Le gouvernement fédéral s'inquiète de la montée de groupes d'extrême droite, suprémacistes ou néonazis au pays et a chargé une chercheuse de dresser un portrait de ces mouvements haineux. « Daech et Al-Qaïda ne sont pas les seules sources de violence extrémiste dangereuse », rappelle Ottawa.

Mis à jour le 7 mars 2019
Gabriel Béland LA PRESSE

Le gouvernement canadien a annoncé hier le versement d'une subvention de 367 000 $ à l'Institut universitaire de technologie de l'Ontario. Le but ? Mener une enquête nationale sur l'extrême droite, au moyen d'entrevues et grâce à l'analyse de contenus en ligne, explique le ministère de la Sécurité publique, qui a accordé les fonds.

« On s'inquiète de plus en plus de l'extrême droite », a admis hier la secrétaire parlementaire du ministre de la Sécurité publique, Karen McCrimmon.

Le gouvernement veut mieux comprendre comment des néonazis « alimentent l'antisémitisme violent », et comment ont pu se produire l'attentat à la Grande Mosquée de Québec et l'attaque au véhicule-bélier dans la rue Yonge, à Toronto.

Le nombre de crimes haineux a bondi au Canada dans les dernières années. Il a augmenté de 47 % en 2017, selon Statistique Canada. Cette année-là, 2073 crimes haineux ont été rapportés par les autorités, le nombre le plus élevé depuis que ces données ont commencé à être compilées, en 2009.

« On assiste à une résurgence de l'extrême droite depuis 2015 », constate Barbara Perry, la chercheuse qui doit mener cette enquête à la demande du gouvernement.

« On voyait depuis quelques années une petite augmentation des crimes haineux, mais l'augmentation entre 2016 et 2017 a vraiment été dramatique », relate Mme Perry, directrice du Centre sur la haine, les préjugés et l'extrémisme à l'Institut universitaire de technologie de l'Ontario.

Quelque 300 groupes au pays

Le rapport produit par Mme Perry devra notamment servir aux corps de police et aux experts en renseignement. Ceux-ci sont beaucoup plus conscients de la menace que représente cette mouvance depuis l'attentat du 29 janvier 2017 à Québec.

Barbara Perry dit avoir vu ce changement dans les Rapports publics sur la menace terroriste du Service canadien du renseignement de sécurité (SCRS), qui contiennent de plus en plus de passages sur l'extrême droite.

Dans son dernier rapport, celui de 2017, le SCRS note : « On a remarqué une augmentation des rapports d'incidents haineux aux services policiers au Canada, ce qui signifie qu'il y a toujours une possibilité que l'extrême droite se manifeste de façon violente à l'avenir. »

La chercheuse estime qu'il y a désormais 300 groupes et groupuscules de la droite identitaire au pays, si l'on compte les différentes sections locales d'organisations comme La Meute, Soldiers of Odin, PEGIDA...

L'étude issue de cette enquête nationale doit être publiée d'ici trois ans, mais des rapports intérimaires seront produits chaque année d'ici là.