Erreur dans le recensement linguistique: Statistique Canada s'explique

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La bourde avait eu pour conséquence de surestimer la croissance de l'anglais dans la province et dans certaines de ses régions, tant pour la langue maternelle que pour la langue parlée à la maison, ce qui avait inquiété politiciens et défenseurs de la langue française.

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Mélanie Marquis
La Presse Canadienne
OTTAWA

Statistique Canada avait «détecté certains changements» dans les données sur la langue à l'étape de la validation, mais «n'a pas, à ce moment-là, capté» qu'il aurait fallu procéder à une révision avant de diffuser les données linguistiques qui ont provoqué un tollé au Québec.

«Je sais ce qui s'est produit. Mais comment on a manqué cette erreur-là, c'est cette partie que je ne sais pas encore», a lâché devant les députés du comité permanent sur les langues officielles Marc Hamel, directeur général du programme du recensement.

L'agence fédérale avait déjà fait son mea culpa en août dernier, expliquant que l'erreur avait été causée par le logiciel de compilation de données. Celui-ci a inversé les réponses dans des formulaires en français d'environ 61 000 personnes, dont environ 57 000 au Québec.

La bourde avait eu pour conséquence de surestimer la croissance de l'anglais dans la province et dans certaines de ses régions, tant pour la langue maternelle que pour la langue parlée à la maison, ce qui avait inquiété politiciens et défenseurs de la langue française.

«Ce n'est pas le système qui n'a pas détecté (l'erreur). Ce sont les gens qui ont testé le système qui n'ont pas détecté que le système ne lisait pas le questionnaire de façon conforme», a spécifié Marc Hamel aux élus.

Le député conservateur Alupa Clarke lui a demandé si des têtes allaient rouler chez Statistique Canada, déplorant que «de plus en plus, aujourd'hui, on vit dans une société où on ne met jamais au banc des accusés les responsables».

«Dans un cas comme celui-là, on ne parle pas des individus, on parle des processus. Si à chaque fois que quelqu'un faisait une erreur, il était congédié, on en congédierait peut-être plusieurs. Les erreurs sont rares», lui a répondu M. Hamel.

«On a fait les correctifs appropriés pour éviter que ce genre de situation comme ça se reproduise encore. Est-ce que je peux vous dire aujourd'hui que dans les 100 prochaines années, ça n'arrivera pas encore? Absolument pas. L'erreur est humaine», a-t-il ajouté.

Au haut fonctionnaire, qui s'est défendu de «prêcher par nonchalance», Alupe Clarke a suggéré d'envoyer une «lettre diplomate» aux 5000 employés de l'agence pour leur dire de faire gaffe à l'avenir, établissant un parallèle avec son expérience dans les Forces armées.

«Moi, j'ai fait l'armée, puis nous, ça ne niaise pas, là. Il y a une discipline (...) puis quand on fait la guerre, ça marche», a-t-il lâché.

Un peu plus tôt, son collègue néo-démocrate François Choquette s'était étonné que l'agence ait diffusé les données linguistiques alors que certaines d'entre elles, en particulier dans certaines villes à forte majorité francophone, étaient clairement suspectes.

«Attendez que je comprenne comme il faut: 164 pour cent d'augmentation de la population anglophone à Rimouski, 115 à Saguenay, 110 à Drummondville. Vous avez eu ces chiffres-là, qui n'étaient pas normaux, et vous avez quand même décidé de les sortir?», a-t-il questionné.

Le directeur adjoint de la division de la statistique sociale, Jean-Pierre Corbeil, a répondu que ce n'était «pas aussi simple» et qu'il «fallait être prudent quand on faisait des comparaisons historiques», surtout compte tenu des changements survenus sous les conservateurs en 2011.

Ces données contenues dans la livraison initiale de données du 2 août dernier étaient passées sous le radar jusqu'à ce que le président de l'Association d'études canadiennes, Jack Jedwab, lève un drapeau rouge après avoir passé les chiffres au peigne fin.

Les données revues et corrigées publiées quelques jours après ont confirmé que le français avait effectivement perdu du terrain au Québec, mais moins qu'annoncé initialement, et que l'anglais n'avait pas progressé, mais plutôt reculé, dans la province.

En présentant les nouveaux chiffres, l'agence fédérale avait fait acte de contrition et reconnu que cette erreur était d'autant plus regrettable qu'elle concernait un enjeu fort délicat au Québec.

«Nous sommes très conscients de l'aspect très sensible de cette question, de ces enjeux, et Statistique Canada va corriger le tir, simplement», affirmait Jean-Pierre Corbeil, directeur adjoint de la division de la statistique sociale et autochtone, qui était aussi au comité, mardi.

Autopsie de la bourde

9 août 2017: Le statisticien en chef est informé par écrit de certaines incohérences dans les résultats du recensement de 2016 concernant la langue anglaise dans certaines collectivités de la province de Québec.

10 août 2017: Statistique Canada effectue une revue exhaustive de tout le processus de collecte et de traitement du recensement de 2016.

11 août 2017: Statistique Canada confirme qu'il y a eu une erreur dans un programme informatique et diffuse une annonce statistique.

12 au 15 août 2017: Statistique Canada refait tout le processus de traitement et d'analyse des données pour les variables sur les langues.

16 août 2017: Examen des nouvelles données par un panel d'experts.

17 août 2017: Diffusion des nouvelles données et d'un document technique.

Source: Statistique Canada




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