(Vancouver) Des candidats autochtones aux élections fédérales et des leaders de communautés des Premières Nations ont exprimé leur étonnement, leur douleur et leur frustration devant les blackfaces de Justin Trudeau.

Laura Kane
La Presse canadienne

Plusieurs candidats étaient présents à l’assemblée générale annuelle de l’Assemblée des Premières Nations de la Colombie-Britannique, à Vancouver.

Joan Phillip, candidate néo-démocrate autochtone dans cette province, trouve « tout à fait inacceptable » que M. Trudeau, alors âgé de 29 ans, se soit peint le visage en brun, en 2001. « Ses excuses sont creuses, a-t-elle soutenu. Il y a deux éléments dans des excuses : les regrets proprement dits, puis le geste qu’on pose par la suite » pour s’amender. « S’il avait une once d’intégrité, il démissionnerait, tout simplement », a estimé la candidate dans Central Okanagan — Similkameen — Nicola.

Plusieurs candidats autochtones croisés à Vancouver ont aussi déclaré qu’ils avaient été blessés par ces images controversées, en particulier parce que M. Trudeau avait suscité beaucoup d’espoir au sein des Premières Nations en 2015 en leur promettant une relation nouvelle.

« Nous ne pouvons pas nous défaire de la couleur de notre peau : c’est ce que nous sommes », a déclaré Lydia Hwitsum, candidate du Parti vert dans Cowichan-Malahat-Langford, sur l’île de Vancouver. « Quand vous pensez à la façon dont nous, peuples autochtones, luttons contre la discrimination et contre tous les torts et les blessures causés par la couleur de notre peau […] c’est frustrant de voir un chef qui ne peut pas donner le genre d’exemple que ce pays mérite. »

Bob Chamberlin, candidat néo-démocrate dans Nanaimo-Ladysmith, estime de son côté que les photos publiées depuis mercredi montrent que le racisme est « bien vivant » au Canada.

La candidate libérale dans la même circonscription, Michelle Corfield, a eu une pensée pour les enfants de la nation Musqueam qui fréquentent la West Point Grey Academy, l’école où M. Trudeau a enseigné en 2001 — et où la « photo d’Aladin » avait été prise. Elle se dit déçue, mais croit que tout le monde mérite d’être pardonné. « J’espère que le pays en tirera des leçons », a déclaré Mme Corfield. « Il a demandé pardon, il a dit qu’il était désolé, il est temps que notre pays se penche sur cette question et en tire quelque chose. »

Terry Teegee, chef régional de l’Assemblée des Premières Nations pour la Colombie-Britannique, s’est dit « déçu et dégoûté » à l’instar de nombreux Autochtones.

Mme May en a eu la nausée

La chef du Parti vert, Elizabeth May, et les candidates indépendantes Jody Wilson-Raybould et Jane Philpott, ex-libérales, assistaient également à la conférence de Vancouver. Les trois femmes ont condamné les photographies de blackface.

Mme May, qui soutient en avoir ressenti physiquement de la nausée, estime que M. Trudeau ne comprend pas que les colonisateurs canadiens jouissent de privilèges. S’il veut se solidariser avec les peuples autochtones, selon elle, il doit « s’élever ».

« J’en ai assez. Et je pense à l’impact pour chaque enfant de ce pays, qu’il soit autochtone ou de couleur, et quel impact cela a sur eux personnellement. Cela fait du tort. C’est raciste », a-t-elle soutenu.

Jane Philpott, ex-ministre libérale et candidate indépendante pour sa réélection dans Markham-Stouffville en Ontario, était devenue plus tôt jeudi très émotive en prononçant un discours exhortant le gouvernement fédéral à financer un centre de santé pour les personnes souffrant d’intoxication au mercure dans la Première Nation de Grassy Narrows, dans le nord de l’Ontario.

« J’estime que nous devons nous attendre aux plus hauts standards d’intégrité de nos dirigeants et cela signifie que rien ne doit nous être dissimulé — certainement pas pendant une longue période », a-t-elle déclaré. « Je pense que nous devons demander des comptes à nos représentants. Et dans le cas des chefs de parti, je pense que les autres représentants de ce parti devraient demander des comptes à leur chef. »