(Ottawa) Aux premières lueurs de l’aube vendredi matin, Marc-André Blanchard apercevra à l’horizon les gratte-ciel de New York tout en conduisant une voiture de location à prix modique.

Mike Blanchfield
La Presse canadienne

Pour l’ambassadeur du Canada aux Nations Unies, le moment marquera non seulement la dernière ligne droite d’un long trajet en solitaire au départ de Toronto, mais également le début d’un important blitz d’efforts politiques — le sprint final visant à ce que le Canada obtienne un siège temporaire au Conseil de sécurité de l’ONU le mois prochain.

Depuis la mi-mars, Marc-André Blanchard mène la mission du Canada auprès des Nations Unies à distance depuis Toronto, dirigeant le personnel qui travaille à domicile depuis que la COVID-19 les a évincés de l’ambassade située à Manhattan, à l’épicentre de la pandémie.

Mais à moins d’un mois du vote qui opposera le Canada à la Norvège et à l’Irlande pour obtenir l’un des deux sièges temporaires disponibles au Conseil, Marc-André Blanchard a expliqué jeudi qu’il était temps de retourner à New York — même cela signifie faire de la diplomatie différemment.

La diplomatie pendant la COVID-19 a été un enchaînement constant de vidéoconférences du matin au soir, parfois ponctuées de « dîners Zoom » virtuels avec de petits groupes de collègues ambassadeurs.

Jeudi matin, Marc-André Blanchard a parlé à quelques-uns de ses collègues internationaux de son retour imminent.

« Pour la première fois, nous évoquions la possibilité que nous allions peut-être nous promener ensemble à Central Park en respectant la distanciation sociale », a déclaré M. Blanchard au cours d’un entretien avec La Presse canadienne.

« Mais au moins, essayer de recommencer, de travailler, de voir les autres et d’avoir ces conversations si importantes en diplomatie. »

Il a expliqué que la campagne du Canada pour obtenir un siège au Conseil repose sur ce qui a été fait pour aider à lutter contre la pandémie — rassembler des pays aux vues similaires pour assurer la sécurité alimentaire dans les pays en développement, maintenir les chaînes d’approvisionnement vitales ouvertes à travers le monde et travailler sur de nouveaux modèles de financement pour aider pays en difficulté dont les économies ont été décimées par la pandémie.

Le Canada a aussi convoqué une réunion des petites ambassades à New York en mars pour les aider à mettre en place des façons de faire du télétravail alors que la pandémie était en train de paralyser la ville.

« Si vous me demandez “Quelle est votre campagne ? ” Eh bien, c’est notre campagne, a-t-il dit. La meilleure campagne possible pour le Canada est de laisser le Canada être le Canada. »

Le Canada a perdu sa dernière candidature à un siège au Conseil de sécurité en 2010 lorsque le Portugal, avec sa petite taille, a récolté davantage de votes. Le Canada a siégé six fois au Conseil, une fois au cours de chacune des six dernières décennies.

En 1999-2000, le Canada a fait campagne et a remporté le siège en misant sur la « sécurité humaine », une idée qu’a épousée Lloyd Axworthy, qui était à l’époque le ministre des Affaires étrangères ayant mené à la course.

« Nous l’avons fait avec la protection des civils lors de notre dernier siège au Conseil de sécurité. Nous allons le faire avec les inégalités et la sécurité économique lorsque nous arriverons au Conseil de sécurité », a dit M. Blanchard.

« Les inégalités sont une très, très grande source de conflits et d’instabilité. Le Conseil de sécurité doit examiner les conflits à travers le prisme de leurs enjeux économiques. »

En plus de ses cinq membres permanents — les États-Unis, la Grande-Bretagne, la France, la Russie et la Chine —, le Conseil est composé de 10 membres non permanents élus pour des mandats de deux ans.

M. Blanchard a déclaré que le Canada espère miser sur les neuf autres membres non permanents pour amener les grandes puissances à s’intéresser à un sujet sur lequel ils pourraient s’entendre — la nécessité d’améliorer les conditions économiques dans tous les pays.

« Nous sommes assez forts pour pouvoir joindre d’autres États membres, mais nous sommes assez petits pour savoir que nous devons agir ensemble si nous voulons des résultats. »

Marc-André Blanchard est conscient des échecs et des limites du Conseil de sécurité, y compris son incapacité à mettre fin à une décennie de carnage en Syrie en raison de l’opposition de la Russie et de la Chine en tant que membres permanents avec droit de veto.

« Il y a des questions sur lesquelles nous ne serons jamais d’accord avec la Chine ou la Russie, et d’autres membres du Conseil de sécurité, peut-être, a déclaré M. Blanchard. Nous l’avons vu en Syrie. Nous le voyons dans le cas de la COVID avec la Chine et les États-Unis. »

Marc-André Blanchard, âgé de 54 ans, n’est pas un diplomate de carrière. Il était un avocat réputé qui soutenait le Parti libéral et qui a été nommé à l’ONU en 2016.

Il est devenu un naturel dans l’art du délicat équilibre en diplomatie, a déclaré Stephen Lewis, un néodémocrate qui a été ambassadeur du Canada à l’ONU dans les années 80 alors que le premier ministre progressiste-conservateur Brian Mulroney était au pouvoir.

Si le Canada remporte un siège, ce sera grâce à Marc-André Blanchard, a estimé M. Lewis, qui demeure actif dans les cercles de l’ONU à la tête d’une organisation qui tente de mettre fin aux abus que font des Casques bleus.

« Nous avons un ambassadeur à New York qui est intelligent, articulé, persuasif, très respecté et estimé par les collègues ambassadeurs à l’ONU, a noté M. Lewis. Et ça fait toute la différence. »

Marc-André Blanchard tient ses collègues de l’ONU en haute estime. Il a hâte de les revoir lorsqu’il arrivera seul et qu’il rendra sa voiture de location à l’aéroport de LaGuardia.

« Le plus grand avantage de ce travail est la relation que j’établis avec mes collègues, individuellement. Chacun d’entre eux est très spécial », a-t-il soutenu.

« Chacun d’entre eux apporte beaucoup à la table, que ce soit un grand pays ou un petit pays. C’est ce qui nous manque. »