(Winnipeg) Jugeant que l’examen des boîtes noires est crucial pour mener à bien l’enquête sur l’écrasement du vol d’Ukraine International Airlines, abattu par les forces armées iraniennes le 8 janvier à Téhéran, le premier ministre Justin Trudeau demande à l’Iran de les remettre le plus rapidement à des experts qui pourront les analyser.

Joël-Denis Bellavance Joël-Denis Bellavance
La Presse

Alors que les autorités iraniennes insistent pour que ces boîtes noires soient analysées en Iran, quitte à ce que les États-Unis ou la France envoient de l’équipement nécessaire pour le faire, M. Trudeau a jugé cette demande totalement inacceptable.

« Nous sommes préoccupés par le fait que les boîtes noires ne soient pas encore en train d’être analysées immédiatement comme cela doit être fait après une tragédie aérienne », a affirmé mardi le premier ministre en point de presse, en marge de la retraite de son cabinet à Winnipeg.

« Nous savons que c’est une question d’experts qualifiés. Mais c’est aussi une question de technologie, d’équipement qui n’est pas disponible en Iran. C’est pour cela que nous demandons fortement à l’Iran d’envoyer les boîtes noires là où on a la capacité de les analyser de façon approfondie et rapide. La France est un exemple parfait. Elle s’est montrée ouverte à le faire en tant que tiers pays dans cette situation », a-t-il ajouté.

L’avion d’Ukraine International Airlines, abattu par un missile lancé par les forces armées iraniennes peu après son décollage de l’aéroport international de Téhéran le 8 janvier, a fait 176 morts, dont 57 Canadiens. Depuis cette horrible tragédie, M. Trudeau a rencontré plusieurs des familles des victimes. Il a rencontré certaines familles dans la région de Winnipeg au cours des derniers jours.

Dimanche, le ministre des Affaires étrangères, Francois-Philippe Champagne, a écrit à son homologue iranien Javad Zarif pour souligner que le Canada estime que les boîtes noires doivent être envoyées rapidement pour analyse par des experts en France ou en Ukraine. M. Champagne a rencontré M. Zarif vendredi dernier à Oman.

Lundi, le ministre a soulevé cette question lors de sa conférence téléphonique avec des représentants de la Grande-Bretagne, de la Suède, de l’Afghanistan et de l’Ukraine — soit les pays qui ont perdu des citoyens dans l’écrasement du vol PS752 d’Ukraine International Airlines.

Il s’agissait de leur première conversation à ce sujet depuis que M. Champagne a présidé une rencontre avec ses homologues de ces pays à Londres, la semaine dernière, dans le cadre d’un effort pour maintenir la pression sur l’Iran.

Un résumé de la téléconférence de M. Champagne publié par son bureau indique que l’Iran coopère avec des experts étrangers dans l’enquête, mais il souligne également la nécessité pour l’Iran de permettre une enquête internationale approfondie et crédible.

Le groupe de pays appelle l’Iran à déplacer les boîtes noires vers une installation dotée de la technologie appropriée afin que leurs données puissent être téléchargées et analysées rapidement.

En conférence de presse, mardi, M. Trudeau a aussi demandé à l’Iran de respecter les vœux des familles quant à l’endroit où elles souhaitent que les proches qui ont péri soient enterrés. Le régime iranien ne reconnaît pas la double citoyenneté et plusieurs des victimes canadiennes détenaient aussi la citoyenneté iranienne.

« La reconnaissance de la double citoyenneté représente un défi. Mais nous avons toujours insisté sur le fait que, quelle que soit la citoyenneté reconnue par l’Iran, les vœux des familles concernant leurs proches doivent être respectés. C’est un engagement qui est aligné non seulement avec le droit international, mais avec les principes de l’islam. C’est pourquoi nous insistons pour que les vœux des familles soient respectés par l’Iran », a dit le premier ministre.

- Avec La Presse canadienne