Marche des femmes 2018: un appel à poursuivre la lutte

La manifestation a regroupé des jeunes filles de... (PHOTO NINON PEDNAULT, COLLABORATION SPÉCIALE)

Agrandir

La manifestation a regroupé des jeunes filles de tous les âges.

PHOTO NINON PEDNAULT, COLLABORATION SPÉCIALE

Une foule de plusieurs centaines de personnes a occupé l'esplanade de la Place des Arts samedi, à Montréal, à l'occasion de la deuxième Marche des femmes, initiative internationale lancée en réaction à l'accession de Donald Trump au pouvoir l'an dernier. Les militants ont notamment évoqué le souhait que le récent soulèvement initié par le mouvement #moiaussi se propage et perdure.

Le rassemblement s'est à nouveau déroulé à l'esplanade de la Place des Arts, où des citoyens se sont réunis pour dénoncer pacifiquement le sexisme, les inégalités et les violences sexuelles perpétrées contre les femmes. Le rendez-vous était fixé à 11h et très vite, l'espace s'est noirci de monde. La réunion annuelle, qui en est à sa deuxième édition, avait réuni plus de 2000 personnes dans la métropole l'an dernier. La manifestation n'avoisinait pas la marée humaine mobilisée en 2017, mais des centaines de femmes, d'enfants et d'hommes, pancartes à la main, macarons épinglés aux manteaux, ont pris part au mouvement samedi.  

Pour Karine Gentelet, présidente du conseil d'administration d'amnistie internationale Canada francophone, «les droits des femmes sont une question de droits fondamentaux, pour la moitié de la population de la planète.» La femme explique à La Presse la raison de la présence de l'organisme à la Marche des femmes montréalaise comme une évidence, qui pourtant ne résonne pas comme telle pour tous. La lutte pour la reconnaissance de ces droits ne fait que s'amorcer, doit se décupler en force et se propager encore bien plus, selon Mme Gentelet.

En outre, un an presque jour pour jour après l'accession au bureau ovale du 45e Président des États-Unis et les manifestations historiques que son élection a provoquées, la colère ne s'est pas tarie. «Ce n'est pas parce qu'une année est passée qu'on doit mettre ça de côté, estime Daphné Mongeau, une jeune femme présente au rassemblement. [Donald Trump] est encore président, il continue de créer des problèmes et nous devons montrer qu'il est peut-être encore au pouvoir, mais que nous sommes aussi encore là pour protester.»

De Trump à #MoiAussi 

Il y a de cela un an, les manifestants avaient battu le pavé le lendemain de l'investiture du président américain. L'appel à l'action, initié à Washington, s'était propagé à travers le globe. L'Agence France-Presse estimait qu'environ deux millions de personnes avaient participé à ce mouvement mondial de défense des droits civiques.

Des militants de part et d'autre de la planète, particulièrement en Occident, ont repris leurs pancartes et leurs bonnets roses samedi pour dénoncer le sexisme, en cette année marquée par le mouvement #moiaussi. Les conversations et les discours prononcés cette année portaient d'ailleurs moins sur le président Trump que sur la vague de dénonciations, qui a amené plusieurs femmes à parler du harcèlement et des agressions sexuelles qu'elles ont subies. 

Samedi, une petite dizaine de femmes se sont adressé à la foule lors du rassemblement, abordant chacune une perspective du féminisme distincte à considérer selon elle afin de mener une consciencieuse lutte pour l'égalité. «Tant que les groupes de femmes continueront d'être marginalisés [...], tant qu'on n'obtiendra pas justice pour toutes les femmes assassinées et disparues, et tant que la représentation des femmes sur les bancs d'université ne se reflétera pas dans les positions de pouvoirs sur le marché du travail, nous devons continuer de nous rassembler», a commencé la responsable de l'organisation de la Marche des femmes, Dahlia Jiwan. 

La présidente de Femmes autochtones du Québec, Vivianne Michel, a quant à elle proclamé que les femmes ne sont pas des objets sexuels, appelant ses «soeurs» à réclamer le respect qu'il leur est dû. «Nous avons encore de gros défis à traverser ensemble. Nous avons besoin de continuer nos luttes», a-t-elle dit aux gens réunis devant elle, qui ont accueilli ses paroles par un tonnerre d'applaudissements. 

Une lutte par tous et pour tous 

Pour la militante afroféministe Rébecca Joachim, l'heure est également à la démocratisation de la prise de parole, afin que des personnes racisées et marginalisées aient une tribune pour «raconter ce qu'elles vivent et participer à trouver des solutions». «Ce n'est pas toutes les femmes qui ont la parole. Un mouvement dans lequel seule une petite partie peut parler et être écoutée n'est pas vraiment efficace et ne représente pas la problématique.» 

Au micro sur l'esplanade, la représentante de Black Lives Matter Marlihan Lopez a par ailleurs rappelé que certaines survivantes de violences sexuelles, dont les femmes autochtones, ne font pas assez partie du débat. «Face au racisme, aux violences étatiques et afin de ne pas stigmatiser encore plus nos communautés, nous sommes trop souvent portées à choisir de ne pas porter plainte», a-t-elle notamment déploré. 

Dénoncer la violence n'est en effet pas une option envisageable pour toutes. «Il y a beaucoup de femmes qui se sentent exclues de ça, il y a beaucoup de femmes pour qui écrire un tweet avec le hashtag #Moiaussi, ce n'est pas sécuritaire», a ajouté Sandra Wesley, de chez Stella, un organisme luttant pour les droits des travailleuses du sexe. 

Karine Gentelet d'Amnistie internationale estime qu'«au Canda, on est relativement chanceuses». Selon elle, le mouvement social des derniers temps reste «très occidental», ce qui exclut de nombreuses femmes, dans d'autres coins du monde, qui ne peuvent pas se battre pour leurs droits fondamentaux. «Il n'y a pas que Hollywood, où les femmes ont plus de tribunes, rappelle-t-elle. Il y a ailleurs des femmes courageuses et résilientes, en Libye, en Syrie, en Birmanie, dont la vie est menacée au quotidien et à qui il faut donner la parole.»

Pour l'heure, Rébecca Joachim souhaite surtout que la conscientisation face aux injustices vécues par les femmes ne relève pas que d'un «bon momentum» et que le mouvement perdure, tout en devenant plus inclusif. «Tout ça va prendre du temps à déconstruire, il faut que ça continue.» 

Ailleurs au Canada et sur la planète

Au Canada, 41 marches avaient été annoncées, à Montréal, mais aussi à Halifax, Ottawa, St-John's, Hamilton, Winnipeg, Regina, Calgary et Vancouver, entre autres.

Les Étasuniens ont été ceux qui se sont le plus mobilisés, à travers des centaines de manifestations dans tout le pays, dont à Washington DC, New York et San Francisco, où des centaines de milliers de personnes sont descendus dans les rues, selon les médias nationaux.

Le site internet de la Marche des femmes mondiale rapporte des rassemblements sur tous les continents. Le mouvement est surtout centré en Europe et en Amérique du nord, mais des militants ont aussi manifesté au Nigéria, au Kenya, en Thaïlande, en Colombie, au Panama, au Japon, en Australie, au Kyrgyzstan et en Chine, notamment.




la boite: 1600127:box; tpl: 300_B73_videos_playlist.tpl:file;

Les plus populaires : Actualités

Tous les plus populaires de la section Actualités
sur Lapresse.ca
»

Autres contenus populaires

La liste:-1:liste; la boite:219:box; tpl:html.tpl:file
image title
Fermer