(Ottawa) Un violon a repris les sombres accents de la sonnerie aux morts et joué Amazing Grace, vendredi à Ottawa, lors d’une cérémonie spéciale pour rappeler la contribution des Métis du Canada lors de la Seconde Guerre mondiale — mais aussi la discrimination qui les attendait à leur retour au pays.

Lee Berthiaume
La Presse canadienne

Cette cérémonie faisait suite aux excuses officielles du gouvernement canadien et à une promesse d’indemnisations, en septembre. Ottawa reconnaissait alors qu’après la guerre, les anciens combattants métis n’avaient pas pu recevoir les mêmes avantages et le même soutien à la réintégration que les autres Canadiens. Ce dossier est resté sensible pendant des décennies pour les Métis, surtout lorsque le gouvernement, en 2002, a présenté ses excuses et indemnisé les anciens combattants des Premières Nations pour les mêmes discriminations.

S’adressant au petit groupe d’anciens combattants, de proches et de sympathisants réunis autour du Monument national érigé en l’honneur des anciens combattants autochtones, vendredi, David Chartrand, du Ralliement national des Métis, a remercié le gouvernement libéral pour les excuses et les indemnités. Il a toutefois déploré que plusieurs anciens combattants métis soient maintenant décédés et « n’[aient] pas connu ce jour de commémoration, d’honneur et de respect que ce pays leur donne aujourd’hui — ce qui aurait dû être fait il y a 75 ans ».

Le gouvernement libéral a indiqué pour la première fois en mars dernier qu’il envisageait de corriger les injustices commises envers les anciens combattants métis, en prévoyant 30 millions dans le budget fédéral pour les indemniser et commémorer leur contribution. Deux vétérans métis — George Ricard et Guy Lafrenière, âgés de 94 ans — ont bravé des températures sous zéro, vendredi, pour assister à la cérémonie à Ottawa avec leurs familles, avant de recevoir un chèque de 20 000 $ dans le cadre de l’accord entre le gouvernement fédéral et la nation métisse.

« Il n’a jamais été reconnu », a déclaré Jim Ricard en parlant de son père George, qui s’était enrôlé à l’âge de 17 ans et avait réparé les bombardiers « Sunderland » en Irlande pendant la guerre, avant de passer deux ans à la reconstruction de Düsseldorf, en Allemagne. « C’est fantastique qu’ils aient finalement fait quelque chose. »

George Ricard et Guy Lafrenière sont les 12e et 13e vétérans à avoir été indemnisés par le gouvernement, selon le Ralliement national des Métis. L’organisation n’a pas pu dire combien d’anciens combattants métis sont encore en vie et admissibles aux indemnités. Les familles d’anciens combattants décédés au cours des trois dernières années peuvent également recevoir la compensation.

Le budget de 2019 prévoit qu’environ 20 millions seront versés dans un « fonds des legs », destiné à soutenir plusieurs initiatives commémoratives, notamment la construction d’un monument et l’octroi de bourses ou de subventions aux étudiants métis.

Le ministre des Services aux Autochtones, Seamus O’Regan, qui était auparavant ministre des Anciens Combattants, assistait à la cérémonie de vendredi à Ottawa. Il a déclaré que « des excuses constituent une forme de reconnaissance très sincère ».