(Ottawa) La conclusion qu’il y a eu «génocide» au Canada contre les Autochtones, plus particulièrement les femmes et les filles, alerte l’Organisation des États américains (OEA).

Mélanie Marquis Mélanie Marquis
La Presse

Le secrétaire général de l’organisation, Luis Almagro, a fait parvenir une lettre à la ministre canadienne des Affaires étrangères, Chrystia Freeland, pour lui communiquer sa «profonde consternation».

Dans cette missive datée de lundi dernier, il lui propose ainsi officiellement la création d’un groupe interdisciplinaire d’experts indépendants afin de «clarifier les accusations et les dénonciations de génocide».

Car «la communauté des Amériques et la communauté internationale ne peuvent rester indifférentes face à la simple présomption qu’il y a eu crime de génocide contre des femmes et des filles autochtones dans votre pays», écrit M. Almagro.

«Considérant que votre pays a toujours appuyé les enquêtes internationales dans des situations où des droits humains sont bafoués dans divers pays, je m’attends à recevoir une réponse positive à cette requête», poursuit-il dans cette lettre partagée sur Twitter.

Au bureau de la ministre Freeland, on a accusé réception du document. «Nous avons reçu la lettre du secrétaire général Almagro et répondrons à cette demande sous peu», a déclaré Adam Austen, son porte-parole.

«Le Canada est un ardent défenseur de l'ordre international fondé sur des règles et des institutions multilatérales qui le sous-tendent, notamment l'OEA, dont nous sommes fiers d'être un membre actif», a-t-il ajouté.

Le secrétaire général a fait cette suggestion dans la foulée de la publication du rapport de l’Enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées, qui en est venue à la conclusion qu’il y avait eu «génocide planifié».

Les commissaires ont dû justifier l’emploi du terme, qui est loin de faire l’unanimité et qui a en quelque sorte occulté le reste du document d’environ 1200 pages, qui contient 231 recommandations.

Pour étayer son raisonnement, la commission a produit un rapport supplémentaire intitulé «Une analyse juridique du génocide». On y retrouve des arguments de droit international, notamment ceux des Nations unies.

Hier, en conférence de presse à Vancouver, le premier ministre Justin Trudeau a indiqué qu’il acceptait les constats faits par les commissaires, incluant celui «que ce qui s’est passé équivaut à un génocide».

Le NPD talonne le gouvernement

Après la période de questions en Chambre, aujourd’hui, la députée néo-démocrate Jenny Kwan a tenté d’obtenir le consentement unanime pour déposer une motion réclamant du gouvernement qu’il reconnaisse le génocide.

La démarche a échoué; selon le Nouveau Parti démocratique (NPD), l’opposition est venue des banquettes libérales.

Sinon, concernant la demande d’enquête formulée par l’OEA, le porte-parole de la formation en matière d’affaires étrangères, Guy Caron, a invité le gouvernement fédéral à offrir sa collaboration.

«De la même manière que le Canada fait souvent la leçon aux autres pays en matière de droits de la personne, je m’attends à ce qu’il soit imputable pour les accusations qui le visent à ce chapitre», a-t-il exprimé dans une déclaration écrite transmise à La Presse.

Le Canada est devenu un État membre de l’Organisation des États américains en 1990. L’institution compte 35 États membres indépendants des Amériques et a octroyé le statut d’observateur à 69 États et à l’Union européenne.