Les élus du Parti conservateur réclament que le comité permanent des affaires étrangères et du développement international se réunisse d’urgence pour faire la lumière sur une possible « tentative de museler et d’intimider » les anciens ambassadeurs, David Mulroney et Guy Saint-Jacques, au sujet de l’épineux dossier de la Chine.

Fanny Lévesque Fanny Lévesque
La Presse

Comme le rapportait The Globe and Mail cette semaine, les deux ex-ambassadeurs du Canada en Chine ont reçu un appel du sous-ministre adjoint pour l’Asie-Pacifique d’Affaires mondiales Canada, Paul Thoppil, qui disait leur transmettre une demande du bureau du premier ministre pour qu’ils parlent « d’une voie unie » au sujet de la Chine.

Une demande pour le moins étonnante qui a placé David Mulroney et Guy Saint-Jacques dans une situation inconfortable. « Disons que j’étais assez perplexe », a indiqué M. Saint-Jacques en entrevue à La Presse, vendredi.

Ottawa est plongé dans une profonde crise diplomatique et économique avec Pékin depuis l’arrestation, à la demande des autorités américaines, de la haute dirigeante du géant chinois Huawei, Meng Wanzhou, en décembre dernier à Vancouver. David Mulroney et Guy Saint-Jacques interviennent fréquemment dans les médias à ce sujet.

En entrevue au Globe and Mail, M. Mulroney a rapporté que M. Thoppil avait fait référence aux tensions avec Pékin, mais aussi à « l’environnement électoral » à l’aube du scrutin fédéral. « Nous avons tous besoin d’être très, très vigilants », lui aurait dit M. Thoppil.

Le sous-ministre aurait aussi fait savoir à M. Mulroney que la demande venait du bureau du premier ministre et « qu’il serait bon d’appeler avant de faire un commentaire sur la Chine pour savoir où en sont [nos] actions ».  

Dans une lettre adressée à la greffière du comité parlementaire, les conservateurs soutiennent que cette « pression indue » rappelle les affaires SNC-Lavalin et Mark Norman. « Cela indique une tendance [du bureau du premier ministre] à blâmer de hauts fonctionnaires pour la propre incompétence du gouvernement », écrivent-ils.

Ils réclament que la ministre des Affaires étrangères, Chrystia Freeland, M. Thoppil et les anciens ambassadeurs, Mulroney et Saint-Jacques, soient entendus devant les membres du comité, à majorité libérale, d’ici le 15 août prochain. Le député néo-démocrate, Guy Caron, qui est vice-président du comité, a aussi cosigné la lettre des conservateurs.

Situation clarifiée 

Guy Saint-Jacques a confirmé à La Presse avoir été rappelé par les Affaires étrangères pour « clarifier » l’intervention de M. Thoppil, mercredi dernier. « On me disait qu’on ne voulait pas me dire quoi dire et au contraire, qu’on espérait continuer à bénéficier de [mon] point de vue », a-t-il résumé, ne voulant pas nommer l’auteur de ce dernier appel. « Il s’agit d’un niveau approprié », a-t-il simplement indiqué. M. Saint-Jacques estime ne pas avoir senti l’intention de le museler lors de l’appel de M. Thoppil, qui a été fait lundi. « Je pense que c’était un exercice malhabile », a-t-il dit. Il a confirmé cependant que le sous-ministre avait fait référence au bureau du premier ministre, mais que le but de l’appel était plutôt vague.

Selon une source gouvernementale, qui ne peut s’exprimer publiquement, Paul Thoppil, qui est récemment en poste, a admis avoir « fait une erreur » et que « personne au sein du ministère des Affaires étrangères n’aurait sanctionné ce genre de propos » qui étaient « totalement inappropriés ».  

Dans une déclaration officielle, le bureau de Chrystia Freeland a affirmé que « ni le cabinet du premier ministre ni celui de la ministre des Affaires étrangères n’essayeraient jamais d’empêcher un ancien diplomate canadien de parler librement et publiquement », rappelant la priorité du gouvernement de faire libérer les deux Canadiens détenus en Chine.

Du côté d’Affaires mondiales Canada, on indique que ces appels ont été faits dans le contexte d’engagement de mener « un débat public éclairé sur des questions d’importance en matière de politique étrangère, et de manière à ce que les commentaires d’autres personnes, tels que d’anciens diplomates, soient informés des circonstances actuelles ».