La saison des bleuets vient à peine de commencer dans quelques régions du Québec que déjà elle est à oublier pour la plupart des producteurs qui livreront cette année environ 50% de leur récolte habituelle.

Stéphanie Bérubé LA PRESSE

«Certains producteurs qui n'avaient jamais eu de gel se retrouvent avec 80% de pertes», explique Laurier Lussier, président de l'association d'agriculteurs Bleuets de la Vallée-du-Haut-Saint-Laurent qui produit du bleuet cultivé. Le prix des premiers fruits offerts sur le marché est déjà en hausse. «C'est dommage, mais il faut l'ajuster selon l'offre», laisse tomber le producteur.

La province a eu droit à un cocktail météo désastreux pour la production de bleuets cette année, qu'il s'agisse du fruit sauvage ou de sa variété cultivée, le bleuet en corymbe. Le mercure a chuté sous les -25 °C durant plusieurs jours de suite en janvier et en février. Hélas, faute de neige, les plants n'étaient pas protégés. Au mieux, les bourgeons ont gelé; au pis, le gel s'est attaqué aux racines, si bien que le plant est perdu.

Ce sera un deuxième coup dur en trois saisons. L'année 2013 s'était aussi terminée sur un très mauvais bilan au Québec, mais pour une raison météo bien différente: du gel en juin.

Bien entendu, tous les yeux sont tournés vers le Saguenay-Lac-Saint-Jean, qui produit 80% des bleuets sauvages québécois. La saison ne débutera qu'à la mi-août, mais les prévisions sont très mauvaises. «Globalement, les rendements des bleuetières s'annoncent fortement inférieurs à la moyenne», indique La Financière agricole pour la région.

Le directeur général du Syndicat des producteurs de bleuets du Québec, Gervais Laprise, estime la perte à 50% de la production pour le Saguenay-Lac-Saint-Jean. Le prix du bleuet sauvage sera fixé une semaine avant le début de la récolte.

Les rendements sont très différents selon la topographie des bleuetières et les brise-vent, explique Yves Lefebvre, directeur régional du centre de services d'Alma pour La Financière.

Seule bonne nouvelle dans les prévisions saisonnières, les bourgeons qui ont survécu produiront d'excellents fruits. «Les conditions du reste de l'année ont été très bonnes», explique Gervais Laprise.

Le nord épargné

Les producteurs des régions situées plus au nord ont été plus chanceux. Il était tombé assez de neige pour protéger les plants au moment où les grands froids du début de l'année sont arrivés, explique Daniel Harvey, président de l'Association des producteurs de bleuets de la Côte-Nord. La région compte une cinquantaine de producteurs de bleuets, tous des fruits sauvages. Et ce sont les «meilleurs du Québec», assure M. Harvey.

Les consommateurs pourront juger par eux-mêmes dans trois semaines: les premiers bleuets de la Côte-Nord, ceux de Sacré-Coeur, devraient arriver sur le marché autour du 7 août.