(Ottawa) Le commandant des forces spéciales canadiennes affirme que les relations avec le gouvernement irakien demeurent « délicates » et que ses soldats font preuve d’une grande prudence dans leur collaboration avec les forces locales pour lutter contre le groupe État islamique (Daech).

Lee Berthiaume
La Presse canadienne

Le major général Peter Dawe, commandant des Forces d’opérations spéciales, a commenté la situation actuelle en Irak à la suite d’un mois plutôt tendu dans la région. Lorsque les États-Unis ont éliminé un général iranien en Irak, l’Iran a lancé des missiles sur des bases occidentales et le Parlement irakien a appelé à ce que toutes les troupes étrangères quittent le pays.

Ces appels publics ont été tempérés par la suite et l’attention politique à Bagdad s’est largement concentrée sur la mise en place d’un nouveau gouvernement. Mais il y a des informations selon lesquelles le gouvernement irakien a dit à ses militaires de ne pas demander l’aide de la coalition dirigée par les États-Unis dans les opérations contre Daech.

Malgré les circonstances, M. Dawe affirme que ses troupes continuent de s’attarder à leur mission principale : empêcher que Daech redevienne une menace majeure.

« La situation en Irak et nos relations avec le gouvernement irakien sont délicates et complexes et nous nous assurons évidemment de nous engager très délibérément avec le gouvernement irakien pour nous assurer que tout ce que nous faisons est conforme (aux désirs de Bagdad) », a déclaré M. Dawe en entrevue.

« Mais fondamentalement, la mission de vaincre (Daech) n’a pas changé. Elle est plus valable que jamais et à cette fin, les forces d’opérations spéciales de la coalition déployées sur les lieux, y compris le contingent d’opérations spéciales du Canada, reprennent leurs opérations avec nos partenaires des forces de sécurité irakiennes », a-t-il fait valoir.

L’attaque au missile iranien n’a fait aucun blessé dans les Forces armées canadiennes et n’a pas représenté une menace imminente, a affirmé M. Dawe à La Presse canadienne.

Les Forces d’opérations spéciales du Canada, qui luttent contre Daech depuis octobre 2014, ont repris leurs activités peu de temps après.

Le commandant Dawe a précisé que les missiles iraniens n’ont pas été lancés à proximité de militaires canadiens, dont les activités avaient été suspendues quelques heures plus tôt – après l’assassinat du général iranien Qassem Soleimani.

L’armée canadienne ne veut pas dévoiler combien de soldats des Forces d’opérations spéciales se trouvent en Irak, mais on sait que le Canada est autorisé à en déployer jusqu’à 200 dans le cadre de sa contribution pour lutter contre Daech.

Le ministre de la Défense, Harjit Sajjan, a déjà déclaré que le Canada honorerait toute demande officielle du gouvernement irakien de retirer ses troupes.

Les forces spéciales opèrent indépendamment de la mission de formation de l’OTAN que le Canada dirige dans le sud de l’Irak, en vertu de laquelle environ 250 soldats canadiens conventionnels aident à former les forces irakiennes.

Les forces spéciales canadiennes font plutôt partie de la coalition dirigée par les États-Unis dont la mission est de maintenir Daech sous pression tandis que le gouvernement irakien et la communauté internationale établissent les conditions de la paix et de la prospérité dans le but d’éliminer l’attrait du groupe.

« Ce qui nous préoccupe en tant que coalition, c’est de veiller à ce que Daech n’ait pas trop de liberté pour rétablir des nœuds logistiques et, autrement, se positionner pour une reprise des opérations importantes si la situation s’y prête », a-t-il souligné.

Les soldats des forces spéciales canadiennes ont été à l’origine impliqués dans la libération de Mossoul et des environs du contrôle de Daech en 2016 et 2017. Ils ont également précédemment surveillé la frontière avec la Syrie pour y éviter une infiltration de Daech en Irak.

M. Dawe n’a pas voulu révéler si les troupes canadiennes surveillaient la frontière maintenant, « mais il va sans dire que la frontière syrienne est clairement un sujet de préoccupation ». Il en va de même pour Mossoul et pour les zones moins protégées à l’ouest de la ville, a-t-il déclaré.