(Ottawa) Le Canada n’a pas l’intention de fournir un navire à la coalition navale britannique mise sur pied pour défendre le transport maritime international dans le détroit d’Ormuz.

Mike Blanchfield
La Presse canadienne

La Grande-Bretagne a plutôt sollicité l’appui du Canada pour que celui-ci défendre l’entente conclue par les puissances occidentales avec l’Iran pour empêcher ce dernier à mettre au point des armes nucléaires, a appris La Presse canadienne.

Un haut responsable britannique a confirmé, sous le couvert de l’anonymat, que la Grande-Bretagne mise « sur ses alliés européens » pour monter une coalition navale. Déjà, des entretiens se sont déroulés avec la France et l’Allemagne.

Selon lui, l’aide diplomatique canadienne sera nécessaire pour régler le conflit.

La Grande-Bretagne considère que l’accord sur le nucléaire conclu entre les membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU (États-Unis, Grande-Bretagne, France, Russie et Chine), l’Allemagne et l’Iran représente toujours la meilleure carte pour contenir Téhéran et assurer la stabilité de la région, a noté ce haut responsable.

Le Canada dispose également de troupes militaires dans l’Irak voisin, où il dirige une mission de formation des forces locales sous l’égide de l’OTAN.

« Nous soutenons les approches diplomatiques et constructives face à cette situation et travaillons en étroite collaboration avec nos alliés et partenaires sur cette question importante », a déclaré Adam Austen, porte-parole de la ministre des Affaires étrangères, Chrystia Freeland.

« En ce qui concerne le plan d’action global commun (l’accord sur le nucléaire iranien), le Canada reste préoccupé par le programme nucléaire iranien et appelle l’Iran à respecter ses engagements en vertu de l’accord », a-t-il ajouté.

La décision du président américain Donald Trump de retirer les États-Unis de l’accord iranien a grandement faire renaître les tensions dans la région, selon de nombreux observateurs.

Le conflit a escaladé la semaine dernière lorsque l’Iran a saisi un pétrolier britannique, le Stena Impero, lorsque celui-ci naviguait sur la voie internationale étroite entre Oman et l’Iran, là où 20 % du pétrole mondial transige. Il s’agissait d’une mesure de représailles après la saisie par la Royal Navy d’un pétrolier iranien soupçonné d’avoir violé les sanctions imposées à la Syrie.

La Grande-Bretagne a déjà annoncé son intention de rassembler une force « dirigée par l’Europe » pour protéger le transport maritime international.

« À ce jour, nous n’avons reçu aucune demande spécifique de la part de la Grande-Bretagne à ce sujet », a dit Todd Lane, un porte-parole du ministre de la Défense, Harjit Sajjan.

Les anciens commandants de la marine canadienne qui ont servi dans la région, ainsi que des experts du Moyen-Orient, affirment que ce n’est pas nécessairement une mauvaise chose. Selon eux, la diplomatie sera plus apte à résoudre la crise actuelle que l’envoi de vaisseaux de guerre dans le golfe Persique.

« Nous ne sommes encore qu’au début de la crise. Les décideurs sont préoccupés par l’escalade inutile de la tension », souligne Harry Harsch, commandant du NCSM Fredericton au cours de l’invasion de l’Irak par les États-Unis.

Harry Harsch, maintenant vice-président de la Ligue navale du Canada, a mené de nombreuses missions dans le détroit d’Hormuz, où les frontières internationales se rejoignent. « C’est un endroit très effrayant. C’est large de 21 milles. Si on fait le calcul, si on prend la limite des 12 milles d’Oman et la limite des 12 milles de l’Iran, devinez quoi ? Elles se croisent. »

Bessma Momani, de l’Université de Waterloo, estime qu’il serait important que le Canada se joigne à une coalition avec ses alliés européens, si on le lui demandait.

« Cela présente toutefois des risques à un moment où un populiste belliciste comme Boris Johnson s’empare du pouvoir au Royaume-Uni. On risque de se retrouver mêlé à un conflit plus vaste entre les États-Unis, le Royaume-Uni et l’Iran », accorde-t-elle.