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Conflit sur les régimes de retraite: la bataille de l'image

En modifiant l'apparence de leurs uniformes, les policiers... (PHOTO ERICK LABBÉ, LE SOLEIL)

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En modifiant l'apparence de leurs uniformes, les policiers créent une «mauvaise» image, mais ils connaissent très bien les conséquences de cette décision, analyse Bernard Dagenais, professeur à l'Université Laval.

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Marie-Michèle Sioui
La Presse

Ils portent des pantalons à motifs de camouflage, des t-shirts à slogans ou des jupes en guise d'uniformes: les moyens de pression utilisés par les employés municipaux altèrent les vêtements de travail, mais aussi la perception du public. La stratégie des employés opposés au projet de loi sur les régimes de retraite est-elle efficace? Trois experts se prononcent sur la question.

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Ils sont nombreux à avoir modifié leurs uniformes, mais il semble que les policiers soient ceux qui attirent le plus l'attention. Et cela s'explique peut-être par leur «prédisposition défavorable» dans l'opinion publique, selon les experts.

À elle seule, la compilation des surnoms donnés aux policiers permet de constater le statut de «mal-aimés» de ces employés municipaux. «La rançon à payer pour pouvoir utiliser la force, ce sont les mots flics, poulets ou chiens», résume Bernard Motulsky, titulaire de la Chaire de relations publiques et communication marketing de l'Université du Québec à Montréal. Surtout, le fait d'appliquer la loi (ou de restreindre les libertés, selon le point de vue) fait en sorte que les policiers entament leurs batailles «avec deux prises contre eux», illustrent les observateurs.

En modifiant l'apparence de leurs uniformes, les policiers et autres employés municipaux créent une «mauvaise» image. Mais ils connaissent très bien les conséquences de cette décision, analyse Bernard Dagenais, professeur et chercheur au Centre d'études sur la communication de risque et de crise de l'Université Laval. «Ils sont prêts à miser sur ce déficit d'image pour gagner la négociation», dit-il. Le geste est significatif, puisqu'il concerne directement un symbole d'autorité: l'uniforme. Un moyen de pression «ultime», selon l'avocat et spécialiste en droit policier Alain-Robert Nadeau, qui rappelle que les policiers syndiqués n'ont pas de droit de grève.

Déranger le public

Dans un contexte de négociations, les stratégies doivent «nécessairement» déranger le public pour faire bouger l'employeur. Mais la population ne doit pas être trop choquée non plus. L'altération de l'image publique des employés municipaux doit donc être contrôlée, expliquent les experts, qui estiment qu'une seule bavure des employés pourrait donner la faveur publique à l'employeur. Le public serait sans pitié dans le cas d'un drame, de négligence ou d'une intervention musclée, avancent les observateurs.

«À mon avis, ils [les employés municipaux] feront tout pour que la sécurité ne soit pas affectée», souligne le professeur Dagenais. «Ils sont certainement plus précautionneux qu'à l'habitude», ajoute M. Motulsky. Alain-Robert Nadeau croit de son côté que le non-respect de l'uniforme dérange davantage la population - qui y voit l'attaque d'un «symbole» - qu'il ne nuit au niveau réel de sécurité dans les municipalités. «Mais le risque perçu est plus grave que le risque réel», prévient Bernard Dagenais. Il suffit donc que la population ait l'impression que les moyens de pression mettent la sécurité en péril pour que l'employeur réagisse, conclut-il.

Chercher «l'effet médias»

Ternir l'image publique d'un groupe n'a pas pour seul «avantage» de vexer l'employeur. Il sert aussi à attirer l'attention médiatique. «La notion de l'employé qui se crée une image "délinquante" n'a d'effet que si les médias l'utilisent», fait remarquer M. Dagenais.

Comme lui, Bernard Modulsky croit que le port de pantalons de camouflage, par exemple, est une très bonne stratégie médiatique. «C'est efficace, parce que tout le monde en parle», tranche-t-il. Bernard Dagenais évoque le succès de la stratégie de «l'écart à la norme» pour attirer l'attention des médias. «Ça ne coûte presque rien, et ils créent un épiphénomène que les médias ont transformé en super phénomène», observe-t-il.

Alain-Robert Nadeau est plus nuancé. Il craint que les syndicats n'aient joué leur carte la plus forte trop tôt dans la lutte. «Je déplore ces moyens de pression à ce stade-ci. Je ne crois pas que ce soit justifié», dit-il.

Il souligne que la syndicalisation des policiers est fort codifiée et que leur apparence est très réglementée. «Ils ont une date précise pour mettre les manches courtes. Quand ils décident de mettre une autre pièce d'uniforme, c'est donc une manifestation importante», explique-t-il. Une manifestation qui n'a rien à voir avec l'appartenance des policiers à un syndicat, selon lui. «On voit des actions semblables à la Gendarmerie royale du Canada, et ils ne sont pas syndiqués.»




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