Vagues de plus de 12 mètres, pluies abondantes, vents violents : après avoir frappé les Bahamas et longé la côte américaine, l’ouragan Dorian devrait envahir l’est du Canada ce week-end et pourrait y faire des dommages importants. Fait rare, il est possible que ce monstre météorologique soit toujours un ouragan lorsqu’il touchera le pays. Le point.

Philippe Mercure Philippe Mercure
La Presse

Ouragan ou tempête ?

Les prévisions actuelles indiquent que Dorian devrait toucher le Canada dans la nuit de samedi à dimanche. Et il pourrait frapper fort. « Les dynamiques dans l’atmosphère vont faire en sorte que la tempête ne va pas s’affaiblir énormément au cours des prochains jours, explique Bob Robichaud, météorologue au Centre canadien de prévision des ouragans. Dorian se dirige vers nous si rapidement qu’il n’a pas le temps de s’atténuer. »

Hier, l’ouragan a été évalué en catégorie 2, puis réévalué en soirée en catégorie 3.

« Le temps que ça arrive ici, je serais surpris que ce soit encore un ouragan de catégorie 2, dit M. Robichaud. Mais ça pourrait encore être un ouragan. » Cela voudrait dire que la tempête serait encore organisée autour d’un œil. Habituellement, les ouragans qui se forment dans les eaux chaudes des Caraïbes et du golfe du Mexique se transforment en « tempêtes post-tropicales » lorsqu’ils atteignent le Canada. Selon M. Robichaud, il est aussi possible que Dorian devienne une telle tempête sans œil, mais qu’il soit accompagné de vents de la force de ceux d’un ouragan, soit plus de 120 km/h.

« La dernière fois qu’on a vu quelque chose de cette ampleur, c’est probablement l’ouragan Igor, qui avait frappé Terre-Neuve en 2010 », dit le spécialiste.

Le malheur des uns…

Les météorologues canadiens suivent attentivement la situation pour voir si Dorian touchera terre en Caroline du Sud et en Caroline du Nord aujourd’hui, où pas moins de 1 million d’habitants ont reçu l’ordre d’évacuer. Personne ne souhaite évidemment que la tempête monstre y cause des dommages. Mais si elle frappe la terre ferme, elle perdra beaucoup en force et sera moins destructrice lorsqu’elle arrivera chez nous. Difficile, pour l’instant, de prévoir avec exactitude la trajectoire de Dorian au Canada.

« On pourrait avoir une tempête qui remonte la baie de Fundy et qui passerait dans le sud-est du Nouveau-Brunswick, ou qui passerait bien au large de la Nouvelle-Écosse », dit Bob Robichaud. Le dernier bulletin d’information publié par le Centre canadien de prévision des ouragans prévoyait des vents violents et de la pluie intense pour le sud des provinces maritimes et de Terre-Neuve. Au Québec, Anticosti, Blanc-Sablon et Chevery, sur la Côte-Nord, ainsi que les Îles-de-la-Madeleine font partie des régions potentiellement touchées.

Vents, pluie, vagues

En regardant la trajectoire de Dorian, il faut s’attendre à des vents violents à la droite du tracé (plus de 120 km/h) et à beaucoup de pluie à gauche (on parle de 50 à 100 mm, surtout en Nouvelle-Écosse). Des vagues de plus de 12 mètres risquent aussi de se former au sud de la trajectoire. Le Centre de prévision des ouragans prévoit que des vagues de près de 10 mètres s’abattront sur l’est de la Nouvelle-Écosse à partir de samedi soir avant de gagner Terre-Neuve. Les côtes du golfe du Saint-Laurent qui font face au nord pourraient quant à elles essuyer des vagues de près de 5 mètres.

Les Îles-de-la-Madeleine « sur un pied d’alerte »

« Nos équipes sont sur un pied d’alerte. On est prêts à intervenir, peu importe le genre de situation qui pourrait survenir », affirme le maire de la municipalité des Îles-de-la-Madeleine, Jonathan Lapierre. L’homme est toutefois loin de céder à la panique. « On ne veut rien banaliser, mais on n’en est pas à notre première tempête », lance-t-il. Sa plus grande inquiétude : l’érosion des berges que pourrait causer Dorian. « On se souviendra que la dernière grosse tempête qu’on a subie ici, le 29 novembre 2018, a emporté des portions importantes de notre magnifique territoire », dit le maire. Il espère aussi que les câbles de communication sous-marins, dont l’un avait été rompu lors de la tempête de l’an dernier, tiendront le coup. « Ces câbles n’ont pas encore été remplacés par le gouvernement, rappelle-t-il, alors c’est dans mon esprit. »

« On reste bien au fait de ce qui se passe, mais on est d’un calme assez serein. On est habitués aux forts vents, on en a eu de 100-110 km/h cet été », dit quant à elle Véronique Rodgers, adjointe à la direction à la municipalité de L’Île-d’Anticosti. Les informations du Centre canadien de prévision des ouragans ont été relayées aux citoyens par courriel et par la radio locale, et on surveillera de près la seule rue de Port-Menier vulnérable aux inondations.

La municipalité de Blanc-Sablon affirme de son côté ne pas avoir prévu de mesures d’urgence contre Dorian.

« Le ministère de la Sécurité publique (MSP) suit de près l’évolution de la trajectoire de ce système météo en collaboration avec Environnement Canada, a indiqué un porte-parole, Patrick Harvey. Le MSP invite les gens à demeurer vigilants, à écouter les consignes des autorités et à demeurer prudents. »

Hydro-Québec prête à réagir

Hydro-Québec suit aussi la situation de près. « Dès qu’il y a de forts vents, on est sur un pied d’alerte parce que la végétation peut entrer en contact avec le réseau et causer des pannes », indique Jonathan Côté, porte-parole de la société d’État. Hydro-Québec examinera les prévisions les plus récentes cet après-midi et établira sa « stratégie de mobilisation » pour voir s’il y a lieu de déplacer des équipes vers l’est de la province. « Notre priorité est de nous assurer que le service soit rétabli pour les Québécois qui pourraient être touchés, mais il n’est pas exclu qu’on envoie des équipes pour aider les provinces de l’Est si elles nous en font la demande », ajoute M. Côté.