Quelque 300 élus et gens d'affaires se réunissent à Lévis, aujourd'hui, pour tenter d'améliorer la desserte aérienne des régions et faire baisser le coût exorbitant des billets. Ottawa mise sur l'arrivée de nouveaux acteurs pour faire baisser les prix. Mais déjà, Air Canada révise ses tarifs.

Mis à jour le 2 févr. 2018
Martin Croteau LA PRESSE

Critiquée depuis des années pour le prix élevé des vols au Québec, Air Canada révise sa tarification. Le transporteur baisse le coût des vols en région pour les voyageurs fréquents et la clientèle d'affaires.

L'entreprise, qui détient le monopole de plusieurs liaisons au Québec, subit depuis plusieurs mois de vives pressions du milieu politique. Les élus, en particulier ceux des régions, dénoncent le coût exorbitant des vols intra-Québec.

Au terme de pourparlers avec la Fédération québécoise des municipalités (FQM), Air Canada révise certains prix à la baisse. L'annonce sera confirmée aujourd'hui au Sommet sur le transport aérien régional, qui se déroule à Lévis.

Les voyageurs pourront se procurer des forfaits de 10 ou 30 allers simples pour profiter d'économies de volume. La formule existait déjà, mais le coût baisse, et le nombre de liaisons où la formule est offerte augmente. Un vol Gaspé-Québec pourra ainsi coûter 249 $ au lieu de 476 $ comme c'est le cas actuellement.

C'est le deuxième ajustement tarifaire d'Air Canada au cours des derniers mois. L'automne dernier, l'entreprise a baissé le prix des billets achetés plusieurs semaines à l'avance pour les liaisons en région.

Le maire des Îles-de-la-Madeleine, Jonathan Lapierre, est aussi vice-président de la FQM. Il se réjouit de la décision d'Air Canada, mais il estime qu'il y a encore fort à faire pour améliorer la desserte aérienne des régions.

« Ce n'est pas parce qu'on obtient des gains aujourd'hui que la bataille est définitivement gagnée. »

- Jonathan Lapierre

Les élus municipaux dénoncent depuis des années le coût élevé du transport aérien, qu'ils présentent comme un frein au tourisme et au développement économique des régions. Ils montrent du doigt les taxes et les frais imposés par les aéroports aux transporteurs aériens, qui sont refilés aux consommateurs dans le prix des billets.

Ils pressent les gouvernements de réduire les taxes de vente sur les vols régionaux, comme le font certaines provinces, et de bonifier les programmes de soutien aux infrastructures aéroportuaires.

Le maire de Gaspé, Daniel Côté, est responsable du dossier à l'Union des municipalités du Québec. Il s'attend à des annonces du gouvernement au Sommet d'aujourd'hui.

« Je m'attends à ce qu'on mette sur la table les principales pistes de solution et qu'on identifie les principales solutions », a indiqué M. Côté.

OTTAWA MISE SUR LA CONCURRENCE

De nouveaux transporteurs aériens pourraient bientôt desservir les régions du Québec, affirme le ministre fédéral des Transports, Marc Garneau, qui croit que les mesures mises en place par son gouvernement stimuleront la concurrence et feront baisser le prix des vols. En entrevue à La Presse à la veille du Sommet sur le transport aérien régional, M. Garneau a prévenu qu'il n'entend pas adopter des mesures précises pour faire baisser le coût des vols intérieurs au Québec. Pas question, donc, de plafonner le prix des billets ou d'imposer un prix plancher, comme le réclament les partis de l'opposition à Québec. « La compétition, c'est ça qui stimule le plus grand choix, l'offre de destinations et les prix moins élevés, explique le ministre. Je vais essayer de faire ça parce que c'est quelque chose que je peux contrôler au niveau fédéral. » Le gouvernement Trudeau a présenté l'an dernier un projet de loi qui augmentera de 25 à 49 % la part d'un transporteur aérien canadien qui peut être détenue par des investisseurs étrangers. Cette mesure devrait permettre l'émergence de nouveaux transporteurs à bas coût.

UN PROBLÈME ÉCONOMIQUE

Les élus ont beau dénoncer le coût élevé du transport aérien vers les régions, aucune mesure gouvernementale n'a pu s'attaquer au problème jusqu'ici, convient Jacques Roy, professeur à HEC Montréal. Le problème est simple, dit-il : les voyageurs sont trop peu nombreux à voyager vers Sept-Îles, Gaspé ou Rouyn-Noranda. « Le coût pour faire voler un avion est très élevé et ce coût diminue avec le nombre de sièges qu'on peut mettre dans un avion, résume-t-il. Quand on parle de transport régional, on utilise de plus petits avions. Et un plus petit avion, ça coûte plus cher par siège qu'un plus gros. » À ses yeux, deux options s'offrent aux décideurs : subventionner les vols intérieurs ou stimuler la concurrence.



Photo Hugo-Sébastien Aubert, Archives La Presse

Air Canada, qui détient le monopole de plusieurs liaisons au Québec, subit depuis plusieurs mois de vives pressions du milieu politique. Les élus, en particulier ceux des régions, dénoncent le coût exorbitant des vols intra-Québec.

COÛT D'UN VOL À PARTIR DE MONTRÉAL*

(Départ le 5 février, retour le 9 février*)

Au Québec

Montréal - Gaspé 900,54 $

Montréal - Rouyn-Noranda  907,44 $

Montréal - Sept-Îles  770,62 $

Montréal - Îles-de-la-Madeleine 861,45 $

À l'étranger

Montréal-Pékin  682,65 $

Montréal-Paris 659,98 $

Montréal-New York 374,62 $

* Recherche effectuée à partir du moteur de recherche Google Flight, hier