(Ottawa) Alors que la pression s’accentue sur le gouvernement Trudeau pour qu’il trouve une solution à la crise qui paralyse le transport ferroviaire au pays, le ministre de la Sécurité publique Bill Blair annonce que la GRC a l’intention de quitter le territoire de la Première nation Wet’suwet’en pour s’établir dans une municipalité avoisinante.

Joël-Denis Bellavance Joël-Denis Bellavance
La Presse

Mélanie Marquis Mélanie Marquis
La Presse

Cette décision devrait permettre d’établir un véritable dialogue avec les chefs héréditaires, qui s’opposent au projet de gazoduc Coastal GasLink dans le nord de la Colombie-Britannique, parce qu’il traverserait leur territoire ancestral, selon le ministre Blair.

Les chefs héréditaires, qui ont vu un mouvement d’appui prendre forme à travers le pays avec l’érection de barricades sur des voies ferrées, ont jusqu’ici rejeté toute rencontre avec des ministres du gouvernement Trudeau tant que des policiers de la GRC seraient sur leur territoire.

Selon le ministre Blair, le retrait de la GRC respecte ce vœu et devrait entraîner la levée des barricades, a-t-il dit jeudi alors qu’il se rendait à une réunion du cabinet fédéral.

PHOTO SEAN KILPATRICK, LA PRESSE CANADIENNE

Bill Blair

« La GRC a accepté de continuer de servir dans la région, mais en installant les agents dans une municipalité avoisinante. C’est entièrement leur décision, mais je crois que c’est la bonne », a dit le ministre Blair, exprimant l’espoir que cette décision permette de désamorcer la crise qui dure depuis 14 jours.

« J’ai espoir que la condition que les gens ont mise en avant [pour lever les barricades] a maintenant été respectée. Les circonstances sont telles maintenant que ces barricades devraient être enlevées. Il est temps de passer à autre chose », a-t-il ajouté.

Au cabinet du ministre Blair, on a ajouté que ce nouveau développement inspire de l’optimisme. « La GRC a pris cette décision opérationnelle, et nous avons confiance en sa capacité à évaluer la situation avec précision et à assurer la sécurité du public. Notre gouvernement reste engagé dans le dialogue et la désescalade », a écrit une porte-parole.

La police fédérale n'avait pas encore répondu aux demandes de précision de La Presse au moment de publier ces lignes, jeudi midi.

Les premiers ministres des provinces ont tenu une conférence téléphonique hier afin de faire le point sur la crise. Ils ont pressé le premier ministre Justin Trudeau de présenter des mesures pour y mettre fin. Ils doivent s’entretenir avec lui aujourd’hui.

En arrivant à son bureau, jeudi matin, Justin Trudeau s’est quant à lui contenté de réitérer que son gouvernement « travaille très fort pour éliminer les barricades », situation qu’il a de nouveau qualifiée d’« inacceptable ».

Il s'est cependant montré très inquiet de ce qui s'est produit mercredi du côté de l'Alberta, alors que des contre-manifestants ont décidé de démanteler eux-mêmes une barricade qui avait été érigée sur les rails.

Blanchet critique Trudeau et les « étudiants de cégep »

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Yves-François Blanchet

En Chambre, les députés discutaient jeudi d’une motion de l’opposition conservatrice sur le blocage ferroviaire. Le chef du Bloc québécois, Yves-François Blanchet, a reproché au premier ministre un leadership insuffisant.

« Moi, je que je vois ce matin, c’est encore une fois le premier ministre qui rentre en coup de vent, qui enlève sa tuque pis qui disparaît. Je pense que nous avons besoin d’un leadership plus clair, plus affirmé », a-t-il déclaré.

Le chef bloquiste a par ailleurs servi une volée de bois vert aux manifestants qui bloquent le trafic ferroviaire à Saint-Lambert, et qui entravent notamment les déplacements de ses commettants de Belœil-Chambly.

« Une barricade autochtone sur un territoire autochtone, c’est une chose […] Une barricade tenue par des étudiants de cégep sur la Rive-Sud de Montréal parce que c’est le fun, c’est [une autre] affaire, une affaire qui n’a pas sa place », a-t-il lancé.

Le député néo-démocrate Charlie Angus s'est pour sa part dit « très très heureux » du signal que le retrait de la GRC envoyait. « C'est une bonne première étape », a-t-il souligné, suggérant que la prochaine serait de suspendre les travaux du gazoduc Coastal GasLink.

La canalisation doit passer sur les territoires ancestraux de la Première Nation Wet'suwet'en, dans le nord de la Colombie-Britannique, et les chefs héréditaires de la communauté s'y opposent.

Les manifestations et les blocages ont pris de l'ampleur après que la GRC eut démantelé un campement anti-gazoduc et procédé à l'arrestation de militants afin de faire appliquer une injonction accordée au promoteur du projet.

Libellé de la motion conservatrice

« Que la Chambre soit solidaire de tous les conseils de bande élus sur le tracé du gazoduc de Coastal GasLink, de la majorité des chefs héréditaires et de la grande majorité des membres de la communauté des Wet’suwet’en, qui appuient le projet de Coastal GasLink, et condamne les activistes radicaux qui exploitent les divisions au sein de la communauté des Wet’suwet’en, tiennent l’économie canadienne en otage et menacent les emplois et les opportunités dans les communautés autochtones. »