pays. Il s’était ravisé.

Pascal Quévillon, maire d’Oka, a dit à La Presse que le blocus de lundi n’était pas complètement surprenant.

« Avec les arrestations faites à Belleville par la police ontarienne ce matin, on se doutait bien que ça pouvait avoir des répercussions à Kanesatake, et c’est ce qu’on voit »

Son principal souci est de réussir à faire sortir du territoire des citoyens d’Oka qui y travaillent. « Certains sont passés sans problème, donc jusqu’ici ça se déroule dans le calme », dit-il, ajoutant ne pas savoir si le blocus durerait longtemps ou non.

« Ça affecte le territoire de Kanesatake, ça n’empêche pas les gens d’Oka de se déplacer. »

Parmi les protestataires, plusieurs s’inquiètent de la venue des policiers à Belleville en Ontario, où au moins deux protestataires ont été arrêtés ce matin. Ils n’avaient toutefois pas l’impression ce matin qu’une intervention similaire les amènera à démanteler leurs barricades aujourd’hui.

L’intervention policière à Tyendinaga a inspiré « outrage et dégoût » au Conseil Mohawk de Kahnawake, qui a dénoncé la situation par communiqué, en rappelant que les actions en support à la communauté Wet’suwet’en sont demeurées pacifiques.

« Les évènements sont survenus aujourd’hui alors que les chefs héréditaires Wet’suwet’en recherchaient une solution avec les instances gouvernementales fédérales et provinciales », déplore le conseil.

Les membres du conseil reprochent à Justin Trudeau sa sortie médiatique de vendredi dernier, où le premier ministre insistait sur la levée des barricades. « Nous exprimons notre profonde déception face à l’absence de bonne volonté démontrée par le premier ministre, qui assure constamment que l’amélioration des relations avec les Premières Nations est une priorité de son gouvernement. »

Les injonctions et les interventions policières visant les communautés autochtones qui défendent leurs territoires contre certains projets ne mèneront pas à une sortie de crise pacifique, plaide le conseil.

En marge d’une activité dans sa circonscription de L’Assomption, le premier ministre François Legault a dit faire « confiance aux policiers pour agir en temps et lieu ». Il réitère qu’« il est temps que ça finisse ». « On essaie de parler avec les Mohawks, mais un moment donné il faut que les barrières soient démantelées (…). Ça dure depuis 19 jours. Je pense que les Québécois ont assez souffert », a-t-il ajouté.

Pour Ian Lafrenière, ancien policier et adjoint parlementaire de la ministre de la Sécurité publique, le gouvernement n’a pas à dire aux corps de police comment intervenir, mais il est en droit de « porter le message de la population » et de dire que la crise a assez duré comme il le fait. Il blâme Ottawa pour ne pas assurer de coordination avec les provinces dans ce dossier. Une coordination fédérale est nécessaire pour régler cette crise « coast to coast » de façon durable et éviter de seulement « déplacer le problème », plaide le député caquiste. « On ne peut pas déverser toute l’imputabilité et la chaleur, si vous me permettez l’expression, sur les provinces » comme Justin Trudeau le fait.

La circulation sur le pont Mercier en direction de Montréal en provenance de la route 132 a été ralentie par des membres de la communauté Mohawk de Kahnawake pendant une vingtaine de minutes. Un cortège d’au moins 20 véhicules ont immobilisé la route 132 vers 10 h 20.

Des manifestations perturbent actuellement la circulation à Kanesatake sur la route 344 entre les rangs Saint-Jean et de l’Annonciation.

« On suit la situation là-bas avec attention. Pour le moment, tout se déroule dans le calme. Nous sommes tous connectés et l’ambiance est très tendue en ce moment de notre côté, c’est pourquoi nous demandons aux journalistes de se tenir à l’écart pour le moment », a dit d’emblée l’un des protestataires à La Presse très tôt en matinée.

PHOTO PATRICK SANFAÇON, LA PRESSE

Un jeune Mohawk trace une ligne pour indiquer la limite aux médias présents sur les lieux.

Pour le moment, seuls les Mohawks de Kahnawake sont réunis en soutien aux chefs héréditaires Wet'suwet'en du nord de la Colombie-Britannique, mais la situation pourrait changer, affirme Kenneth Deer, secrétaire de la nation mohawk de Kahnawake. Selon lui, les membres du Conseil de Kahnawake ont fait partie du rassemblement de ce matin.

« Le cortège près du pont Mercier plus tôt ce matin démontre notre mécontentement et le potentiel de ce que nous pouvons faire si nous le voulons », poursuit-il, sans vouloir donner plus de détails sur de futures actions. « Nous ne voulons pas de confrontations, il s’agit de démonstrations pacifiques [...] les gens sont dépossédés de leurs territoires et les chefs héréditaires demandent notre soutien. »

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M. Deer est revenu s’adresser aux médias un peu avant midi. Il a confirmé que les chefs héréditaires Wet'suwet'en seraient consultés en milieu d’après-midi. La communauté mohawk décidera par la suite de l’évolution du blocus à Kahnawake.

Dès 9 h, un deuxième campement a été mis en place, près de deux murets de béton. Ces structures bloquent l’accès à l’entrée de la route menant au campement des opposants qui est situé à proximité des rails. « Nous avons reçu beaucoup de support, mais il y a aussi des gens qui nous prêtent de mauvaises intentions, donc on veut éviter que trop de gens s’approchent du campement », explique le jeune homme.

PHOTO PATRICK SANFAÇON, LA PRESSE

Les peacekeepers de Kahnawake ont visité le campement à deux reprises depuis ce matin. Ils n’ont pas voulu s’adresser aux médias. Il y a énormément de va-et-vient : des manifestants quittent le campement par dizaine, pour ensuite regagner les lieux. Ils ont gardé le silence devant les journalistes présents sur place.

Samedi, les chefs héréditaires de la nation wet’suwet’en étaient en visite à Kahnawake pour discuter avec plusieurs membres de la communauté.

Blocus dans le Bas-Saint-Laurent

Un autre blocage ferroviaire en solidarité avec la nation Wet’suwet’en s’est amorcé dans la région du Bas-Saint-Laurent. Lundi vers 10 h, des manifestants ont bloqué la voie ferrée à l’intersection de l’avenue de la Cathédrale et de la rue Saint-Jean-Baptiste Ouest à Rimouski.

Ce blocage s’ajoute à ceux de Listuguj, Kahnawake, Wemotaci, Neskonlith, Magnetawan et de Treaty Six Inner actuellement en cours.

« Malgré l’annonce de retrait la GRC il y a quatre jours, les personnes qui sont présentement sur le territoire Wet’suwet’en ont confirmé hier qu’il y avait toujours une importante présence policière sur leur territoire, en plus d’une augmentation de la surveillance et du harcèlement sur les lieux. La demande des chefs héréditaire est simple : ils demandent le retrait total de la GRC du territoire Wet’suwet’en et l’arrêt des travaux pour entrer en négociation avec le gouvernement fédéral. Il faut que le gouvernement arrête ses jeux tordus pour faire croire au public qu’il tend leur main de bonne foi », a dit, selon un communiqué, une militante présente sur les lieux.

« C’est frustrant de voir la sortie médiatique par rapport au rejet de l’évaluation environnementale de Coastal GasLink à ce moment-ci de l’escalade » peut-on lire dans le même communiqué, qui rapporte les propos d’un étudiant s’étant joint au blocage ce matin.

– Avec Tommy Chouinard, La Presse