La vice-présidente exécutive nationale de l’Alliance de la fonction publique du Canada (AFPC), Magali Picard, exhorte Ottawa à déployer un vaste service de soutien psychologique au sein de ses ministères pour venir en aide rapidement aux fonctionnaires fédéraux qui souffrent d’anxiété liée aux ratés du système de paie Phénix.

Fanny Lévesque Fanny Lévesque
La Presse

« Il y a des gens qui ne voient pas la lumière au bout du tunnel. [Les fonctionnaires] vivent avec une épée de Damoclès au-dessus de leur tête » depuis l’implantation, en 2016, du système Phénix, tranche sans détour la leader syndicale.

Magali Picard, dont le syndicat représente quelque 140 000 employés fédéraux, réagissait à la publication, mardi dans nos pages, des conclusions du rapport de la coroner Pascale Boulay sur la mort de Linda Deschâtelets, employée du gouvernement fédéral depuis 20 ans, qui a mis fin à ses jours en décembre 2017.

« Le cas de Mme Deschâtelets, c’est extrêmement désolant, mais ce n’est pas surprenant. On est déjà au fait de quelques situations comme ça », a indiqué Mme Picard en entrevue avec La Presse.

Ça met un visage sur le dossier Phénix. Ça dit que c’est un problème humain, de santé mentale, de stress et d’anxiété.

Magali Picard, vice-présidente exécutive nationale de l’Alliance de la fonction publique du Canada

Une mort qui aurait pu être évitée

Selon Me Boulay, la rigidité du système de paie Phénix, couplée à la lenteur du gouvernement fédéral à réagir à la détresse financière de Mme Deschâtelets, a mené à son suicide. La coroner conclut que la mort de l’employée aurait pu être évitée et estime que le gouvernement aurait pu trouver des mesures flexibles pour l’aider.

Même si le logiciel Phénix n'a pas généré une erreur dans le cas de Mme Deschâtelets, Magali Picard est d’avis que la situation démontre bien l’ampleur des dérapages provoqués par l’administration de la paie dans l’appareil gouvernemental depuis l’implantation du système.

« Avec tous les problèmes qu’on connaît de Phénix, les gestionnaires sont beaucoup plus rigides lorsque vient le temps d’octroyer une demande qui sort du cadre », affirme Mme Picard. « Phénix est venu enlever beaucoup de flexibilité et de marge de manœuvre aux gestionnaires qui voudraient aider un employé qui vit une situation difficile. »

Elle salue la mise en place de différentes mesures par Ottawa pour tenter d’accélérer le traitement des demandes liées à Phénix – le gouvernement traite encore à ce jour 228 000 problèmes de paie en suspens –, mais soutient qu’il faut faire plus, et maintenant. « Ce qui manque, honnêtement, c’est vraiment un soutien psychologique dans le milieu de travail », dit-elle.

« Le stress est toujours constant. Quand des gens finissent par frapper à la porte, on leur dit d’aller voir le PAE [programme d’aide aux employés]. On n’en est plus là. Ça fait quatre ans, Phénix. Ça prend une formation pour les gestionnaires. Il faut des spécialistes, des professionnels, et il faut aller au-devant », argue Mme Picard.

Un sondage réalisé par la firme Environics Research pour l’AFPC en février 2018 auprès de 2053 fonctionnaires canadiens a révélé que 8 répondants sur 10 ont été personnellement touchés par les ratés de Phénix et que 20 % d’entre eux ont éprouvé de « graves problèmes » avec le versement de leur paie.

Par ailleurs, plus de 90 % des répondants affectés par Phénix ont éprouvé du stress ou de l’anxiété. Le coup de sonde met aussi en lumière que le fiasco Phénix a nui à la santé mentale des trois quarts des répondants, en plus de miner la vie personnelle et la capacité de travailler de plus de six personnes sur dix.