À la suite du déversement de près de 1200 litres d'huile sur le terrain de l'entreprise Reliance à Pointe-Claire, le ministère de l'Environnement perd patience et s'apprêterait à déposer une ordonnance qui obligera notamment l'entreprise à vidanger tous ses équipements contenant des BPC, a appris La Presse.

Hugo Pilon-Larose et Paul Journet LA PRESSE

Les biphényles polychlorés - ou BPC - sont des produits hautement nocifs pour l'environnement et dangereux pour la santé humaine. L'importation, la fabrication et la vente des BPC sont illégales au Canada depuis 1977. Le stockage de ces produits est réglementé par Québec, mais l'entreprise Reliance ne détenait pas les permis requis pour le faire.

Le 26 mars dernier, près de 1200 litres d'huile se sont échappés sur un terrain situé près d'un quartier résidentiel. Les enquêteurs et les procureurs du ministère de l'Environnement ont visité à plusieurs reprises le terrain contaminé.

«Lorsque nous avons remarqué l'ampleur de la quantité d'huile et de matériel contenant des BPC, nous avons procédé le plus rapidement possible pour obliger la compagnie à sécuriser son site», a expliqué à La Presse le sous-ministre adjoint du ministère du Développement durable, de l'Environnement et des Parcs, Michel Rousseau.

Depuis la première visite des inspecteurs le 5 avril, plusieurs visites subséquentes ont permis de constater que les demandes écrites du Ministère n'étaient pas respectées et que les conteneurs et réservoirs avec des huiles contenant des BPC se trouvaient toujours sur le site, à l'extérieur comme à l'intérieur des bâtiments.

Le 13 juin, la procureure du Ministère a mis en demeure l'entreprise Reliance, la sommant d'assigner une personne physique sur les lieux à toute heure du jour et de la nuit. Malgré un avis de réception exigé dans les 48 heures, l'entreprise a attendu cinq jours avant d'y répondre, indiquant qu'un cadenas avait été installé sur la clôture pour barrer l'accès au site la nuit.

Le Ministère a depuis mandaté une firme de sécurité pour surveiller les lieux. «On est allé aussi rapidement que possible, a assuré M. Rousseau. Dès que de nouveaux éléments étaient trouvés, nos partenaires en sécurité civile en étaient informés. Les gestes qui devaient être posés l'ont été.»

Le 12 août dernier, le Ministère a envoyé à l'entreprise un avis préalable à l'ordonnance. Selon nos informations, le ministre Yves-François Blanchet veut maintenant accélérer le processus. L'avis échoit à minuit aujourd'hui. Le ministre pourrait très bientôt passer à la prochaine étape et envoyer une ordonnance semblable à celle rendue pour le nettoyage à Lac-Mégantic.

Des procédures pourraient d'ailleurs être entamées contre l'entreprise, a-t-on confirmé au Ministère. Si tel est le cas, un procès pour le non-respect du règlement sur les matières dangereuses entraînerait une amende variant de 3000$ à 6 millions de dollars pour Reliance.

La Presse a tenté de joindre, en vain, le propriétaire de l'entreprise Reliance. Une personne qui s'est identifiée comme «un ami» a refusé de répondre à nos questions.

Montréal est prête à tout

À la Ville de Montréal, la direction de la sécurité civile assure qu'un plan d'urgence bien rodé est en place pour assurer la sécurité de la population advenant une catastrophe sur un site industriel. 

« Nous avons eu une réunion au mois de mai pour élaborer un plan d'intervention avec le Service de sécurité incendie et le ministère de l'Environnement. S'il y avait une catastrophe à Montréal dû à un déversement de produits chimiques comme les BPC, nous serions prêts à intervenir rapidement », a assuré le responsable de la sécurité publique et du service aux citoyens au comité exécutif à la Ville de Montréal, Christian G. Dubois. 

Lorsqu'ils interviennent, les pompiers ont avec eux dans les camions toutes les informations concernant les produits dangereux présents sur les lieux industriels du territoire de la Ville, ainsi que les quantités de produits chimiques entreposés. « Une évaluation de la situation en cas d'urgence se fait rapidement », a dit M. Dubois.