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Des preuves «sérieuses» contre la secte Lev Tahor

D'après la journaliste israélienne Hannah Katsman, plusieurs de... (Photo Rick Madonik, Archives Toronto Star)

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D'après la journaliste israélienne Hannah Katsman, plusieurs de ses compatriotes inquiets pour des proches endoctrinés par les dirigeants de la secte Lev Tahor ont porté plainte à la police hier, dans l'espoir qu'Israël aille leur porter secours au Guatemala.

Photo Rick Madonik, Archives Toronto Star

Même si les fidèles de la secte juive Lev Tahor ont fui le Canada pour s'établir au Guatemala, plusieurs accusations, dont certaines très graves, pourraient encore être déposées contre eux.

Après deux ans d'enquête, la Sûreté du Québec (SQ) estime avoir plusieurs preuves «sérieuses» à l'appui de ses allégations. «Nous avons soumis notre dossier au procureur en mai dernier. Mais vu sa très grande complexité, il doit passer à travers des caisses de papiers, avec des témoins en Israël et surmonter la barrière de la langue», précise la porte-parole Martine Asselin, en entrevue à La Presse.

Selon la dénonciation d'un enquêteur rendue publique par le tribunal mardi, la SQ soupçonne des leaders de Lev Tahor de se livrer à la traite de personnes et de falsifier des documents pour camoufler leurs gestes.

D'après nos informations, d'autres documents pourraient avoir été falsifiés en vue de commettre des fraudes. Les autres mandats obtenus par la police pourraient permettre d'en savoir plus lorsqu'ils seront rendus publics à leur tour, peut-être la semaine prochaine.

En attendant, le porte-parole du directeur des poursuites criminelles et pénales a confirmé à La Presse que le dossier est entre les mains de son équipe, mais ignore encore à quel moment son analyse sera terminée.

«Toute personne reconnue coupable d'abus ou d'exploitation sexuelle d'un enfant devrait être poursuivie avec toute la rigueur de la loi, nous a écrit pour sa part le ministère fédéral de la Justice. Voilà pourquoi nous avons présenté le projet de loi sur le renforcement des peines pour les prédateurs d'enfants. En ce qui concerne [Lev Tahor], comme les demandes d'extradition sont confidentielles, notre bureau ne peut ni confirmer ni nier l'existence d'une telle demande.»

D'après la journaliste israélienne Hannah Katsman, plusieurs de ses compatriotes inquiets pour des proches endoctrinés ont porté plainte à la police hier, dans l'espoir qu'Israël aille leur porter secours au Guatemala.

Trop lent

Certaines de ces mêmes familles accusent les autorités canadiennes de n'avoir pas pris suffisamment au sérieux les malheurs des enfants de Lev Tahor. Quand 200 fidèles ont voulu échapper à la protection de la jeunesse en fuyant Sainte-Agathe-des-Monts pour l'Ontario, le 18 novembre 2013, la Sûreté du Québec enquêtait à leur sujet depuis plus d'un an. Et les policiers savaient depuis des années que trois adolescentes semblaient avoir échappé in extremis à des mariages forcés (la première en 2007, les deux autres en 2011).

«Les enquêteurs au dossier ont des familles, aucun n'est insensible à des enfants qui auraient subi des sévices. Ils ont mis les bouchées doubles, assure Martine Asselin. Mais pour entrer dans une maison et perquisitionner, ça nous prend des mandats et ça nous prend des motifs raisonnables de croire que ce qu'on cherche s'y trouve.»

Or, explique la policière, les enquêteurs ont eu besoin d'interprètes pour corroborer les allégations de témoins. Et comme dans plusieurs dossiers de violence conjugale, certains d'entre eux ont mis du temps à se confier ou ont carrément refusé de le faire.

Après avoir échappé à son père et à sa secte, en disant avoir été sauvagement battu, l'ancien fidèle Nathan Helbrans les a dénoncés en Israël, en avril 2012. Mais d'après la dénonciation de la SQ, il a longtemps refusé de se confier aux enquêteurs québécois.

Faire parler les autres fidèles a été encore plus ardu. Trois mois avant leur fuite, lors d'une visite du DPJ des Laurentides à Sainte-Agathe, ce dernier a dû parlementer une heure pour avoir accès aux familles. Dans l'intervalle, un homme passait de maison en maison avec un sac de papier. «Tout le monde se barricadait dès l'arrivée d'inconnus, précise une source qui s'était déjà rendue sur les lieux. Dès qu'on arrivait sur le site, ça courait et il n'y avait plus personne. C'était spectaculaire.»

Cas rare

Les procès pour trafic de personnes concernent généralement des cas d'esclavage sexuel au profit de proxénètes ou des cas de travail forcé. Ils sont rarement liés à des sectes ou à des mariages d'enfants trop jeunes. Si des accusations de ce genre sont déposées contre des membres de Lev Tahor, il s'agirait apparemment d'une première québécoise (d'après nos recherches, mais le DPCP n'a pu le confirmer hier).

En Colombie-Britannique, le leader du groupe polygame Bountiful Winston Blackmore était soupçonné de traite de personnes. En août, il a plutôt été accusé de polygamie et d'avoir fait passer à l'étranger une mineure résidant habituellement au Canada en vue de l'exposer à des gestes sexuels.

Depuis 2010, le FBI enquête au sujet d'anciens membres américains de l'Église de scientologie, qui allèguent avoir été asservis dans des camps de rééducation. Mais un couple d'anciens fidèles, Marc et Claire Headley, qui disaient avoir été forcés de travailler 20 heures par jour, a perdu sa poursuite civile contre les scientologues.

Devant les ratés de l'affaire Lev Tahor, la Commission québécoise des droits de la personne a entrepris d'évaluer les interventions effectuées. «L'élément déclencheur, c'est Lev Tahor, mais on va élargir à tout ce qu'on appelle le milieu potentiellement sectaire. On veut être prêts si une autre situation survient», a précisé hier le porte-parole de la Commission, Jean-François Gagnon.

Un fléau en hausse

«La traite de personnes, c'est méconnu, mais il y en a partout et sous plusieurs formes. C'est un crime dont on entendra de plus en plus parler dans les prochaines années, affirme Martine Asselin, policière à la SQ. Ça touche aussi les gangs de rue qui recrutent des filles, les petits Guatémaltèques qui viennent travailler dans nos champs.»

Selon la GRC, en date de décembre 2013, les tribunaux canadiens avaient condamné 97 criminels pour traite de personne ou pour des infractions connexes. Depuis cette date, la GRC a mis sur pied une équipe spéciale de 12 enquêteurs pour lutter contre ce fléau à Montréal.




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