(Toronto) Une famille de Toronto qui a déclaré avoir été forcée de fermer les portes de son populaire restaurant syrien, à Toronto, a officiellement porté plainte pour les nombreux messages de haine et de menaces de mort qu’elle a reçus, a confirmé la police mercredi.

Michelle McQuigge
La Presse canadienne

Selon le porte-parole de la police de Toronto, Victor Kwong, les enquêteurs ont rencontré la famille Alsoufi dans le but de lancer leur enquête. Il n’a pas divulgué les détails des allégations contenues dans le rapport de police.

Cette plainte survient au lendemain de l’annonce de la fermeture du restaurant Soufi. Un établissement spécialisé en cuisine syrienne, situé au cœur du centre-ville, qui a reçu des éloges locaux et internationaux jusqu’à tout récemment.

Mais depuis qu’un membre de la famille a participé à une manifestation contre un événement politique du chef du Parti populaire du Canada (PPC) Maxime Bernier, le mois dernier, la famille a été la cible de messages haineux et de menaces qui lui ont fait craindre pour la sécurité du personnel.

« En raison des nombreux messages de haine et de menaces de mort que nous avons reçus au cours de la dernière semaine, nous avons décidé de fermer définitivement notre commerce », peut-on lire sur le compte Instagram du restaurant. « Notre décision est prise avec le cœur lourd dans le souci de maintenir en sécurité notre famille et notre personnel. »

L’entreprise s’est attiré une visibilité nationale à la suite d’un rassemblement militant du PPC, le 29 septembre à Hamilton, où des manifestants attendaient Maxime Bernier de pied ferme. Selon ce qu’ont rapporté plusieurs médias, une publication sur Facebook qui a depuis été effacée mentionnait que le fils des propriétaires comptait parmi les manifestants et qu’il regrettait de ne pas être intervenu lorsqu’une dame âgée s’est fait barrer l’accès à l’événement par des manifestants qui la harcelaient.

La police de Toronto avait déjà confirmé avoir été informée des menaces envoyées à la famille le 2 octobre. Toutefois, personne ne se trouvait au restaurant lorsque des agents s’étaient présentés pour recueillir la plainte.

Avant sa fermeture, Soufi avait acquis la réputation d’un restaurant bien en vue en plus de représenter une belle histoire de réussite dans la foulée de l’arrivée de nombreux réfugiés syriens arrivés au Canada au cours des dernières années.

Selon un portrait publié par le New York Times en 2018, l’entreprise était gérée par une mère, un père et deux enfants dans la vingtaine.

La manifestation en question a suscité une avalanche de critiques lorsque des séquences vidéo ont été diffusées. On y voit des manifestants masqués empêchant une femme âgée, appuyée sur une marchette, d’entrer dans le bâtiment où devait se dérouler l’événement.

Le maire de Toronto, John Tory, a déclaré mercredi qu’il avait « le cœur brisé » en pensant à ce que subit la famille Alsoufi.

« J’espère sincèrement que la famille va reconsidérer sa décision et rouvrir le restaurant parce que nous les soutenons, nous continuerons de les soutenir, et le meilleur moyen de lutter contre ce genre de haine est de les soutenir, eux et leur entreprise », a écrit le maire par courriel.