(Ottawa) Les médias sociaux ne seraient pas à montrer du doigt pour la polarisation idéologique des Canadiens, laisse croire un nouveau rapport sur la démocratie en ligne au Canada.

Christian Paas-Lang
La Presse canadienne

Les plus récentes découvertes proviennent d’une étude toujours en cours menée par le Forum des politiques publiques et l’école de politiques publiques Max Bell de l’Université McGill, appelée « Digital Democracy Project ».

« Beaucoup de gens n’utilisent pas les médias sociaux de manière très active », a fait valoir Eric Merkley, chercheur sur le projet. « Les personnes sur Twitter ne sont pas représentatives de la population en général. »

L’étude avance plutôt que la polarisation au Canada découle en partie d’une loyauté extrême envers les formations politiques et de disparités idéologiques majeures entre les partis politiques canadiens.

En outre, les chercheurs ont constaté que beaucoup de gens ne semblaient pas faire de distinctions importantes entre les politiciens et leurs partisans.

« C’est troublant », indique l’étude, car cela laisse croire que « la polarisation n’influence pas seulement l’opinion des gens sur les partis, mais aussi la manière dont ils voient les Canadiens ordinaires ». En d’autres termes, l’opinion qu’ils ont les uns des autres.

Les chercheurs ont découvert que les Canadiens sont « polarisés de manière affective » – ils ont des sentiments négatifs à l’égard d’autres personnes simplement parce qu’elles font partie du groupe adverse.

Cette perception reposait sur trois indices : la cordialité des participants à l’étude vis-à-vis de leurs camarades idéologiques et de leurs adversaires ; à quel point ils associent leurs alliés et leurs adversaires à des traits positifs et négatifs ; et à quel point ils se sentent à l’aise d’avoir quelqu’un d’une idéologie opposée en tant que voisin, ami ou parent.

« Les partisans ont des sentiments beaucoup plus froids et plus négatifs à l’égard de personnes opposées idéologiquement, qu’à l’égard de gens qui sont proches sur le plan idéologique », et considèrent également les parties adverses comme « plus éloignées socialement », indique l’étude.

L’étude poursuit en affirmant que, même si les Canadiens semblent être polarisés, ce n’est probablement pas l’utilisation des médias sociaux qui est à l’origine de cette fracture.

Sur la base d’une analyse de l’activité d’environ 50 000 comptes Twitter, les chercheurs du projet ont trouvé des preuves à l’appui de la théorie selon laquelle les utilisateurs ont tendance à se créer des « bulles de filtrage ». Très peu de partisans, selon l’étude, suivent les sources d’informations d’autres partis.

Mais l’étude laisse croire que ces chambres d’écho ne s’étendent pas bien au-delà de Twitter.

En comparant les données Twitter aux informations tirées du sondage, les chercheurs ont également constaté que seulement 16 % des Canadiens sont exposés à des sources de nouvelles fortement partisanes. Une infime fraction – moins de 1 % – tire plus de la moitié de leurs nouvelles d’organes ultra-partisans.

L’étude tend à montrer que la plupart des Canadiens continuent à investir largement les principaux médias d’information.

Si la consommation des médias n’est pas à blâmer pour la polarisation, la réponse proposée par l’étude est que « le principal moteur de la polarisation semble être l’idéologie et la partisanerie dans leur nature même ».

L’étude note également que les partis au Canada ont changé idéologiquement au fil du temps, et que les libéraux sont devenus idéologiquement plus proches du Nouveau Parti démocratique (NPD). La distance idéologique changeante pourrait également jouer un rôle, note l’étude.

« Cela semble suggérer que les Canadiens sont attentifs aux positions des partis, à leur extrême ou à leur modération par rapport à leurs propres convictions », a déclaré M. Merkley.

M. Merkley et ses collègues chercheurs suivront le niveau de polarisation affective tout au long de la campagne électorale, et il a déclaré « s’attendre à ce qu’il y ait des changements ».

Les partis ont un rôle à jouer dans l’augmentation ou l’atténuation de la polarisation, selon M. Merkley.