(Halifax) Le ministre de la Justice de la Nouvelle-Écosse soutient qu’il a fait pression en privé sur Ottawa pour la tenue d’une commission d’enquête publique fédérale-provinciale sur la tuerie d’avril, une proposition que les fonctionnaires fédéraux auraient d’abord rejetée.

Michael MacDonald
La Presse canadienne

Selon Mark Furey, c’est pour cette raison que son gouvernement s’est d’abord rallié au « comité d’examen indépendant », moins rigoureux, annoncé la semaine dernière. Cette décision, aussitôt largement critiquée en Nouvelle-Écosse, a été annulée mardi pour être remplacée par une commission d’enquête publique conjointe en bonne et due forme, avec les pouvoirs de contraindre les témoins.

Rencontré après une réunion du cabinet à Halifax, jeudi, le ministre Furey a expliqué que son gouvernement voulait surtout qu’Ottawa participe à un processus conjoint. Comme le fédéral ne voulait pas d’une enquête publique, le gouvernement provincial a accepté, à défaut, le principe d’un « examen indépendant », a-t-il dit. Selon M. Furey, les discussions ont impliqué le ministre fédéral de la Sécurité publique, Bill Blair, et ses hauts fonctionnaires.

Dès son annonce, jeudi dernier, le « comité d’examen indépendant » conjoint avait été critiqué par les proches des victimes, qui estimaient que ce processus n’offrirait pas autant de transparence et de poids juridique qu’une commission d’enquête, qui a le pouvoir de tenir des audiences publiques et de contraindre les témoins à parler sous serment et à produire des documents.

Puis, mardi, cinq députés libéraux fédéraux de la Nouvelle-Écosse — la moitié du caucus libéral de cette province — ont publiquement contesté la décision de leur propre gouvernement. C’est là que le ministre Furey a écrit que son gouvernement souhaitait également une enquête publique conjointe. Quelques heures plus tard, le ministre Blair annonçait le changement de cap.

Mais c’était la première fois qu’on entendait le gouvernement provincial préférer une enquête publique. Après la réunion du cabinet, jeudi, le premier ministre Stephen McNeil n’a pas répondu directement lorsqu’on lui a demandé pourquoi il n’avait pas dit à la population quel type d’enquête il souhaitait — une question qui s’est avérée être un point sensible pour les familles des victimes.

« Nous pensions qu’un examen permettrait d’atteindre cet objectif : les familles ont exprimé un point de vue très différent », a-t-il dit.

Plus tôt cette semaine, le premier ministre McNeil a présenté ses excuses aux familles des victimes pour les tergiversations sur la forme que prendrait l’enquête sur la tuerie qui a fait 22 morts les 18 et 19 avril derniers.