(Ottawa) Justin Trudeau a fait écho à des chefs autochtones venus lancer un appel au calme à Ottawa dans un discours officiel en Chambre – un discours que le chef conservateur Andrew Scheer a aussitôt descendu en flammes.

Mélanie Marquis Mélanie Marquis
La Presse

Pas d’annonce concrète, mais une main tendue : lorsqu’il a pris la parole devant les députés, mardi matin, le premier ministre a réitéré que le gouvernement allait continuer de «travailler jour et nuit» pour trouver une façon de dénouer l’impasse et éviter que les choses ne s’«aggravent».

Réitérant sa volonté de trouver une solution pacifique au blocus ferroviaire tout en préservant l’état de droit, Justin Trudeau a qualifié la situation actuelle de «moment charnière pour notre pays et notre avenir». Et aux Autochtones, il a signalé qu’il savait bien que «trop souvent, leur confiance a été trahie» par la Couronne.

Il a déploré que certains voudraient que le gouvernement «agisse dans la précipitation» et pensent que «l’usage de la force est utile». Or, «ça ne l’est pas», a-t-il lancé. Dans les banquettes d’en face, les conservateurs ont commencé à s’agiter et à chahuter, si bien que le président de la Chambre a dû intervenir pour ramener l’ordre.

Une fois son tour de parole venu, le chef conservateur par intérim, Andrew Scheer, a taillé en pièces le discours qu’il venait d’entendre.

«C’était la réponse la plus faible de l’histoire du Canada à une crise nationale», a-t-il persiflé, taxant l’allocution de «salade de mots» et reprochant au premier ministre d’avoir échoué à dénoncer les actions des «activistes radicaux» et de leurs «blocages illégaux».

PHOTO SEAN KILPATRICK, LA PRESSE CANADIENNE

Andrew Scheer

Il a prévenu que ces manifestants – dont plusieurs ont «peu ou pas de liens» avec les Premières Nations – «ne vont pas arrêter tant que notre secteur pétrolier et gazier ne sera pas complètement stoppé», ayant «le luxe de ne pas aller au travail chaque jour» ou de «sécher les cours» sans en subir les conséquences.

Et Andrew Scheer a provoqué un tonnerre d’applaudissements derrière lui en lançant qu’il est derrière la «vaste majorité des membres de la communauté Wet’suwet’en qui appuie le projet de Coastal GasLink» et la «majorité des chefs héréditaires» qui veulent également la concrétisation du gazoduc.

Ces propos ont fait bondir Yves-François Blanchet. «Vous ne verrez jamais quelqu’un du Bloc québécois se placer au centre des Premières Nations et dire 'parmi vous, il y a les bandits, et il y a les gentils'», a martelé le chef bloquiste. Une fois la remontrance faite, il a soumis que la solution passait par une suspension des travaux de Coastal GasLink.

Il a par ailleurs reproché au gouvernement Trudeau sa lenteur à agir, se demandant à voix haute pourquoi faire une «adresse ministérielle si t’as rien à dire». Car selon lui, «les pistes de solution ne sont pas beaucoup plus claires» à l’issue du discours qu’a livré Justin Trudeau.

À part se réjouir du fait que le gouvernement écartait l’option du recours à la force, le dirigeant néo-démocrate Jagmeet Singh n’a pas proposé de solution concrète, insistant lui aussi sur l’importance du dialogue. La députée du Parti vert Elizabeth May a quant à elle a noté que les droits des Autochtones ont été bafoués pendant des siècles.

Trudeau dialogue avec tous... sauf Scheer

À l'issue de cette période de déclarations officielles en Chambre, le premier ministre a fait le point avec tous les chefs de partis -- à l'exception d'Andrew Scheer.

Il a rencontré Jagmeet Singh et Yves-François Blanchet, et il s'est entretenu avec Elizabeth May «pour faire une mise à jour sur les nombreuses démarches que le gouvernement entreprend pour résoudre cette impasse dans la paix», a-t-on expliqué à son bureau.

«C'est ce que les chefs (autochtones) nous ont encouragés à faire ce matin. La solution doit passer par des négociations pacifiques», a-t-on ajouté.

Appel au calme de chefs autochtones

Un peu plus tôt, à un jet de pierre de l’édifice de l’Ouest, des chefs autochtones étaient en conférence de presse pour lancer un appel au calme. «Ce que nous voulons, c’est un apaisement des tensions et un dialogue», a plaidé le chef de l’Assemblée des Premières Nations, Perry Bellegarde.

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Perry Bellegarde

«Nos gens font des actions parce qu’ils veulent voir de l’action – et lorsqu’ils voient que des joueurs-clés agissent de façon positive, lorsqu’ils constatent qu’il y a un engagement vers un vrai dialogue pour s’attaquer à cette situation difficile, ils réagiront de manière positive», a-t-il soutenu.

À ses côtés, le grand chef du conseil de Kanesatake, Serge Simon, a proposé une levée des barricades. Ce geste de «bonne foi» n’en serait pas un d’abdication, a-t-il fait valoir. «Je suggère que peut-être le temps est venu de les lever parce qu’il y a des impacts économiques qui s’en viennent», a-t-il exposé.

L’enjeu du blocus ferroviaire qui dure depuis près de deux semaines domine les débats à la Chambre des communes, alors que les députés effectuent un retour à Ottawa après une semaine passée dans leurs terres. La crise est telle qu’elle a incité Justin Trudeau à annuler sa présence à un sommet international dans les Caraïbes.

Un débat d’urgence se tiendra d’ailleurs mardi soir à la Chambre des communes au sujet des relations du Canada avec les peuples autochtones, à la requête du néo-démocrate Peter Julian et du bloquiste Alain Therrien.

C’est l’opposition de la Première Nation Wet’suwet’en, en Colombie-Britannique, à un projet de gazoduc qui traverserait son territoire ancestral qui est à l’origine de la crise. Les chefs héréditaires de Wet’suwet’en sont opposés au projet, mais les conseils de bande, élus, se sont entendus avec le promoteur de Coastal GasLink, LNG Canada.