Le taux de criminalité et l'indice de gravité de la criminalité (IGC) ont augmenté pour la troisième année de suite au pays, selon un nouveau rapport de Statistique Canada. Les agressions sexuelles, le vol de véhicules, la possession de biens volés et les homicides figurent parmi les infractions dont le taux a le plus augmenté.

Sandrine Vieira LA PRESSE

L'impact de #metoo

Alors que les agressions sexuelles constituent l'un des crimes les moins susceptibles d'être signalés à la police, ce sont 24 672 cas qui ont été rapportés aux autorités en 2017. Cela représente une hausse de 13 % des affaires d'agression sexuelle simple (de niveau 1) - qui n'implique pas l'utilisation d'une arme ou qui ne blesse, ne mutile ou ne défigure pas la victime - par rapport à l'année précédente. Une augmentation attribuable à la vague du mouvement #metoo ? Les campagnes de sensibilisation ont certainement eu leur rôle à jouer quant au nombre de cas rapportés à la police, selon Statistique Canada. L'année du mouvement de dénonciations marque d'ailleurs la deuxième année de suite de hausse. C'est au Québec que le taux de dénonciation d'agressions sexuelles jugées non fondées par les policiers est le plus bas. Un reportage du Globe and Mail de l'an dernier rapportait que 20 % des dénonciations n'étaient pas jugées assez crédibles pour justifier une enquête.

Le poids de l'attentat de la mosquée de Québec

Le taux de tentatives de meurtre au pays a augmenté de 4 % entre 2016 et 2017. Selon Statistique Canada, cette donnée serait largement influencée par les données québécoises, alors que 40 tentatives de meurtre et six victimes d'homicide ont été comptabilisées lors de l'attentat de la mosquée de Québec en janvier 2017. Cela dit, l'événement n'est pas le seul à avoir fait grimper les statistiques d'homicides à l'échelle nationale l'année dernière : la Colombie-Britannique a elle aussi connu une hausse de 30 homicides en 2017. Par conséquent, le taux d'homicides national a été supérieur à la moyenne des 10 années précédentes.

Bond des armes à feu

Au lendemain d'une nouvelle fusillade à Toronto, l'utilisation criminelle d'armes à feu est au coeur des préoccupations des Canadiens. Statistique Canada révèle que l'an dernier, plus de 7700 personnes ont été victimes d'un crime violent au cours duquel une arme à feu était impliquée. Au total, on parle de 2734 infractions avec violence comportant l'usage d'armes à feu - une hausse de 7 %. Cette tendance est surtout marquée en Saskatchewan (+ 116 cas) et en l'Ontario (+ 92 cas). Les homicides commis avec une arme à feu sont également en progression ces dernières années. Ainsi, 223 de ces crimes ont eu lieu au Canada en 2016 - 54 % d'entre elles étaient attribuables aux gangs.

Chute des infractions liées au cannabis

Alors que le cannabis s'apprête à être légalisé en octobre prochain, on apprend que plus de la moitié des 90 000 infractions liées aux drogues concernaient la marijuana en 2017. Malgré cette proportion importante, les infractions liées au cannabis sont en baisse au pays depuis 2011. En 2017, la tendance s'est poursuivie avec une baisse de 15 %, soit 8000 infractions de moins qu'en 2016. Le nombre de personnes arrêtées puis inculpées a également diminué.

Drogues de synthèse dans la ligne de mire de la police

Après le cannabis, les infractions liées à la cocaïne sont les plus fréquentes - elles ont néanmoins diminué de 5 % en 2017, pour la cinquième année de suite. Cependant, le taux de possession, de trafic, de production, d'importation ou d'exportation de drogues - autres que le cannabis et la cocaïne - a augmenté constamment depuis les dernières années, avec une croissance de 78 % depuis 2009. De 2016 à 2017, ces infractions de méthamphétamine ou d'ecstasy ont connu une hausse de 13 % des infractions concernant la possession ainsi que de 11 % en lien avec le trafic, la production, l'importation ou l'exportation.

Moins de cas de conduite avec les facultés affaiblies

Statistique Canada recense 69 000 cas de conduite avec les facultés affaiblies par l'alcool ou la drogue en 2017 : une baisse de 2200 cas, ou 4 %, par rapport à l'année précédente. La majorité des cas sont liés à l'alcool (95 %). On note tout de même une augmentation de 10 % des cas liés à la conduite avec les facultés affaiblies par la drogue, soit une hausse de 353 cas. En 2017, le gouvernement fédéral a déposé un projet de loi (C-46) proposant des modifications au Code criminel sur la conduite avec les facultés affaiblies afin de donner de nouveaux pouvoirs aux policiers leur permettant d'effectuer des contrôles de dépistage de drogues et d'alcool. Le projet a été adopté en juin dernier, tout comme le projet de légalisation de la consommation du cannabis.

Crimes plus graves

En 2017, les services de police canadiens ont déclaré 45 300 infractions au Code criminel de plus que l'année précédente. L'indice de gravité de la criminalité (IGC) a connu une hausse de 2 % à l'échelle nationale de 2016 à 2017. L'augmentation concerne tous les territoires ainsi que six des provinces canadiennes. La hausse la plus marquée provient du Nouveau-Brunswick, avec une augmentation de 11 % notamment attribuable aux affaires de fraude et d'introduction par effraction. Derrière lui se trouvent la Nouvelle-Écosse (+ 6 %), l'Alberta (+ 5 %), l'Ontario (+ 5 %), le Manitoba (+ 3 %) et le Québec (+ 2 %). Le taux d'introductions par effraction a contribué à l'augmentation de l'IGC dans presque toutes les provinces et tous les territoires.

Photo Lucy Nicholson, archives Reuters

Les campagnes de sensibilisation sur les agressions sexuelles et notamment le mouvement #metoo ont certainement eu leur rôle à jouer quant au nombre de cas rapportés à la police, selon Statistique Canada.

Photo Alain Roberge, La Presse

Le taux de tentatives de meurtre au pays a augmenté de 4 % entre 2016 et 2017, une donnée qui serait largement influencée par les données québécoises, selon Statistique Canada.