(Ottawa) Le commandant de l’Armée canadienne, le lieutenant-général Wayne Eyre, prévient que l’intervention de plus en plus fréquente de militaires lors de désastres naturels pourrait nuire à la capacité de l’armée de bien former ses soldats pour des opérations de combat.

Lee Berthiaume
La Presse canadienne

Depuis quelques années, les Forces armées ont été fréquemment mises à contribution lors d’inondations, de tempêtes de verglas et d’incendies de forêt survenus au Canada.

Une compilation établie par La Presse canadienne démontre qu’au cours des deux dernières années, l’armée a été déployée dix fois pour aider la population à affronter un désastre naturel. Des telles interventions ne se sont produites que 20 fois entre 2007 et 2016 et 12 fois entre 1996 et 2006.

Bien que ces efforts aient été chaleureusement accueillis par les résidants et les gouvernements locaux, le commandant de l’Armée canadienne a déclaré dans une entrevue le mois dernier : « Je peux voir que si (ces interventions) prennent de l’ampleur et deviennent plus fréquentes, cela commencera à affecter notre état de préparation. »

Au cours de la fin de semaine, les Forces canadiennes ont déployé 300 soldats pour aider Saint-Jean à dégager les voies après une énorme tempête de neige qui a frappé la ville. Cent-vingt-cinq autres soldats devraient arriver mardi.

L’état de préparation est le terme utilisé par les militaires pour décrire leur capacité à faire leur travail à un moment donné. Pour l’armée, cela signifie être prêt à se battre. Cela peut ne pas sembler important en période de paix relative, et M. Eyre dit : « Lorsque les Canadiens ont besoin, nous sommes là. »

Mais la formation aux combats est essentielle pour garantir que l’armée de terre peut réagir à tout moment et partout où une menace pour le pays émerge.

« C’est comme une équipe de hockey qui ne s’entraînerait jamais, ne jouerait jamais sur la glace ensemble, et puis tout à coup, devrait être lancée dans un match de la LNH et s’attendre à gagner, a illustré M. Eyre. Vous devez continuer à faire cela (l’entraînement). »

L’Armée canadienne est la composante terrestre des Forces armées canadiennes et le plus important des trois éléments de commandement. L’Armée canadienne prépare les militaires afin qu’ils soient bien dirigés, bien entraînés et bien équipés pour protéger les Canadiens et les intérêts canadiens, au pays et à l’étranger.

L’entraînement n’a pas encore été affecté de manière importante, mais M. Eyre a indiqué que les commandants « surveillent la situation de près ». Le problème est que les catastrophes se produisent souvent au printemps et à l’automne, qui sont également les principales périodes d’entraînement de l’armée.

La politique de défense du gouvernement libéral, dévoilée en juin 2017, a prévu de l’argent spécifiquement pour l’entraînement des brigades, qui implique de rassembler des milliers de soldats ainsi que de l’artillerie, des véhicules blindés et des avions pour simuler une opération militaire à grande échelle.

L’exercice Maple Resolve a lieu à la Base Wainwright des Forces canadiennes en Alberta en mai. À peu près à la même période l’an dernier, plus de 2000 militaires aidaient les municipalités après les inondations en Ontario, au Québec et au Nouveau-Brunswick.

« Je ne suis pas trop inquiet si nous le manquons (l’entraînement) pendant un an ou deux, a indiqué M. Eyre. Mais si nous le manquions, ce type d’entraînement, pendant une période de temps importante, l’impact à long terme se ferait sentir. »

L’armée est la force de dernier recours en cas de catastrophe naturelle, sollicitée lorsque les municipalités et les provinces ne sont pas en mesure de faire face seules à la situation. Cependant, bien que de nouvelles formations, comme les bases de la lutte contre les incendies de forêt, aient été ajoutées, les catastrophes ne sont pas la priorité de l’armée.

Dans de nombreux pays, l’armée est le premier intervenant en ce qui concerne les catastrophes naturelles et les troubles civils. Et M. Eyre souligne la capacité de l’armée à réagir rapidement — et de manière autonome, sans imposer de contraintes sur les ressources locales limitées — lorsqu’elle est appelée en cas d’urgence.

Cependant, il craint qu’une attention trop grande aux interventions en cas de catastrophe ne mine la capacité de combat de l’armée de terre, ce qui finirait par nuire au Canada.

« C’est très dangereux. Si nous nous concentrons uniquement sur l’aide humanitaire et la réponse aux catastrophes, lorsque le pays a vraiment besoin de nous, lorsque les enjeux sont très élevés et que nous devons nous battre et nous ne sommes pas prêts, cela fait des victimes et compromet la défense des intérêts canadiens », a fait valoir le lieutenant-général.