Le gouvernement Trudeau se retrouve encore avec un problème de gestion de déchets sur les bras. Car après les Philippines, c’est maintenant au tour de la Malaisie de signaler son intention de renvoyer au Canada ses ordures.

Mélanie Marquis Mélanie Marquis
La Presse

« Ce sont des enjeux dans lesquels les acteurs principaux sont des compagnies privées, mais c’est important de régler la situation aussi vite que possible », a offert la ministre des Affaires étrangères Chrystia Freeland en point de presse, hier.

« Nous allons parler avec nos homologues en Malaisie, avec lesquels nous avons de très, très bonnes relations », a-t-elle ajouté, spécifiant que l’enjeu tombe davantage dans la cour de sa collègue à l’Environnement, Catherine McKenna.

Au bureau de celle-ci, on examine si des « actes répréhensibles » ont été commis par le privé. « Des responsables canadiens communiquent avec la Malaisie pour obtenir plus d’informations », a écrit Caroline Thériault, directrice adjointe des communications.

Elle y est ensuite allée d’une salve à l’endroit de l’ancien gouvernement conservateur, « qui ne respectait pas les normes internationales et autorisait l’exportation des déchets canadiens sans permis ni garanties ».

Le gouvernement libéral n’a pas offert de précision sur la façon dont le gouvernement compte s’attaquer au problème, histoire d’éviter que les choses ne tournent au vinaigre comme ce fut le cas avec les Philippines.

Il y a un peu moins de deux semaines, Manille a rappelé son ambassadeur et ses consuls après que le gouvernement canadien n’eut pas respecté l’échéance du 15 mai pour rapatrier 69 conteneurs d’ordures ménagères et de déchets électroniques.

Un « dépotoir » pour riches

Du côté de la Malaisie, on parle du renvoi d’une soixantaine de conteneurs, soit environ 3000 tonnes de déchets plastiques non recyclables, à des pays comme le Canada, les États-Unis, le Royaume-Uni et l’Australie.

La ministre de l’Environnement de cette nation de l’Asie du Sud-Est, Yeo Bee Yin, a justifié cette décision en disant vouloir éviter que la Malaisie ne se transforme en « dépotoir » pour les pays riches.

Selon elle, plusieurs pays se sont tournés vers la Malaisie, mais aussi vers d’autres pays en développement, pour y expédier leurs déchets depuis que la Chine a interdit leur exportation sur son territoire, l’an dernier.

PHOTO VINCENT THIAN, AP

Alors qu’elle montrait à des journalistes la composition des déchets dans un port situé à l’extérieur de la capitale de la Malaisie, Kuala Lumpur, hier, la ministre de l'Environnement, Yeo Bee Yin, a noté que 10 des conteneurs devraient être retournés à leurs expéditeurs dans les deux prochaines semaines.

Alors qu’elle montrait à des journalistes la composition des déchets dans un port situé à l’extérieur de la capitale, Kuala Lumpur, hier, la ministre a noté que 10 des conteneurs devraient être retournés à leurs expéditeurs dans les deux prochaines semaines.

« Pas de plan »

À Ottawa, le porte-parole néo-démocrate en matière d’affaires étrangères, Guy Caron, a reproché au gouvernement Trudeau sa lenteur à agir face à un scénario qui était somme toute assez prévisible, compte tenu de la décision de Pékin.

« On a appris ça, mais on n’a pas élaboré de plan. Il n’y a eu aucune tentative d’établir une stratégie pour faire face à la situation, qui va empirer, selon moi », a-t-il exposé en entrevue avec La Presse.

« Ça commence à devenir un peu ridicule. Je peux comprendre que les Philippines ont peut-être réagi de façon démesurée, mais le Canada a quand même signé des traités internationaux. » — Guy Caron, député du NPD

Dans le camp conservateur, le député Joël Godin suggère de commencer par « sauver les meubles » en rapatriant au plus vite les déchets. Ensuite, il faudra mener une réflexion plus large, car « on ne peut pas envoyer nos déchets ailleurs et s’en foutre », a-t-il dit. 

Il n’a pas voulu prendre le blâme adressé par le bureau de Mme McKenna à l’endroit de l’ancien gouvernement conservateur. « Je ne connais pas les règles de l’époque [mais la situation actuelle], c’est en réaction à la fermeture de la Chine », a argué M. Godin. 

Le gouvernement Trudeau a modifié sa réglementation en 2016 pour se conformer à la convention de Bâle. Ce traité entré en vigueur en 1992 a été conçu afin d’éviter le transfert de déchets dangereux des pays développés vers les pays en développement.

La ministre malaisienne de l’Environnement a fait remarquer que les déchets des pays les mieux nantis continuent malgré tout à s’empiler dans des pays plus pauvres, où ils sont recyclés illégalement, mettant en péril la santé publique et l’environnement.

« Nous exhortons les pays développés à revoir leur gestion des déchets plastiques et à cesser de les expédier vers les pays en développement », a lancé Yeo Bee Yin, qualifiant ces pratiques d’« injustes » et de « sauvages ».

— Avec La Presse canadienne