(Ottawa) À l’approche des élections fédérales, le gouvernement Trudeau sort le chéquier pour régler un différend avec Québec: il versera à la province 250 millions de dollars en guise de compensation pour les coûts liés au soutien des milliers de migrants qui ont franchi la frontière de manière irrégulière en 2017 et en 2018.

Joël-Denis Bellavance Joël-Denis Bellavance
La Presse

Le ministre des Finances, Bill Morneau, a confirmé cette décision par voie de communiqué jeudi après-midi, permettant ainsi au gouvernement Trudeau de tourner la page sur un dossier qui avait provoqué des frictions entre les deux capitales.

Depuis 2017, quelque 43 000 personnes sont entrées au pays de manière irrégulière. Plus de 90% d’entre elles ont franchi la frontière canado-américaine en passant par le chemin Roxham, près du poste frontalier de Lacolle.

«L’augmentation au cours des deux dernières années du nombre de migrants irréguliers qui entrent au Canada par le Québec a imposé au gouvernement du Québec des pressions particulières et sans précédent. Nous apprécions sa collaboration pour la gestion de cet enjeu», a affirmé le ministre Morneau.

Selon lui, le financement accordé au gouvernement du Québec devrait permettre de défrayer l’ensemble des couts extraordinaires liés à l’afflux de demandeurs d’asile en 2017 et 2018.

À Québec, le gouvernement Legault a fait savoir que l’entente conclue avec Ottawa ouvre la porte à d’autres compensations pour les dépenses liées au passage de demandeurs d’asile pour l’année en cours, une fois que leur nombre total sera connu.

En outre, les fonctionnaires de Québec et d’Ottawa poursuivent les négociations afin d’établir un mécanisme de répartition qui doit permettre de rediriger plus rapidement les demandeurs d'asile vers leur province de destination après leur arrivée à la frontière canadienne.

«Pour le Québec, il était primordial de compenser toutes les dépenses extraordinaires encourues pour les demandeurs d'asile au cours des années 2017 et 2018. Après plusieurs mois de négociations, nous avons obtenu le remboursement complet de nos dépenses pour les années 2017 et 2018 ainsi que l'engagement du Canada de rembourser les sommes encourues pour 2019. Il s'agit d'une avancée majeure et cela confirme le rôle du Québec en matière d'immigration», a affirmé le ministre de l'Immigration, de la Diversité et de l'Inclusion, Simon Jolin-Barrette,

Dans le passé, les partis de l’opposition ont accusé à plusieurs reprises le gouvernement Trudeau d’avoir perdu le contrôle de la gestion de la frontière avec les Etats-Unis.

«Le gouvernement du Canada vise d’abord et avant tout à assurer la bonne gestion du système canadien d’immigration et d’asile et à faire en sorte que les flux de migration soient gérés de façon sécuritaire et ordonnée. Le gouvernement du Québec a été et continue d’être un partenaire extraordinaire. Nous sommes impatients de poursuivre notre étroite collaboration avec lui», a pour sa part déclaré le ministre de la Sécurité frontalière et de la Réduction du crime organisé, Bill Blair.

Dans le passé, les partis de l’opposition ont accusé à plusieurs reprises le gouvernement Trudeau d’avoir perdu le contrôle de la gestion de la frontière avec les États-Unis.

Dans un rapport publié en novembre dernier, le directeur parlementaire du budget Yves Giroux estimait que cet afflux de migrants qui traversent la frontière de façon irrégulière a coûté pas moins de 340 millions de dollars au gouvernement fédéral seulement en 2017-2018.